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Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 6/décembre 1993

 

L'HYPNOSE COMME UN VOYAGE INTERIEUR
LL6 - Edito - Bertrand Piccard / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

UN PEU D'HISTOIRE
LL6 - Un peu d'histoire - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

QUELQUES DEFINITIONS DE L'HYPNOSE
LL6 - Définitions - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

PETITE BIBLIOGRAPHIE CONSEILLEE A PROPOS D'HYPNOSE
LL6 - Bibliographie / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

HYPNOSE ET SUGGESTION
LL6 - Suggestion - Joséphine Balken / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

UNE VAGUE APRES L'AUTRE
LL6 - Une vague - Jacques Finger / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

HYPNOSE ET MEDECINE DENTAIRE
LL6 - Médecine dentaire - Patrick Noyer & René Rumley / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

L'AUTOHYPNOSE ET LA COMMUNICATION
LL6 - Autohypnose - Jean Loup / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

SEMINAIRE D'HYPNOSE AVEC MICHAEL YAPKO Ph. D. (Etats-Unis)
LL6 - Séminaire / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

L'HYPNOSE A 5000 METRES D'ALTITUDE
LL6 - 5000 mètres d'altitude - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

LA VOIX QUI CONTE
LL6 - Voix qui conte - Marie van Leckwyck / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

DOULEUR ET HYPNOANALGESIE
LL6 - Hypnoanalgésie - Dr Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

LE "MIND-BODY HEALING"
LL6 - Mind-body healing - Patrick Noyer / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

LA SOCIETE MEDICALE SUISSE D'HYPNOSE (SMSH)
LL6 - SMSH- Patrick Noyer & René Rumley / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

ENSEIGNEMENT DE L'HYPNOSE A LA FONDATION LING
LL6 - Enseignement / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

UN ETAT D'ESPRIT, UNE MANIERE D'ETRE
LL6 - Etat d'esprit - Dany et Steve Therianos / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993


L'HYPNOSE COMME UN VOYAGE INTERIEUR
LL6 - Edito - Bertrand Piccard / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Dans sa volonté de créer un forum de communication entre les diverses approches médicales, il se devait que la Fondation Ling aborde un jour dans La Lettre le sujet de l'hypnose. Non pas, cette fois-ci, sous un angle comparatif Orient-Occident, mais sous l'angle de la communication du patient avec lui-même. Car qu'est-ce que l'hypnose sinon la découverte d'un nouveau mode de dialogue avec des parties de soi-même qu'on croyait muettes, à défaut d'ignorer tout simplement leur existence?

On pourra tergiverser à souhait sur les variantes de la transe hypnotique et sur les différentes controverses qui ont parsemé - et parsèment toujours - l'histoire de sa pratique. Du remède-miracle au pur charlatanisme de foire, de la sorcellerie à la prescription médicale, l'hypnose est rarement détachée de toute connotation affective. Peut-être justement parce que dans la vie de tous les jours, on parle d'hypnose avec cette partie du cerveau, logique, critique et défensive, qui précisément est court-circuitée par la transe. Parler d'hypnose sans être en transe, c'est un peu comme décrire le parfum d'une fleur qu'on ne voit qu'en carte postale. Pourtant, ce 6ème numéro de La Lettre s'est donné le but d'aborder ce sujet.

Le lecteur y entendra parler d'induction, de suggestion, de transe, de stratagème, de stratégie, de vigilance, de focus et de bien d'autres notions plus ou moins techniques, qui ont cependant toutes pour point commun de s'intéresser à la communication (dans un premier temps) et au processus de changement (dans leur finalité). Et en cela, l'hypnose est bien plus qu'une technique, elle en devient une aventure, un voyage à l'intérieur de son inconscient : non pas d'un "inconscient-poubelle" où se trouve seulement, entassé, le produit de notre refoulement, mais d'un océan de ressources et de solutions que l'on apprend à découvrir en soi.

Une manière de comprendre cette approche serait de concevoir que notre personnalité, formée par les expériences de l'existence et indispensable pour s'adapter à la vie familiale et sociale, est en même temps un couvercle étanche qui empêche d'accéder à d'autres parties de nous-mêmes, comme à notre inconscient et à son langage imagé et symbolique, intuitif et porteur de solutions. Notre personnalité est donc en même temps ce qui nous permet de vivre tous les jours et ce qui nous empêche d'évoluer!

