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Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 1/février 1992

 

L'ESPRIT ET LA LETTRE
LL1 - Edito - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

MESSAGE DU PARRAIN DE LA FONDATION LING
A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU 5 SEPTEMBRE 1991

LL1 - Message du parrain - Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

UNE INAUGURATION
LL1 - Inauguration - Bertrand Piccard / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

L'envol de la grue
LL1 - Envol de la grue - Françoise Ducret / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Le taoïsme et l'Occident
LL1 - Taoïsme - Henri-Charles Tauxe / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Aperçu des activités
LL1 - Aperçu des activités / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

L'ayurvéda
LL1 - Ayurvéda - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Les sept boules de cristal
LL1 - Sept boules de cristal - Jacques Rossier / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Entre Pendule et Scanner : notes de parcours
LL1 - Pendule et scanner , notes - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Entre pendule et scanner: organisation et programme
LL1 - Pendule et scanner, organisation - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992


L'ESPRIT ET LA LETTRE
LL1 - Edito - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Vous venez d'ouvrir le numéro un de La Lettre, bulletin de la Fondation Ling. Ce périodique paraîtra en principe 3 à 4 fois par année. De quoi s'agit-il? D'abord, d'un reflet des travaux, des recherches, des réflexions et des expériences en cours à la Fondation. Mais aussi, comme nous le souhaitons, d'une tribune ouverte aux débats sur les stratégies de santé.

Les temps changent. La médecine, comme la mentalité des soins en général, sont en train d'évoluer de façon significative. Quelques lignes de force caractérisent cette évolution. D'abord, un intérêt accru pour les méthodes de soins dites "douces", ou "naturelles", ou "complémentaires", qui va de pair avec une certaine exaspération envers la technologie triomphante de la médecine scientifique. Une sorte de retour à la nature, en somme, analogue aux préoccupations écologiques de notre temps. Ensuite, le désir de plus en plus clair, exprimé par des milliers de personnes, de ne plus être infantilisées dans la posture de patients passifs, et de s'impliquer de façon plus responsable dans la préservation de leur santé, en refusant aux soignants les "pleins pouvoirs". Ce courant (appelé self-help par les anglo-saxon) reflète une maturation des mentalités qui nous semble de bon augure. Enfin, le désir de retrouver dans la relation thérapeutique une dimension plus complète, dans laquelle le soignant prend en compte la personne entière (sans limiter son intervention à un symptôme, à un organe, ou à un tissu malade). La personne entière, soit le corps et l'âme, et les aspirations spirituelles de tout individu (souvent dédaignées par la science occidentale). Autrement dit, un retour au sacré, au sens où l'entendait Mircea Eliade.

Ceci explique aussi l'engouement pour des formes très anciennes de soins, notamment les médecines traditionnelles venues d'ailleurs, comme la médecine chinoise, tibétaine, ayurvédique indienne, africaine, amérindienne - et leurs variantes. Ces disciplines traditionnelles ont précisément l'habitude de traiter l'homme malade dans une perspective globale (ou "holistique"), en valorisant sa participation active au traitement, en tenant compte de son milieu, de ses croyances, de ses rythmes biologiques, de ses "saisons "extérieures". et aussi des es liens "sacramentels" avec la macrocosme (pour reprendre une expression de Gregory Bateson).

Face à ces changements, la médecine scientifique occidentale peut adopter deux attitudes. la première consiste à conserver un point de vue méfiant et critique, en s'ingéniant à défendre le bastion d'une science objective, rationaliste, fidèle au patrimoine hippocratique, et en considérant le retour aux méthodes naturelle comme un relent de croyances superstitieuses, ou comme une vogue passagère exploitée par le marché de la magie et des charlatans. La deuxième, plus féconde à nos yeux, consiste à s'interroger de façon intelligente sur l'intérêt des médecines naturelles et traditionnelles, d'explorer leurs liens cachés avec la médecine occidentale, d'imaginer des stratégies de soins mixtes, articulant judicieusement leurs avantages avec ceux des traitements modernes.

Cette perspective comparatiste est mise en valeur de nos jours, après les travaux de Marcel Mauss, de Georges Dumézil, ou de Claude Lévy-Strauss, par l'anthropologie de la maladie, comme par certains types de travaux cliniques (pensons par exemple aux recherches ethnopsychiatriques de Georges Devereux ou de Tobie Nathan, pensons aux explorations des bateaux-laboratoires de l'ethnopharmacologie moderne, qui descendent l'Amazone à la recherche de nouveaux alcaloïdes). Quelque découvertes récentes de la médecine occidentale montrent aussi le bien-fondé d'une telle attitude comparatiste : le rôle de la lumière dans les dépressions affectives saisonnières, ou les variations circadiennes ou circannuelles des effets de médicaments dans l'organisme évoquent curieusement les conceptions indiennes ou chinoises*. En outre, d'autres recherches cliniques et statistiques étudient l'intérêt de combinaisons thérapeutiques inédites, par exemple l'association de l'acupuncture aux antidépresseurs tricycliques dans le traitement de la dépression, ou d'autres formes de thérapeutiques "hybrides" dans le syndromes psychosomatiques ou le cancer, etc.

C'est cette deuxième attitude que la Fondation Ling a décidé de défendre et de développer. Depuis sa création, le 7 février 1991, une année s'est écoulée. Nous avons commencé à diffuser nos idées et notre projet à partir du mois de mai. En huit mois à peine, nous comptons déjà plus de 440 membres. Comme comprendre cet engouement subit? Le devons-nous à la qualité de notre engagement, à l'exigence de notre point de vue, à l'éloquence de notre charte? Ou bien arrivons-nous "à point", comme d'aucuns le laissent entendre? Nous recevons un abondant courrier. Ce sont, par centaines, des encouragements, des témoignages d'amitié et d'intérêt. Des demandes de soutien aussi, ou de légitimation, par des chercheurs et des soignants trop isolés, dont la valeur reste trop souvent dédaignée quand elle n'est pas tout bonnement méconnue. Les nombreuses rencontres que nous faisons sont souvent chaleureuses, parfois critiques et fécondes. Tantôt elles nous réconfortent, tantôt elles nous aident à réfléchir. Enfin, le magnifique soutien que beaucoup de nos membres nous offrent bénévolement, au nom d'un idéal partagé, nous aide à réaliser nos tâches.

