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Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La Lettre - n° 1/février 1992 - extrait

MESSAGE DU PARRAIN DE LA FONDATION LING, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU 5 SEPTEMBRE 1991
LL1 - Message du parrain - Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Bien cher Docteur Salem,

Je ne suis pas aujourd'hui physiquement présent auprès de vous, à Lausanne, alors que vous donnez le coup d'envoi à cette magnifique entreprise que vous avez conçue, préparée, que vous établissez sous la forme d'une fondation : la FONDATION LING.

Laissez-moi, en quelques mots, dire tout le bien que je pense de cette initiative et lui souhaiter publiquement un grand avenir. La jeune pousse qui perce et s'inaugure entre vos mains respectera, pour croître, les règles de la vie. Elle n'est et ne sera ni tout à fait de vous, ni seulement par vous, ni tellement pour vous. Mais elle se développera comme elle est née, entre vos mains, sous votre regard, grâce à votre vigilance, en s'appuyant sur la fermeté de votre détermination.

Elle montera au milieu d'une couronne, au milieu de la couronne de tous ceux, compagnons, fidèles, amis, sympathisants, qui vous ont accompagné et soutenu. Laissez se garnir et s'épaissir le cercle de ceux qui sincèrement protègent ce qui vient de naître et s'offrent à vous aider. Marquez votre prédilection à ceux qui visiblement espèrent de cette jeune inconnue, de cette ingénue, quelque révélation d'eux-mêmes, sans écarter personne, sinon peut-être, s'il s'en trouvait, les grincheux, les envieux, les faiseurs d'embarras et les gens encombrés de leurs propres mérites.

Il se passe aujourd'hui, sous vos yeux, ce qui ira se répétant, au long des mois et années, une parution, une déclaration spontanée de la vie. La guérison de soi-même et du monde tout entier, en la personne individuelle qui se confie à vous n'est possible que par une voie de grâce et de nature. Il n'y a rien d'autre d'efficace : LING, sous le Ciel.

Il se passera ce qui se passe toujours :Il y a de l'Obscur, du Tiède et de l'Humide. Dans ce sein maternel est tapi, bien abrité, un impétueux qui attend son jour, son heure, son moment, sans le savoir d'ailleurs. Quand rien ne peut plus le contenir encore, ce qui était déjà éclate à la lumière, l'être caché au sein de l'être naît. Il naît nouveau lesté de l'amas de souffles nutritifs, puisqu'il faut croître, défensifs car il ne faut pas périr, constitutifs, car un moi éphémère est non moins indispensable pour qu'un être se différencie des autres, dans la communauté des vivants.

Je veux croire que la plupart de ceux qui travaillent avec vous et croient en ce que vous proposez - pour peu qu'ils soient réellement des "vivants", d'expérience personnelle - ont déjà connu l'Efficace spirituelle (ling) : ces deux faces d'une réalité ineffable qui, en amont, produit et, en aval, maintient aussi bien les existences individuelles que les groupes stables où chacun ne s'assume et ne se développe qu'en permettant aux autres de s'assumer mieux et de se développer plus loin. Ce qui s'effondre et se reconstruit en URSS et en Russie, n'est qu'une spectaculaire variante de l'ordre naturel :

Regardons ensemble en Laozi, au Ch. XXXIX.

XI ZHI, DE YI ZHE,
TIAN DE YI, YI QING,
DI DE YI, YI NING,
SHEN DE YI, YI LING,

Ce qui, en bon français, peut s'entendre ainsi :

Dès le temps ancien, possèdent l'Unité :
Le Ciel pour sa clarté,
La Terre pour sa tranquillité paisible,
Les Esprits pour leur Efficacité. (LING)

Toutes les sonorités "ING" du texte cité et quelques autres en "ING" également qui suivent forment un ensemble remarquable, qui les fait tenir solidairement leur rôle pour une vie concertante qui se résout dans l'Unité triomphante des commencements, des achèvements et de la maintenance.

Vous êtes mieux et plus qu'un simple thérapeute, vous êtes un généraliste, spécialiste de la vie et vous n'entendez guérir personne, sinon en lui restituant la vie qu'il a, en l'inclinant doucement à rechercher une aise et une perfection plus grande, dans cette vie même et par ses propres moyens. Quand on se mêle de conduire un peuple ou qu'on tente de guérir, on commence par rendre sa clarté au Ciel et sa tranquillité à la Terre, alors que les Esprits retrouvent leur Efficacité, et la vie, longtemps embarrassée, reprend son cours, après qu'on l'ait débarrassée de ses ordures et de ses stases.

Je termine ce mot d'amitié et d'encouragement, après avoir pris soin de relire l'essentiel de la documentation que vous aviez eu l'obligeance de me faire parvenir, après une première rencontre. Dans le projet de Charte, s'équilibrent bien Médecine, Psychologie et Culture. Quant à l'influence pacifiante de l'apport chinois, elle se manifeste clairement dans la simple appellation de votre Fondation : LING. Vous garderez et étendrez prudemment le cercle de personnalités : médecins, psychologues, gens de lettres, qui ont en commun d'être déjà tout ouverts aux perspectives généreuses et hautement spirituelles que vous affectionnez. Ainsi ferez-vous un bien illimité et, par sa propre nature, irréprochable à ceux qui n'attendaient qu'une aide fraternelle et une stimulation de qualité pour s'accomplir. Ainsi nos vieilles sociétés retrouveront-elles l'élargissement de la vision et la dimension spirituelle qu'elles ont parfois perdues ou simplement méconnues. Sans avoir besoin de faire plus que de croître sainement et porter assistance à ceux qui viendront à vous, vous ferez reculer une administration trop pesante, une technicité omnidévorante, la suffisance de ceux qui ne savent rien, toutes ces nouvelles manifestations de l'obscurantisme qui menaçaient la pureté de l'air des montagnes, la propreté des eaux du Léman, la clarté paisible et lumineuse de nos horizons. Je vois Lausanne, je vois Genève et je regarde bien au-delà. Nous sommes déjà partout et nous le serons toujours avec plus de présence.

Il me vient à l'esprit qu'il serait utile à tous ceux qui s'engageront à soutenir la Fondation LING de poursuivre dans la lecture de ce Ch. XXXIX du Laozi, du Tao Te King, et de prendre pour guide ce conseil qui recommande à ceux qui entreprennent de grandes choses de cultiver, pour l'oeuvre elle-même comme pour eux l'efficace de la modération et de la modestie :

Honneurs sur Honneurs ne rend pas honorable,
Il ne faut pas vouloir scintiller comme jade
Non plus que résonner comme pierre musicale.

Ce serait contrister le Ciel de Jade et la pierre sonnante de la Terre. Quelle erreur et quelle incompréhension de l'authentique efficacité.

Amicalement

Claude LARRE, Institut Ricci, Paris