Afin de conserver l'équilibre que nous avons acquis dans la vie, nous avons pris l'habitude de nous cramponner à ce que nous connaissons, à ce que nous contrôlons, de peur de perdre notre impression de maîtrise sur nous-mêmes et sur notre environnement.. Et pourtant, l'expérience de la transe éricksonienne nous apprend que quelque chose en nous est prêt à accepter une autre vision de la vie, à proposer des façons non cartésiennes de résoudre les problèmes et, fait encore beaucoup plus important, de faire confiance à l'inconnu, au mystère de la vie et de nos ressources cachées.

A partir d'une technique, patients et thérapeutes chemineront donc ensemble, à la découverte d'un monde intérieur inconnu, en s'ouvrant ainsi peu à peu à un processus de changement. Lâcher les certitudes et les préjugés, qui sont autant de freins à l'évolution, pour entrer dans une dynamique de changement nécessaire à la guérison de l'esprit ... et du coeur.

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UN PEU D'HISTOIRE
LL6 - Un peu d'histoire - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Fils de la Nuit et frère jumeau de la Mort, Hypnos personnifie le Sommeil dans la mythologie grecque. Le même nom propre sert d'étymologie à l'ensemble de phénomènes cliniquement observables réunis sous le vocable d'hypnose , et aux médicaments induisant le sommeil. Cette assimilation sémantique peu pertinente est peut-être due à James Braid, chirurgien anglais du siècle passé, qui a forgé le terme d'hypnose pour désigner de façon plus scientifique ce que Mesmer, son collègue allemand, avait appelé au 18e siècle le magnétisme animal. Il est vrai que, d'une part, les effets anesthésiques de l'hypnose, d'autre part, la ressemblance de la transe profonde avec le sommeil, expliquent historiquement ce télescopage linguistique.

L'histoire de l'hypnose commence classiquement en Europe par Anton Mesmer, ce "charlatan génial", contesté ou admiré sous Louis XVI, auteur de la théorie du magnétisme animal. Pourtant Mesmer n'a rien inventé: toute sa théorie était déjà contenue dans les philosophies indienne (du prana ) et chinoise (du qi ). L'hypnose est vieille comme le monde, elle prend ses sources dans le chamanisme, berceau de toutes les alchimies et de toutes les médecines. Elle était aussi pratiquée en Grèce et en Égypte anciennes, dans les "temples du sommeil". Aujourd'hui, elle est encore couramment utilisée dans les médecines traditionnelles de maintes civilisations. Mais du temps de Mesmer ou au Siècle des Lumières, les chercheurs s'intéressaient peu à ce qui se passait ailleurs et l'ethnopsychiatrie n'existait pas encore.

En France, le marquis de Puységur, élève de Mesmer, fit en 1784 la première observation de "sommeil hypnotique". Plus tard, deux écoles allaient se livrer des joutes autour du rôle de la suggestion, celle de Nancy, autour du Dr Liébault, et celle du Dr Charcot, à Paris. Liébault avait poursuivi les travaux de Braid tout en travaillant comme médecin de campagne. Il hypnotisait ses malades gratuitement et avait gagné une réputation de guérisseur qui lui attirait l'inimitié de ses confrères. A Paris, Charcot (1878-1884) l'appliquait aux patientes essentiellement hystériques à la Salpêtrière. Freud, âgé alors de 29 ans, suivit ses cours et pratiqua l'hypnose pendant quelques années, réalisant avec Breuer que les hystériques souffraient essentiellement de réminiscences refoulées dans l'inconscient. Se contentant de traiter simplement les symptômes, à la manière de Liébault, Freud constata que la disparition de l'un d'eux était rapidement suivie de l'apparition d'un symptôme substitutif. Ceci lui servit d'argument pour renoncer à cette méthode, considérant en même temps la suggestion hypnotique comme un acte magique trop intrusif pour le malade. (En réalité, Freud maîtrisait mal la technique hypnotique et restait avant tout soucieux de défendre sa théorie psychanalytique).