Il nous arrive de constater parfois que notre engagement n'est pas bien compris. D'aucuns ont cru qu'il s'agissait d'une secte(!), d'autres nous ont pris pour les champions des médecines "parallèles", d'autres encore voient en nous des censeurs déguisés de la science, qui tendent une main hypocrite aux marginaux de la santé. Rien de tout cela n'est vrai, bien sûr. Notre Charte et notre brochure de présentation en témoignent, comme les pages de ce numéro 1 de La Lettre.

La Lettre de la Fondation Ling est précisément le produit d'une rencontre significative entre deux mots: l'esprit (ling) et la lettre. La lettre, c'est parfois l'interprétation littérale, attachée aux mots; l'esprit, c'est l'intention véritable contenue sous les mots. Nous aimons les mots. il sont indispensables à une communication riche, à la réflexion partagée. Mais nous sommes aussi attentifs à leurs pièges. En rédigeant les articles que vous allez lire, chacun de nous a fait de son mieux pour laisser l'esprit souffler sur sa conscience, au-delà des préjugés imbéciles ou des chausse-trapes du langage. Chacun de nous s'est méfié aussi de toute présomption, celle des gens qui "savent", universitaires ou "gurus" de tout bord, convaincus de leur "vérité" ou de leur doctrine.

Aucun système de pensée ou de soins trop bien ficelé ne nous paraît une garantie d'authenticité. Nous sommes convaincus que l'esprit de découverte transcende les gilles d'analyse trop schématiques, et qu'il se situe à une autre échelle. Par exemple, nous défendons en même temps les valeurs de la médecine scientifique et celle des médecines traditionnelles ou complémentaires. Nous n'approuvons guère les certitudes hâtives, les modes tapageuses, les gens vite satisfaits, l'esprit de chapelle et tous ses avatars.

A l'heure du métissage des métropoles de la planète, au moment où, plus que jamais, s'amorce le dialogue inter culturel, nous pensons que l'ère de l'Homo Dogmaticus touche à son terme, et que nous devons redécouvrir le monde avec un regard neuf, exigeant et généreux à la fois. Comment? En conservant, contre vents et marées, la candeur nécessaire aux grandes réalisations.

* cf.: "Une constellation de liens entre l'homme et l'univers", dossier UNILausanne 64, La folie et la norme, 1990/3, p. 20-24.

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MESSAGE DU PARRAIN DE LA FONDATION LING, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU 5 SEPTEMBRE 1991
LL1 - Message du parrain - Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Bien cher Docteur Salem,

Je ne suis pas aujourd'hui physiquement présent auprès de vous, à Lausanne, alors que vous donnez le coup d'envoi à cette magnifique entreprise que vous avez conçue, préparée, que vous établissez sous la forme d'une fondation : la FONDATION LING.

Laissez-moi, en quelques mots, dire tout le bien que je pense de cette initiative et lui souhaiter publiquement un grand avenir. La jeune pousse qui perce et s'inaugure entre vos mains respectera, pour croître, les règles de la vie. Elle n'est et ne sera ni tout à fait de vous, ni seulement par vous, ni tellement pour vous. Mais elle se développera comme elle est née, entre vos mains, sous votre regard, grâce à votre vigilance, en s'appuyant sur la fermeté de votre détermination.

Elle montera au milieu d'une couronne, au milieu de la couronne de tous ceux, compagnons, fidèles, amis, sympathisants, qui vous ont accompagné et soutenu. Laissez se garnir et s'épaissir le cercle de ceux qui sincèrement protègent ce qui vient de naître et s'offrent à vous aider. Marquez votre prédilection à ceux qui visiblement espèrent de cette jeune inconnue, de cette ingénue, quelque révélation d'eux-mêmes, sans écarter personne, sinon peut-être, s'il s'en trouvait, les grincheux, les envieux, les faiseurs d'embarras et les gens encombrés de leurs propres mérites.

Il se passe aujourd'hui, sous vos yeux, ce qui ira se répétant, au long des mois et années, une parution, une déclaration spontanée de la vie. La guérison de soi-même et du monde tout entier, en la personne individuelle qui se confie à vous n'est possible que par une voie de grâce et de nature. Il n'y a rien d'autre d'efficace : LING, sous le Ciel.

Il se passera ce qui se passe toujours :Il y a de l'Obscur, du Tiède et de l'Humide. Dans ce sein maternel est tapi, bien abrité, un impétueux qui attend son jour, son heure, son moment, sans le savoir d'ailleurs. Quand rien ne peut plus le contenir encore, ce qui était déjà éclate à la lumière, l'être caché au sein de l'être naît. Il naît nouveau lesté de l'amas de souffles nutritifs, puisqu'il faut croître, défensifs car il ne faut pas périr, constitutifs, car un moi éphémère est non moins indispensable pour qu'un être se différencie des autres, dans la communauté des vivants.

Je veux croire que la plupart de ceux qui travaillent avec vous et croient en ce que vous proposez - pour peu qu'ils soient réellement des "vivants", d'expérience personnelle - ont déjà connu l'Efficace spirituelle (ling) : ces deux faces d'une réalité ineffable qui, en amont, produit et, en aval, maintient aussi bien les existences individuelles que les groupes stables où chacun ne s'assume et ne se développe qu'en permettant aux autres de s'assumer mieux et de se développer plus loin. Ce qui s'effondre et se reconstruit en URSS et en Russie, n'est qu'une spectaculaire variante de l'ordre naturel :

Regardons ensemble en Laozi, au Ch. XXXIX.