Après quoi, l'hypnose est tombée quasiment dans l'oubli en France, à quelques exceptions près (Janet, Chertok). En Union Soviétique, Pavlov et Bechterev la réhabilitaient en soulignant ses aspects physiologiques, alors que Platonov et quelques autres l'utilisaient en psychothérapie. En Allemagne, Schultz, suiveur de Freud, tentait d'articuler hypnose et concepts psychanalytiques dans son "training autogène", méthode de relaxation désormais classique en médecine et en psychiatrie. Aux Etats-Unis, l'hypnose avait connu un déclin à peu près identique, jusqu'à ce que Milton Erickson (1902-1980), psychiatre établi à Phénix, Arizona, la rénove de façon décisive à partir du milieu du siècle, dévoilant de façon originale sa dimension métaphorique et sa valeur d'apprentissage inconscient.

Actuellement, l'hypnose d'Erickson connait un engouement certain dans le monde entier. En Asie aussi, des travaux lui sont consacrés, par exemple au Japon et même en Chine Populaire, où j'ai eu l'occasion d'en vérifier les applications cliniques à l'hôpital psychiatrique de Suzhou (avec mon confrère le Dr Ma Weixiang)*. Nombreux sont les congrès et séminaires consacrés à l'hypnose ericksonienne aux USA, en Allemagne, en France ou en Suisse. La presse fait périodiquement une large place à cette "résurgence" de l'hypnose (qui n'en continue pas moins à sentir le souffre!). On mentionne de plus en plus ses nombreuses applications modernes en anesthésiologie, en oncologie, en immunologie, en psychiatrie ou en psychothérapie. Les développements techniques (imagerie cérébrale, CT-scan, potentiels évoqués) facilitent la recherche contemporaine et promettent de féconds développements scientifiques à cette discipline.

* En chinois, hypnose se dit "cui mian shu".

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QUELQUES DEFINITIONS DE L'HYPNOSE
LL6 - Définitions - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Le terme d'hypnose désigne en fait trois types de phénomènes: l'état hypnotique (ou transe ) dans lequel est plongé le sujet hypnotisé, les techniques utilisées par l'hypnotiseur, et le type d'interaction particulière qui s'établit entre hypnothérapeute et hypnotisé.

1. l'état hypnotique (ou transe) est classiquement défini comme un état modifié de conscience. Contrairement à un préjugé répandu, il s'agit d'un état de veille et non de sommeil. Expérience avant tout subjective, la transe peut être observée de l'extérieur, à divers indices. Elle se manifeste par un état de concentration accrue, avec diminution de la réceptivité aux stimuli extérieurs et réorientation de l'attention focale vers les phénomènes internes. Le corps est plongé dans un état de détente profonde et rapide, la musculature est relaxée comme dans le sommeil, la respiration est ralentie, le pouls et la tension artérielle diminués. Le sujet décrit des sensations inhabituelles, parfois paradoxales: lourdeur et légèreté simultanées du corps ou des membres, modifications du schéma corporel, fourmillements, etc. L'imaginaire l'emporte sur le raisonnement, l'expression des émotions est facilitée, l'impression que quelque chose de peu ordinaire est en train de se passer n'est pas rare.

On distingue divers degrés de profondeur de la transe. La transe légère est un état de relaxation, qui n'exclut pas des mouvements volontaires. Clignotements des paupières, salivation et inhibition du réflexe de déglutition, diminution du tonus musculaire avec relâchement des muscles du visage, ralentissement respiratoire et cardiaque, baisse de la tension artérielle, voilà quelques observations courantes. Dans la transe moyenne, on constate, selon le thème abordé, non seulement des changements du rythme respiratoire et du tonus musculaire, mais des réajustements de la posture corporelle, une accentuation de la détente musculaire et de la sensation de calme, des réponses concrètes aux suggestions, et, comme dans le rêve (ou sommeil paradoxal), des mouvements oculaires rapides. Dans la transe profonde (ou "somnambulique"), la relaxation augmente et se généralise, avec des soupirs, une révulsion possible des yeux. La motricité est "amortie" (affaissement des épaules, lévitation des membres, réponses ralenties, difficulté de parler sans stimulation extérieure). L'évocation de souvenirs anciens est facilitée dans cet état (donnée utile dans la technique appelée régression en âge , par laquelle un clinicien expérimenté peut aider le patient à revivre et "réparer" des traumatismes passés).

2. les techniques hypnotiques regroupent, dans une première catégorie, les procédés d'induction. Cette "porte d'entrée" de la transe consiste à modifier la vigilance du sujet et son état global de conscience, en stimulant un de ses canaux sensoriels (auditif, visuel, cénesthésique). Dans l'induction visuelle, on demande par exemple au patient de fixer les yeux sur un point quelconque, pour favoriser, par une monotonie du stimulus sensoriel , un rétrécissement de l'activité sensitive et motrice en même temps. Ceci provoque une baisse de l'attention au monde environnant et ouvre en quelque sorte le "paysage intérieur". Point fixe devant les yeux, voix monotone de l'hypnotiseur, répétition des mêmes mots, éventuel balancement rythmique du corps de l'hypnotiseur ont pour objectif d'assurer cette constance du stimulus. Une position couchée, ou n'importe quelle position stable est nécessaire au début pour obtenir une diminution des afférences. La modulation affective de l'induction joue un rôle non négligeable dans ce processus: la voix du thérapeute, sa motricité, la résonance émotionnelle de ses propos ont un effet certes significatif pendant l'induction. Cependant, le vrai travail de changement appartient avant tout au patient (contrairement au cliché de "l'emprise" de l'hypnotiseur sur l'hypnotisé). Cette expérience d'être une personne libre et active pendant la transe est importante à souligner pour démanteler les idées toutes faites et balayer l'odeur de souffre de l'hypnose! En effet, si pendant la transe le sujet mêle extérieur et intérieur, passé et présent, activité consciente et inconsciente, il reste très concentré, "se voit" en transe et conserve le contrôle de cet état.

Une autre catégorie de techniques hypnotiques est constituée par les suggestions que formule l'hypnothérapeute. Sur ce point, l'hypnose classique diffère de celle d'Erickson dans l'esprit comme dans la procédure. L'hypnose classique cherche surtout à influencer le sujet: l'hypnotiseur est du type "directif", il procède par suggestions directes . Dans l'hypnose ericksonienne, au contraire, on facilite chez le sujet l'émergence de données internes, qui étaient inconscientes; on stimule sa mémoire, on "réveille" son histoire personnelle, en le "suivant" au lieu de l'influencer. C'est le sujet lui-même qui découvre et choisit son chemin. Ici, l'hypnotiseur est du type "permissif", il procède de préférence par suggestions indirectes. Si, comme le souligne F. Roustang, l'hypnose ericksonienne n'est pas moins "manipulatrice" que l'hypnose classique, la manipulation vise ici à provoquer l'émergence de solutions non pas dictées par l'hypnotiseur, mais propres au sujet, expérience capitale pour valoriser les compétences naturelles de celui-ci.

3. l'interaction hypnothérapeutique est précisément le style de relation qui s'établit entre le thérapeute et son patient. Si le thérapeute est directif, autoritaire, il se présente comme le détenteur des solutions recherchées par le patient et favorise une relation de dépendance ("hypnose classique"). S'il fonctionne avant tout comme un catalyseur, il devient un "compagnon de route", accompagnant le patient vers ses ressources intérieures et ses facultés inutilisées ("hypnose ericksonienne"). (Cette deuxième forme d'hypnose est plus proche de l'autohypnose que la première). Dans les deux cas, il s'agit essentiellement d'une relation psychologique intersubjective, qui se prête difficilement aux mesures "objectives" habituelles de la science - trop de paramètres étant activés en même temps. Dans les deux cas, le type d'interaction et de communication qui s'instaure entre hypnothérapeute et patient, de même que la définition implicite de leur relation, constituent des données primordiales de la relation hypnotique. Cette communication inclut des variables complexes, verbales, paraverbales, non-verbales et contextuelles, sur lesquelles il n'est pas possible de s'étendre ici pour des raisons pratiques.