XI ZHI, DE YI ZHE,
TIAN DE YI, YI QING,
DI DE YI, YI NING,
SHEN DE YI, YI LING,

Ce qui, en bon français, peut s'entendre ainsi :

Dès le temps ancien, possèdent l'Unité :
Le Ciel pour sa clarté,
La Terre pour sa tranquillité paisible,
Les Esprits pour leur Efficacité. (LING)

Toutes les sonorités "ING" du texte cité et quelques autres en "ING" également qui suivent forment un ensemble remarquable, qui les fait tenir solidairement leur rôle pour une vie concertante qui se résout dans l'Unité triomphante des commencements, des achèvements et de la maintenance.

Vous êtes mieux et plus qu'un simple thérapeute, vous êtes un généraliste, spécialiste de la vie et vous n'entendez guérir personne, sinon en lui restituant la vie qu'il a, en l'inclinant doucement à rechercher une aise et une perfection plus grande, dans cette vie même et par ses propres moyens. Quand on se mêle de conduire un peuple ou qu'on tente de guérir, on commence par rendre sa clarté au Ciel et sa tranquillité à la Terre, alors que les Esprits retrouvent leur Efficacité, et la vie, longtemps embarrassée, reprend son cours, après qu'on l'ait débarrassée de ses ordures et de ses stases.

Je termine ce mot d'amitié et d'encouragement, après avoir pris soin de relire l'essentiel de la documentation que vous aviez eu l'obligeance de me faire parvenir, après une première rencontre. Dans le projet de Charte, s'équilibrent bien Médecine, Psychologie et Culture. Quant à l'influence pacifiante de l'apport chinois, elle se manifeste clairement dans la simple appellation de votre Fondation : LING. Vous garderez et étendrez prudemment le cercle de personnalités : médecins, psychologues, gens de lettres, qui ont en commun d'être déjà tout ouverts aux perspectives généreuses et hautement spirituelles que vous affectionnez. Ainsi ferez-vous un bien illimité et, par sa propre nature, irréprochable à ceux qui n'attendaient qu'une aide fraternelle et une stimulation de qualité pour s'accomplir. Ainsi nos vieilles sociétés retrouveront-elles l'élargissement de la vision et la dimension spirituelle qu'elles ont parfois perdues ou simplement méconnues. Sans avoir besoin de faire plus que de croître sainement et porter assistance à ceux qui viendront à vous, vous ferez reculer une administration trop pesante, une technicité omnidévorante, la suffisance de ceux qui ne savent rien, toutes ces nouvelles manifestations de l'obscurantisme qui menaçaient la pureté de l'air des montagnes, la propreté des eaux du Léman, la clarté paisible et lumineuse de nos horizons. Je vois Lausanne, je vois Genève et je regarde bien au-delà. Nous sommes déjà partout et nous le serons toujours avec plus de présence.

Il me vient à l'esprit qu'il serait utile à tous ceux qui s'engageront à soutenir la Fondation LING de poursuivre dans la lecture de ce Ch. XXXIX du Laozi, du Tao Te King, et de prendre pour guide ce conseil qui recommande à ceux qui entreprennent de grandes choses de cultiver, pour l'oeuvre elle-même comme pour eux l'efficace de la modération et de la modestie :

Honneurs sur Honneurs ne rend pas honorable,
Il ne faut pas vouloir scintiller comme jade
Non plus que résonner comme pierre musicale.

Ce serait contrister le Ciel de Jade et la pierre sonnante de la Terre. Quelle erreur et quelle incompréhension de l'authentique efficacité.

Amicalement

Claude LARRE, Institut Ricci, Paris.

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UNE INAUGURATION
LL1 - Inauguration - Bertrand Piccard / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

La journée du 5 septembre 1991, en présence de Mme la Syndique de Lausanne et du Premier Secrétaire de l'Ambassade de Chine, n'aura pas seulement marqué l'histoire de la Fondation Ling en fêtant son inauguration officielle. Cette cérémonie fut avant tout destinée à présenter à nos membres comme à nos amis le visage que nous désirons donner à notre approche médicale. En ce sens, elle fut un reflet de notre identité autant par son cadre et sa forme que par les orateurs qui se sont succédés au micro.

Le choix de l'Aula du Palais de Rumine, haut lieu universitaire, ne pouvait que rappeler nos liens étroits avec la Faculté : notre démarche se veut rigoureuse et critique, scientifique au sens large, et notre intérêt pour les traditions anciennes du monde entier ne nous fait pas oublier que nous sommes des occidentaux du XXe siècle. Mais ce jour-là, musiques contemporaine et classique pouvaient s'accorder, tout comme mantra tibétain et discours de professeurs de médecine. Les membres du Conseil de Fondation et leurs invités ont utilisé des mots peu courants dans le langage académique, montrant par là que recherche ne rime pas forcément avec dogmatisme : spiritualité, énergie, chamanisme, acupuncture, taoïsme, ayurvéda... Mais cela dans un contexte d'approche globale, ouverte, et non de médecine alternative. Notre but n'est nullement de prendre parti pour quelque "parallélisme" que ce soit, mais au contraire d'ouvrir un champ d'étude dans un domaine qui intéresse déjà une majorité souvent silencieuse de patients... et peut-être de médecins. C'est ce qu'ont rappelé Gérard Salem dans son discours inaugural, Ilario Rossi en ouvrant le débat de la santé dans le champ anthropologique et Bertrand Piccard en soulignant l'enrichissement intérieur du thérapeute qui accepte l'ouverture à d'autres paradigmes, appliquant ainsi le pari de Pascal à la médecine toute entière.

Quant au développement de la Fondation Ling, il semblera peut-être trop rapide aux yeux des prudents et trop lent pour ceux qui désireraient nous voir atttaquer de front les mystères de l'être humain. L'intérêt de notre démarche ne tient pas dans une volonté d'affirmer une vérité de plus dans un domaine qui en contient déjà tellement (!), mais plutôt à faire ensemble, avec nos membres et collaborateurs, un cheminement vers une meilleure compréhension de la santé et de la Vie. Notre travail doit commencer par la démystification de certains sujets dans le langage médical, mais sans le sectarisme qui caractérise trop souvent ceux qui sont certains d'avoir raison. C'est pourquoi, autant le soutien du Département Universitaire de Psychiatrie Adulte apporté par les Professeurs Henri Dufour et Patrice Guex et le Dr François Grasset, que celui de l'Institut Ricci que dirige le Révérend Père Claude Larre, sinologue, nous sont si précieux.

Le 5 septembre 1991 aura certainement été une pierre importante dans l'édifice que nous désirons construire, mais, selon le proverbe chinois admirablement rappelé par la Doctoresse Qi Baoping, à nous tous de transformer en jade la pierre que nous avons reçue.

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L'envol de la grue
LL1 - Envol de la grue - Françoise Ducret / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

J'ai des mains... et une tête. Ça suffit! Dr Qi Baoping se dérobe. Une boule d'airain chaleureuse, spontanée, disponible, mais elle n'aime pas que l'on s'intéresse à sa sphère privée. Elle n'est pas chinoise pour rien. Quels secrets détient-elle? Quel étrangeté pour nos âmes d'occidentaux élevés à l'école du rationnel Descartes et de l'ironique Voltaire se cache derrière ce visage souriant?

Pas de doute, de la force, elle en a beaucoup. Qui l'a entendu claironner le jour de l'inauguration ne peut en douter. Et un rire qui se communique aux participants des week-ends de Tao-Dessus, curieux et insouciants lors de l'apprentissage de la première et de la deuxième forme de ce qigong thérapeutique de la grue, un peu plus recueillis et intériorisés, trois mois plus tard, pour l'apprentissage des troisième et quatrième formes très dynamiques. Comment évoluerons-nous vers cette cinquième forme, ce printemps, puis plus loin encore, vers l'été?

"Vous avez déjà eu une psychothérapie dans votre vie?" me demandait un médecin ultrarationaliste alors que je lui faisais part de ma croyance en l'existence d'un flux énergétique, croyance fondée sur des impressions vécues.

A mon humble avis - qui vaut ce qu'il vaut aux yeux d'un esprit scientifique - du qi , souffle vital, force, ou tout ce qu'on voudra, Dr Qi Baoping en a, c'est sûr, et même beaucoup. Quant à nous, nous essayons d'en acquérir en nous initiant à ce qigong. Il ne s'agit pas d'être mystique ou sectaire. Il s'agit simplement d'être à l'écoute de son corps, en imitant la grue dans ses battements d'ailes, picotages, et même en s'amusant à faire le pied de grue, dressés sur une seule patte à mouvoir nos ailes tandis que les méridiens se décrassent.

Petit à petit, au cours des mois, des sensations internes deviennent de plus en plus perceptibles. Par exemple, j'ai l'impression que deux flux se suivent, l'un imaginaire, l'autre physique, lorsque je fais circuler le qi vers la paume des mains ou le creux du menton : les sensations que je visualise mentalement en parcourant par l'esprit mon corps, et puis juste derrière, un peu à la traîne, une sorte de tension plus ou moins forte suivant les zones, qui réveillent le creux des reins, l'intérieur des bras, la nuque ou le nez qui s'écarquille sous l'afflux des sensations. Mais chacun perçoit cela différemment et nul ne peut, malheureusement, se mettre dans la tête d'autrui pour vérifier que ce qu'il ressent est ressenti de la même façon. Bien plus, certains ne sentiront jamais rien.

C'est comme ça.

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Le taoïsme et l'Occident
LL1 - Taoïsme - Henri-Charles Tauxe / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

"Le détachement, le silence, le vide et le non-agir constituent l'équilibre de l'univers et la substance de la vertu". Cette phrase de Tchouang-tseu, je la lis et relis depuis des années, sans être jamais certain d'en avoir vraiment pénétré le sens, avec l'intuition qu'elle a quelque chose de fondamental à nous dire.

Ma vieille complicité avec les petits pères du Tao... Comment? Pourquoi? Depuis quand? Je n'en sais rien, en fait; ce ne fut ni une révélation ni un chemin de Damas, bien plutôt une lente et enrichissante imprégnation, comme le sentiment de retrouver enfin ma vraie famille, non seulement spirituelle, mais tout autant existentielle et charnelle, après un long exil occidental...

Puisqu'il faut bien s'exprimer philosophiquement, je dirai que le Taoïsme m'a permis de dépasser et dissoudre le dualisme dans lequel la pensée européenne s'est trop souvent enfermée. Prendre congé définitivement de Platon, Descartes et du père Kant. Là encore, il ne s'agissait pas d'une démarche purement intellectuelle, mais d'une aventure englobant l'être tout entier, tant il est vrai que l'opposition de l'âme et du corps a eu des conséquences funestes pour notre art de vivre, nos attitudes concrètes envers le réel, la nature, la mise en oeuvre de nos activités cardinales (agressivité, sexualité), et pas seulement sur nos catégories mentales.

A travers le Taoïsme pensé et vécu, le monde nous est rendu dans son unité première, chaque vibration de l'Univers, des galaxies aux plus infimes particules, nous apparaissant comme la manifestation d'une énergie élémentaire ne comportant en elle-même aucune finalité, puisqu'elle se déploie dans le vide neutre et omniprésent, la polarité yin-yang, qui n'a rien d'une opposition, devant être comprise comme la période rythmée présidant à l'orchestration du devenir cosmique.

Détachement, silence, non-agir... Si nous sommes fils du Ciel et de la Terre, conglomérats énergétiques éphémères, notre sagesse ne peut être que d'actualiser en nous, sans contrainte ni volontarisme, dans la joyeuse décontraction, le jeu du "yin-yang-Tao"; plus exactement, nous vider de tous les conflits, contradictions, inquiétudes, projets, bourdonnements intérieurs, prétentions à "gérer", par quoi nous entretenons, pour notre souffrance, l'illusion d'un moi isolé, tout-puissant, conquérant, "maître et possesseur"...