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PETITE BIBLIOGRAPHIE CONSEILLEE A PROPOS D'HYPNOSE
LL6 - Bibliographie / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Barker Ph. Using metaphors in psychotherapy. Ed Brunner & Mazel, NY, 1985.
Bougnoux D. (colloque de Cerisy) La suggestion. Ed. Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, 1991.
Chertok L. L'hypnose. Les problèmes théoriques et pratiques. La technique. Masson & Cie, Paris, 1963.
Chertok L. & coll. Résurgence de l'hypnose, une bataille de deux cents ans. Desclée de Brouwer, 1984.
Debetz B. & Sunnen G. A primer of clinical hypnosis. PSG Publish. Comp. Inc., 1985.
Erickson M.H. Collected papers. 4 vol. NY, Irvingston 1980
Erickson M.H. L'hypnose thérapeutique. Quatre conférences. ESF, Paris 1986.
Erickson M. H. Ma voix t'accompagnera. Textes établis et commentés par Sydney Rosen. Hommes et Groupes d'Editeurs, Paris, 1986.
Haley J. Un thérapeute hors du commun. Milton Erickson.. Ed. EPI, Paris, 1984
Jouvet M. Le sommeil et le rêve. Ed. Odile Jacob, Paris, 1992.
Malarewicz J. A. & Godin J. Milton H. Erickson: de l'hypnose clinique à la psychothérapie stratégique. Editions ESF, Paris, 1986.
Rager G.R. Hypnose, sophrologie et médecine. Fayard, Paris, 1973
Ross D. Symbolic pain : metaphors of dis-ease. Manuscrit non publié (disponible chez Dr Salem) Los Gatos Institute 19845 Skyline Blvd Los Gatos California 95030
Rossi E.L. The psychobiology of mind-body healing. New concepts of therapeutic hypnosis. Ed Norton & Co., NY, 1986.
Rossi E. L. et David N., The 20 minute break, Using the new science of Ultradian rhythms, Jeremy P. Tarcher, Los Angeles, 1991.
Roustang F., Influence, Editions de Minuit, Paris, 1990.
Watzlawick P. Le langage du changement. Eléments de communication thérapeutique. Ed. du Seuil, Paris, 1980.

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HYPNOSE ET SUGGESTION
LL6 - Suggestion - Joséphine Balken / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

C'est l'abbé de Faria, au début du XIXe., qui fut le premier à utiliser le langage pour induire cet état modifié de conscience qu'il avait appelé "sommeil lucide". Il a commencé à utiliser la suggestion verbale pour renforcer la manifestation de l'effet désiré chez le sujet. Avant lui, l'induction de la transe se faisait par manipulations, gestes, mouvements, et, plus tard, par fixation oculaire. On les utilise encore actuellement, mais pour accompagner les "suggestions" verbales. En effet, l'induction d'une transe se fait à partir du vécu corporel et des cinq sens. Mais nous avons aussi, en tant qu'êtres sociaux, le "sens" du langage. Si la suggestion verbale était autrefois directe (l'hypnotiseur transmettait un ordre), aujourd'hui elle est de préférence indirecte, facilitant l'évocation du vécu (sensations, expériences). Il est important de relever dans ces faits l'action du langage sur les processus corporels. Dès lors, on a tenté d'assimiler l'hypnose à la suggestion, soit comme propriété neuro-physiologique normale, se produisant aussi à l'état de veille (Bernheim), soit comme phénomène pathologique hystérique (Charcot). Les expérimentalistes américains ont même construit des échelles de suggestibilité comme "mesure" d'hypnotisabilité (Hilgard).

La suggestion se définit comme la transmission d'une idée qui se réalise chez le partenaire suite à une acceptation tacite, c'est-à-dire sans passer par la critique consciente (délibération de l'acte volontaire). Qu'est-ce qui se passe pour qu'il y ait cette acceptation en soi avec réalisation plus ou moins immédiate de l'idée d'un autre? A mon avis, il s'agit surtout de la création d'un contexte "spécial", qui donne une signification particulière à ce qui s'y déroule, surtout pour le sujet. C'est à l'inducteur de trouver ce qui peut être relevant pour le sujet afin de structurer ce contexte, caractérisé par ailleurs par une intense implication affective. En fait, pour qu'il y ait possibilité de suggestion (donc d'acceptation de l'idée de l'autre) il faut une relation affective intense, ce que Stokvis décrit comme "résonance affective", en suivant Bleuler. Des facteurs tels que stimulation de la curiosité, expectative et croyance dans la manifestation d'événements "spéciaux", dans "l'autorité" de l'inducteur interviennent aussi dans la suggestion. Freud considérait celle-ci comme un phénomène archaïque ("ur-phenomen"), une espèce d'instinct social.

Il est donc clair que la suggestibilité définit un phénomène relationnel, se déroulant dans un certain contexte, ce qui est aussi le cas de l'hypnose. On peut dire que la transe hypnotique favorise la suggestibilité, et aussi que la suggestion favorise la transe, mais on ne peut en déduire que suggestion et transe sont la même chose. En effet, on peut observer qu'il y a suggestion à l'état de veille (rites, propagande, publicité, "contagion affective" dans les phénomènes de groupe), et qu'il y a des transes "courantes" dans la vie quotidienne, sans induction formelle.