"Rester pur, sans mélange, être calme et un sans se modifier, se désintéresser des choses et ne pas agir, régler son activité sur le mouvement du ciel, tel est l'art de nourrir l'esprit". Cette attitude préconisée par Tchouang-tseu n'est, au fond, pas très éloignée de ce que l'on peut lire chez nos grands mystiques médiévaux, Jacob Boehme et Maître Eckhardt en particulier.

Tant il est vrai que c'est avant tout notre manque de mémoire (amnésiques par paresse et technocratie...) qui nous empêche de retrouver dans notre propre tradition cette "Philosophia perennis" où Aldous Huxley discernait si justement la quintessence de la sagesse présente dans tous les siècles et dans toutes les civilisations. Tao Gloria !

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Aperçu des activités
LL1 - Aperçu des activités / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

1991

La première année d'existence de notre Fondation a été riche en manifestations de diverses natures. Outre l'inauguration officielle, deux conférences données par le Prof. Xie Dawei (philosophe et mathématicien de l'université de Tianjin) ont été consacrées à l'épistémologie comparée de la médecine chinoise et la médecine occidentale en début d'année. Elles ont été suivies par deux journées de débats sur le thème de la longévité, animées par les membres du Conseil de Fondation et par la Dresse Jiang Zuyi. Au cours de l'été, le Prof. Zhuang Yuanyong, de l'Université des Langues étrangères de Pékin, a développé ce thème sur le plan linguistique et culturel.

L'enseignement sous forme de séminaires et de stages a commencé par quelques week-ends de formation au qigong de la grue, donnés par la Dresse Qi Baoping, médecin traditionnel de l'université de Tianjin, et par une initiation à l'ayurvéda par le Dr B. Martin en novembre. Cette formule d'enseignement a été très appréciée des participants, et sera reprise et enrichie pendant l'année 1992.

Le séminaire "Entre Pendule et Scanner" qui focalise son approche sur la typologie comparative des discours et des pratiques thérapeutiques officielles, parallèles, populaires et traditionnelles, a commencé en octobre et soulève un intérêt prometteur auprès des nombreux participants. Divers thèmes y ont déjà été traités, grâce aux contributions de maints spécialistes, dans un climat de débats fort animés. D'autres thèmes s'annoncent, tout aussi prometteurs (voir l'article de I. Rossi à ce sujet dans ce numéro).

1992

Cette deuxième année sera vraiment caractérisée par la richesse et la variété des thèmes et des approches abordées lors des séminaires, des conférences et des stages de week-end. Voici un aperçu des manifestations proposées. Chacun y trouvera, nous l'espérons, de quoi satisfaire sa curiosité et élargir son horizon.

Au cours du printemps 92, le qigong de la grue sera de nouveau à l'honneur avec des stages de tous degrés. Par ailleurs, des stages d'initiation au taijiquan au cours de weeks-ends seront organisés par Mme V. Terrier, puis par M. L. Defago, chacun enseignant une forme différente de cette discipline ancienne et protéiforme (venue de Chine comme le qigong). Toujours dans le même domaine sinologique, nous vous proposons pour la première fois un week-end sur les principes de l'énergétique chinoise, donné par Mme M. Schweizer. Dans un domaine voisin, Mme J. Pilet vous initiera au shiatsu.

Au vu du succès qu'a eu le stage d'introduction à l'ayurvéda, le premier degré sera repris par le Dr. B. Martin, qui proposera également un approfondissement de la méditation pour ceux qui auront suivi le premier cours. Parallèlement, une initiation au yoga est à l'étude avec d'autres enseignants.

Parmi les nouveautés de l'année, signalons deux week-ends consacrés à l'hypnose, donnés par les Drs G. Salem et R. Rumley, et précédés par une conférence introductive. La premier week-end sera une introduction générale ouverte à toutes les personnes intéressées, et le deuxième sera réservé plus spécialement aux soignants désirant explorer cette discipline dans leur cadre de travail.

Enfin, suite au très vif intérêt suscité par la conférence de Mme R. Tang en novembre dernier, vous pourrez redécouvrir avec elle, tout en l'approfondissant, la Voie Taoïste des 6 Sons, au cours de l'automne prochain.

Les conférences de cette année seront aussi nombreuses que variées. Après une comparaison entre famille chinoise et occidentale (Dr G. Salem), mentionnons encore parmi les sujets abordés, "Jung et le modèle alchimique" (Ch. Eich), "La Tour de Babel ou le savoir écartelé" (Dr R. Sarasin), "Les rituels taoïstes" (M. J. Lagerwey), "Médecine chamanique amérindienne" (M. I. Rossi), et une nouvelle approche de l'alcoolisme (M. J.Y. Bottarelli).

Pour compléter cet aperçu des activités, signalons encore les autres séminaires d'étude qui ont déjà commencé leurs travaux et sont ouverts à tous les intéressés : séminaire sur l'expérience de la maladie et du malheur, séminaire d'approche comparative des divers types d'exercices psycho-corporels et de conscience sensorielle, atelier de recherche comparative sur les proverbes concernant la santé, recherche-action à propos des effets du taijiquan sur les syndromes de dépendance, etc. Le secrétariat vous informera également à ce sujet sur demande écrite.

Enfin, nous avons le plaisir d'organiser cet été deux groupes de voyages en Chine pour les membres intéressés, avec la collaboration de l'agence Voyages et Culture, dont le directeur, M. F. Leresche, a déjà décrit de façon éloquente et prometteuse les prémisses lors d'une conférence en janvier.

Nous espérons vous voir nombreux à ces diverses manifestations, dont le programme détaillé est à votre disposition au secrétariat, sur simple demande de votre part.

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L'ayurvéda

LL1 - Ayurvéda - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

L'ayurvéda (en sanscrit, science de la vie) représente le plus ancien système médical connu et la plus complète des médecines traditionnelles actuelles. Il est reconnu par les historiens comme le précurseur des médecines chinoises et tibétaines et trouve son origine dans l'Inde antique, voici plus de cinq mille ans (prouver ou dire "selon moi"). Les premiers grands traités d'ayurvéda datent de la période classique (Vagbhata, Susruta et Caraka) et décrivent d'une manière très détaillée les maladies, leurs causes, leurs symptômes, les moyens de les prévenir et de les guérir. Ils sont complets et précis dans la description des médicaments, de leur préparation, de leur action et de leur administration. On y retrouve également la description des principes de l'acupuncture, de l'ostéopathie et de certaines interventions chirurgicales.

Aujourd'hui, l'ayurvéda est très répandu en Inde où il s'est à nouveau imposé après l'indépendance du pays, et l'on estime que 50% de la population indienne est soignée par la médecine ayurvédique, qui n'est subventionnée que par le 2,5% du budget national pour la santé. Ceci montre d'une part l'intérêt de la population indienne pour la médecine traditionnelle, d'autre part l'intérêt de ce système médical sur le plan économique. L'ayurvéda s'étend actuellement dans le monde et l'on reconnaît son efficacité dans certains domaines où la médecine moderne reste parfois insatisfaisante. Il peut également devenir une approche complémentaire significative dans les domaines où la médecine moderne est performante.

Le concept des Doshas est au coeur de l'ayurvéda. Il s'agit de trois principes métaboliques de base, gouvernant le fonctionnement de l'organisme et celui de la nature dans son ensemble. On peut aussi parler de trois groupes de lois de fonctionnement de la nature. Ces trois principes sont : VATA (catabolisme / élimination / mouvement), PITTA (métabolisme / transformation / énergie), et KAPHA (anabolisme / structure / forme).

Selon l'ayurvéda, la santé est le résultat d'un équilibre parfait à tous les niveaux de la vie et elle s'acquiert en permettant que les lois qui la gouvernent fonctionnent normalement (en d'autres termes, en équilibrant les Doshas). L'évaluation du déséquilibre des Doshas permet de localiser la cause fondamentale de la maladie, et de la corriger en équilibrant l'organisme et en stimulant les capacités d'autoguérison de celui-ci.

Un autre concept-clé de l'ayurvéda est celui de type constitutionnel ou constitution psycho-physiologique (Prakriti). Les différents types constitutionnels sont basés sur les Doshas. Bien que les trois Doshas soient présents en chacun, leur importance relative varie, ce qui permet de déterminer 7 types constitutionnels psycho-physiologiques de base, doté chacun de caractéristiques psychiques et mentales spécifiques qu'un médecin expérimenté peut déterminer et utiliser pour promouvoir la santé. Ces types sont: Vata, Pitta, Kapha, Vata / Pitta, Vata / Kapha, Pitta / Kapha, Vata / Pitta / Kapha. La connaissance de la constitution psycho-physiologique du patient permet de prescrire des thérapeutiques adaptées non seulement à une maladie donnée, mais également à la constitution, ce qui accroit l'efficacité du traitement. Ainsi, des patients souffrant de la même maladie, mais de constitutions différentes, peuvent recevoir des traitements différents.

L'ayurvéda a pour concept de base une approche globale de la santé. Son champ s'étend des domaines non manifestés de la conscience jusqu'à ses multiples manifestations dans la matière. Ainsi, pour l'ayurvéda, la cause première de toute maladie se situe au niveau de la conscience et son but est de restaurer l'équilibre entre celle-ci, le corps et l'environnement en utilisant une vingtaine de stratégies principales.

L'approche du corps et de sa physiologie s'effectue de diverses façons:

- conseils nutritionnels individualisés en fonction de la maladie et de la constitution du patient;

- techniques de purification physiologique et de régénération de l'organisme (Pancha Karma) permettant un équilibrage profond et un rajeunissement du corps [ces traitements à base de massages avec des huiles médicalisées, des saunas spéciales, d'énémas et autres techniques spécifiques sont donnés dans des cliniques spécialisées et nécessitent une connaissance approfondie de l'ayurvéda];

- médicaments et fortifiants à base de plantes médicinales et de minéraux [ces médicaments traditionnels, composés de nombreuses plantes, ont été utilisés durant des millénaires et n'ont en général aucun effet secondaire; les diverses substances actives présentes sont naturelles et s'équilibrent entre elles, agissant de manière "holistique"];

- techniques d'intégration corporelle (Hatha Yoga) favorisant l'intégration conscience/corps et équilibrant les fonctions des différents systèmes physiologiques;

- techniques de massage des centres d'énergie (Marma thérapie), utilisées actuellement en lieu et place de l'acupuncture, abandonnée par l'ayurvéda;

- nombreuses autres stratégies, dont la musicothérapie (Gandharva-Veda) ou science des différentes fréquences sonores et de leurs effets sur le corps, la thérapie par les couleurs, l'aromathérapie, etc.

L'approche par le comportement consiste en conseils incitant le patient à respecter les rythmes quotidiens et saisonniers, l'hygiène personnelle et des habitudes de vie saine. Les effets des biorythmes se font sentir à tous les niveaux. Un comportement adéquat permet aux rythmes biologiques de l'individu de s'harmoniser avec ceux de la nature, afin que la vie soit vécue en accord avec les lois naturelles, évitant ainsi tensions et agressions inutiles sur la physiologie.

Enfin, l'approche au niveau de la conscience par la méditation permet de faire l'expérience, par une technique mentale simple, d'un état de conscience profondément calme et paisible, source d'un grand bien-être physique et mental, source de régénération et d'équilibration de l'esprit et du corps. Ce niveau de conscience s'atteint en permettant à l'esprit d'entrer en silence. En cours de méditation, sont alors expérimentés des états de conscience de plus en plus calmes, allant jusqu'à être la conscience elle-même dans un silence intérieur parfait et bienfaisant. Une fois que l'on a pris l'habitude de vivre ce silence intérieur, on peut alors éveiller et stimuler au niveau de la conscience silencieuse toutes ses capacités latentes, notamment les capacités d'auto-guérison sans lesquelles toute médecine serait vaine.