Nous savons que les mots, outre leur fonction "désignatrice", ont un pouvoir évocateur. Évocation d'images qui impliquent en même temps une activité motrice, comme on peut l'observer lors d'électromyogrammes quand on suggère des images de mouvements, ou lors des mouvements oculaires dans le rêve. Watzlawick parle de propriété "injonctive" du langage, reprenant la caractérisation de J.L. Austin du langage "performatif", dans lequel "dire, c'est aussi faire". Si les manipulations, les gestes, les mouvements, induisent des transes, parler est aussi un mouvement, un acte, qui est renforcé par le mode d'expression, comme par exemple dans "je joue, tu joues" qui sont l'action même, par opposition à "je voudrais jouer" ou à "je suis en train de jouer" qui ne produisent pas l'action. En tout cas, on reconnaît aujourd'hui ce pouvoir évocateur de sensations, comportements, expériences vécues, qui caractérise la suggestion. La suggestion n'est pas "active" en elle-même, mais seulement si elle possède ce pouvoir évocateur des mots. La poésie aussi induit des transes...

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UNE VAGUE APRES L'AUTRE
LL6 - Une vague - Jacques Finger / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Blanc.
Silence.
Une ligne.
Horizon entre lac et montagne.
Masse énorme des Mémises dominant le Léman.

L'espace tout alentour se dilate, se gonfle comme un ballon, devient plus transparent, plus réfringent, cristallin, à la fois plus dense et immatériel. Le temps s'arrête, ou mieux tous les temps s'écoulent du même front, synchronisés. On entend une rumeur très douce, comme un souffle. Deux cygnes s'approchent, observent la scène alternativement d'un oeil puis de l'autre. Ce sont deux guerriers antiques sombres et étincelants accompagnés de leurs chevaux superbement harnachés...

Où étais-tu? Encore en train de rêvasser? Ma mère a le regard un peu inquiet. Moi, enfant je me demande ce qui arrive. Et j'attends secrètement une prochaine fois.

Je n'aime pas le mot "hypnose", il me renvoie à "sommeil". Je n'aime pas beaucoup plus "transe" quoique son étymologie le rapprochant de "trépasser,transir" soit plus précise.

J'aimerais un mot suggérant un état où l'on voit mieux et plus loin, décrivant la multiplication du temps, l'augmentation de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, décrivant la sensation que l'on ne respire plus seulement par les narines mais que l'air devient plus vif, prend un petit goût métallique et qu'il pénètre directement en soi par chaque pore de la peau.

Forêt de Moiry.
Chemin de la Praz.
Le long du sentier menant à la cabane de Baba Yaga.

Croisée de la Dame. Avec un peu de patience on peut y faire une rencontre. Parfois c'est presque une enfant qu'on prendrait par la main, parfois... La voilà. Cette fois elle est vieille, dans une robe de bure, venant du Moyen-Age, s'appuyant sur un bâton de la main gauche, ripant de la droite une fascine de branchages, dans un bruit de cascade. Elle s'arrête un instant, vous regarde droit dans les yeux, impassible. En un éclair le monde devient transparent. Tout s'immobilise. On entend le temps passer comme un souffle ou un ronronnement très bas... Tac, déjà c'est fini. La promenade continue comme si de rien n'était. Mais observez bien, vous êtes plus léger, plus joyeux, plein d'une énergie renouvelée.

Certains vous le diront il faut y croire pour que ça marche. Quelles pommes! Le secret c'est laisser faire. Ecoutez le Maître: "Vous n'êtes pas une machine. Faites l'exercice comme on parle le français, avec des liaisons".

Souplement.
Tranquillement.
Comme le dragon.
Une vague après l'autre.

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HYPNOSE ET MEDECINE DENTAIRE
LL6 - Médecine dentaire - Patrick Noyer & René Rumley / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

S'il est un domaine de la médecine où l'hypnose trouve un champ d'application vaste et quotidien, c'est bien celui de l'odonto-stomatologie. Combien d'entre nous désirent trouver chez leur médecin-dentiste un climat serein de calme et de détente, ou alors prendre en charge une partie du contrôle de la douleur, ou encore réduire les suites opératoires d'une intervention chirurgicale dans une partie du corps forte en résonances psychologiques?