En somme, il ne s'agit pas ici seulement de soigner et de guérir les maladies, mais de les prévenir. Le but principal de l'ayurvéda est de promouvoir un état de santé idéal, conçu non seulement en termes d'équilibre parfait et de fonctionnement optimal du corps, mais aussi comme un état de félicité, de réalisation de soi et de bonheur à tous les niveaux de la vie. Il s'agit donc de renforcer la résistance naturelle de l'organisme au déséquilibre et à la maladie, d'augmenter la vitalité, de rajeunir la physiologie, d'accroître la longévité, de promouvoir le plein potentiel de santé physique et mentale de l'individu, et de développer le niveau de conscience à partir duquel naissent naturellement l'équilibre, la créativité et le bonheur.

Une approche partielle de la santé n'est plus souhaitable aujourd'hui. La vie est "holistique" par nature, et la santé ne peut résulter que du développement intégré de tous les domaines de vie: esprit, corps, comportement et environnement. De notables progrès ont été faits en ce sens en Occident, mais il y manque encore une science qui permette une vision réellement globale de l'homme, de son développement, de ses relations avec l'univers, une connaissance intégrant le macrocosme de l'univers et le microcosme de l'être humain, la matière et la conscience. En fait, le but de l'ayurvéda est d'intégrer la conscience individuelle à la conscience universelle, le corps physique à son environnement. Cela est possible en agissant à tous les niveaux de la vie, en rétablissant l'équilibre et le bien-être physique, psychologique, émotionnel et spirituel.

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Les sept boules de cristal
LL1 - Sept boules de cristal - Jacques Rossier / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

De tout temps, l'homme a été fasciné par les pierres précieuses, et toutes les grandes civilisations en ont célébré la beauté magique et l'aura bénéfique. Pour l'occident scientifique, la beauté en général et les pierres précieuses en particulier n'ont pas été jusqu'ici une préoccupation majeure. Depuis quelques années toutefois, la conscience collective et individuelle semble ici se réveiller d'un profond sommeil.

C'est peut-être d'abord Hergé qui nous ouvre la porte, en retrouvant le sceptre d'Ottokar et en nous conduisant au Temple du Soleil à l'aide des 7 boules de cristal. Le cinéma nous entraîne à la recherche du diamant vert; la science-fiction nous parle des énergies mystérieuses du cristal. Dans un autre registre, les physiciens découvrent les particules subatomiques subtiles de la matière et réfléchissent à la création de la masse à partir de l'"éther", au-delà du présumé big bang.

Que signifient donc ces fruits étranges du feu de la terre que sont les cristaux et les pierres précieuses, lumière solidifiée au pays des ombres? L'ère (communément dite) du Verseau, qui s'éveille à la réalité transmatérielle, s'interroge à leur sujet.

Les bourses aux minéraux par exemple, rencontrent un intérêt populaire croissant. Les Californiens portent leur cristal de roche autour du cou. Et les librairies "ésotériques" regorgent de livres consacrés aux énergies des cristaux.

Par exemple, de Daya Sarai Chocron, "La santé par les pierres", traduction française de Melki Makhandar, édition Yva Peyret. Daya Sarai Chocron y expose ses connaissances acquises en particulier auprès des indiens d'Amérique du nord. Ou encore le livre de Bô Yin Râ, "Enigmes occultes", au chapitre des "Forces planétaires bénéfiques"*, pour qui les cristaux et les pierres précieuses peuvent mener à "d'étranges et de remarquables expériences".

* Le livre de Bô Yin Râ, "Okkulte Rätsel", Kober'sche Verlagsbuchhandlung, Bern, n'est disponible actuellement que dans sa version originale en langue allemande. Le Dr Rossier travaille actuellement à sa tradution en français (NDR).

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Entre Pendule et Scanner : notes de parcours
LL1 - Pendule et scanner, notes - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Pour frelaté qu'il puisse paraître de prime abord, le terme santé révèle, aujourd'hui plus que jamais, la complexité de sa signification. La définition par laquelle l'OMS a essayé de circonscrire cette notion, un "état de bien-être physique, moral et social", est manifestement trop générale, mais a au moins le privilège d'élargir radicalement le champ de ses implications L'éventail des discours et des pratiques qui restaurent la santé ou préviennent la maladie se relie, en effet, à la convergence des problèmes de médecine et de société, voire de culture. Cela se traduit, dans le domaine des connaissances occidentales, par une appropriation pluridisciplinaire: médicale, historique, sociologique, ethnologique, anthropologique, psychologique... Malgré leurs développements séparés et la spécialisation sectorielle de chacune d'entre elles, ces disciplines se penchent aujourd'hui, selon leur vision et leur méthode propres, sur l'interdépendance entre un systèmes de soins et le vécu du malade. La présence sur la scène mondiale de connaissances médicales multiples et, plus particulièrement, l'explosion et l'émergence d'autres visions de la santé dans le monde occidental, appellent en effet à une relecture critique des rapports sous-jacents à toute relation entre soignants et soignés.

Dans ce cadre de références, le séminaire intitulé "Entre pendule et scanner" est un lieu de débat et de dialogue interdisciplinaires qui vise à l'éclaircissement des fondements théoriques et des modalités théra–peutiques de toute intervention médicale. Le programme presenté ici, bien loin de prétendre à l'exhaustivité, procède d'un choix précis: en privilégiant le concept anthropologique, nous avons voulu mettre l'accent sur la comparaison entre les pratiques de santé et le statut du sujet, plus particulièrement sur la concurrence entre eux, qui imprègnent en profondeur les définitions du corps, de la santé et de la maladie et touchent aux visions de la vie et de la mort. Cette approche ne veut pas réduire l'importance d'autres enjeux et d'autres perspectives sur les systèmes médicaux, à savoir celles de la politique, de l'économie et de la sociologie. Il serait sans doute fructueux d'élargir le regard à ces domaines également.

En montrant leur compétence, les intervenants au séminaire ont fourni des indices capables de stimuler et d'induire de nouveaux parcours de réflexion, tout en orientant l'action et les recherches de la Fondation Ling.

Délivré de tout carcan doctrinal, le seul souci de ce séminaire est de s'interroger sur les approches officielles, parallèles, populaires ou encore traditionnelles, sans les réduire aux allégeances à une mode ou à une école. Ces approches sous-tendent en effet les diagnostis, dictent l'anamnèse, déterminent les choix thérapeutiques qui visent à l'amélioration de la qualité de la vie . Les ignorer serait méconnaître, pour certaines, leur prégnance durable et pour d'autres la profondeur de leur vision, qui ne font que contribuer à l'ambivalence que les concepts de corps, de santé et de maladie renferment en eux-mêmes.

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Entre pendule et scanner: organisation et programme
LL1 - Pendule et scanner, organisation - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, février 1992

Organisation: Ilario Rossi, Gérard Salem.

Comité de parrainnage: Prof. Pierre CENTLIVRES, Institut d'ethnologie, Université de Neuchâtel; Prof. Patrice GUEX, Division autonome de médecine psycho-sociale, CHUV, Université de Lausanne; Prof. Mondher KILANI, Institut dânthropologie et sociologie, Université de Lausanne; Prof. Jean ZIEGLER, Département de sociologie, Université de Genève.

Les intervenants constituent le conseil consultatif du séminaire.

21 octobre1991: "Corps, santé et médecine:les enjeux contemporains".
Par Ilario ROSSI et Gérard SALEM, membres du Conseil de la Fondation Ling.

4 novembre1991: "Santé et monde médiatique".
Par Véronique BOURQUI (La Suisse), Laurence MERMOUD (TSR), Rosette POLETTI (Le Matin) et Yvette RIELLE (RSR).

18 novembre 1991: "Santé et légalité".
"Aspects juridiques du contrat de soins", par Johanna GRAZIANO, avocate et Membre du Conseil de Fondation; "Qu'est-ce qui structure la relation médecin.malade dans le cadre et hors du cadre de la légalité?", par Eliane PERRIN, sociologue (Faculté de médecine, Genève); "Législation sanitaire et médecines parallèles. Faut-il réglementer le pendule?", par Daphné BERNERE, médecin cantonal adjoint au Service de la santé publique du canton de Neuchâtel.

2 décembre1991: "Regards de la médecine officielle sur les autres pratiques de soins".
" L'ethnopharmacologie: un nouveau vin dans une vieille bouteille ou l'inverse?", par Laurent RIVIER, docteur ès Sciences (Institut de médecine légale de l'Université de Lausanne); "Interactions entre médecine "officielle" et d'autres voies de traitement", par Cristophe DELUZE, médecin, chef de clinique (département de rhumatologie, Hôpital cantonal de Genève); "Itinéraire d'un universitaire égaré", par Maurice GIROMINI, médecin et député au Grand Conseil du canton de Genève; "Vers des évaluations réciproques. Préalables: obstacles à surmonter", par Adam KISS, psychologue et psychothérapeute ( CERESI, Université de Toulouse Le Mirail).

13 janvier 992: "Les médecines parallèles 1".
"Les lois fondamentales de l'homéopathie", par François CHOFFAT, docteur en médecine (Grandcour); "Sophrologie: techniques de relaxation. Les origines et sa déontologie", par Lucien GAMBA, docteur en médecine (Faculté libre de sophrologie de la Sorbonne, Paris/Genève); "Naturopathie, philosophie et bases scientifiques", pae Marc LECOQ, naturopathe (Fédération National d'Hygiène et Médecine Naturelle Paris); "De l'intuition au rationnel. Approche épistémologique de la thérapie manuelle", par Gérald LAPERTOSA, physiothérapeute et etiopathe (Ecole Internationale d'Etiopathie, Genève).

27 janvier 1992: "Les médecines parallèles 2".
"Les lois de la guérison homéopathique", par François CHOFFAT, docteur en médecine (Grandcour); "Le rôle du praticien de santé naturopathe dans le domaine de la grande prévention et de l'analyse des terrains", par André ROUX, naturopathe (Collège Européen d'Hygiène et Médecine Naturelle, Genève/Bruxelles).

10 février 1992: "Les médecines parallèles 3"
"La sophrologie et ses applications pratiques", par Lucien GAMBA, docteur en médecine (Faculté libre de sophrologie de la Sorbonne, Paris/Genève); "Thérapies des sytèmes et modèles étiopathiques", par Gérard LAPERTOSA, physiothérapeute et etiopathe (Ecole Internationale d'Etiopathie, Genève); "La médecine énérgétique", par Bruno FERRONI, docteur en médecine (Groupement de Recherche et Enseignement en Homéopathie et Enérgétique Médicale, Pully).

24 février 1992: "Les médecines populaires. Aspects théoriques".
Par Charles CHALVERAT, éducateur (Ecole d'Etudes Sociales et Pédagogiques, Lausanne), et Dominique CAMUS, ethnologue et sociologue (Université de Rennes, France).

9 mars 1992: "Les médecines populaires. Aspects pratiques".
Par des praticiens des médecines populaires.

23 mars 1992: "Les médecines traditionnelles (1). Asie".

6 avril 1992: "Les médecines traditionnelles (2). Afrique".

27 avril 1992: "Les médecines traditionnelles (3). Amérindiennes".

16 mai 1992: Ière table ronde conclusive, "Les systèmes médicaux vis-à-vis de l'être humain".

30 mai 1992: IIème table ronde conclusive, "La relation thérapeutique: variations et similitudes".

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