Le médecin-dentiste formé à l'hypnose peut être en mesure de répondre à de telles demandes, voire même de les précéder, ceci pour le plus grand bien de ses patients. En partant du concept général de la relation thérapeutique et en focalisant sur le domaine spécifique de l'odonto-stomatologie, nous allons maintenant développer briévement les applications de l'hypnose à ce domaine particulier.

Depuis les travaux des éthologues, l'importance de la communication non-verbale n'est plus à démontrer. Il est indéniable qu'un médecin-dentiste stressé par la difficulté d'une tâche précise, bousculé par le temps, baigné du brouhaha des discussions provenant d'une salle d'attente pleine, va aborder ses patients dans un climat relationnel médiocre, ne s'occupant que d'une cavité buccale, oubliant de prendre en considération le patient dans son ensemble.

L'auto-hypnose permet au praticien d'aborder ses patients avec plus de calme, plus de respect, dans une approche holistique. La relation thérapeutique en sera améliorée, la confiance accrue. Les traitements médicamenteux pourront être réduits parallèlement à l'accroissement du confort des interventions purement dentaires. Cette ouverture du médecin-dentiste résultera en une écoute plus précise des demandes du patient. Les incompréhensions pourront être évitées. Une harmonie relationnelle sera plus facilement abordable, avec toutes ses implications thérapeutiques. Dans ce nouveau cadre ainsi défini, le traitement dentaire de patients angoissés, phobiques, stressés, devient plus simple. Les craintes seront plus facilement exprimées par des patients en pleine confiance. Une prise en charge au moyen de techniques hypnotiques appropriées permet une diminution de la prémédication, un confort accru au cours des soins et des suites opératoires simplifiées.

Dans un climat de calme, d'écoute et de respect, le contrôle de la douleur devient plus aisé. La chirurgie dentaire peut ainsi se faire dans de meilleures conditions, dans une maîtrise parfaite des phases pré-, per-, et post-opératoires. Le contrôle du saignement est également facilité par certaines techniques hypnotiques. Une nouvelle fois, la médication du patient peut être réduite à son plus strict nécessaire.

La pathologie liée au stress trouve également son expression dans la sphère buccale. Les douleurs des articulations temporo-mandibulaires, en plus des manifestations infectieuses provenant d'un affaiblissement des défenses de l'organisme dans son entier, en sont les manifestations les plus typiques. L'hypnose permet à la fois une intervention symptomatique et une intervention causale, dans une approche plus holistique.

Les réflexes nauséeux, hantise de biens des médecins-dentistes, peuvent être contrôlés par des techniques de relaxation ou d'insensibilisation. La prise d'empreintes, si souvent problématique, trouvera sa simplification dans l'apprentissage de gestes ou de paroles simples, que chaque praticien est en mesure de maîtriser après une formation élémentaire. Il est logique de généraliser ce même type de travail à l'intolérance aux prothèses, en n'oubliant cependant pas que des facteurs psychologiques peuvent intervenir dans ces cas difficiles. Une nouvelle fois, un médecin-dentiste convenablement formé à l'hypnose sera en mesure de prendre en charge son patient dans sa globalité ou de l'orienter directement chez le confrère compétent.

L'hypnose en médecine-dentaire constitue à la fois une technique efficace, une situation thérapeutique particulière et une conception holistique de l'approche du patient. C'est cette simultanéité à plusieurs niveaux logiques qui en fait son intérêt et son utilité.

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L'AUTOHYPNOSE ET LA COMMUNICATION
LL6 - Autohypnose - Jean Loup / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

D'abord connais-toi toi-même, disait Socrate, et tu connaîtras l'univers et ses dieux! La deuxième partie de la phrase, qu'on oublie très souvent, est aussi importante que la première. J'étais très sceptique avant le cours d'autohypnose de la Fondation Ling, seule une grande curiosité m'attirait. J'y ai découvert la possibilité d'être conscient des phénomènes émanents de mon inconscient, cette "terra incognita", comme le disait Jung, sans l'intermédiaire de la mémoire, comme dans le rêve. D'abord inquiétant et étrange, puis fascinant, l'état procuré pendant et après la transe me donne enfin une expérience de l'harmonie que je peux déclencher tout seul. Cet accès à moi-même de plus en plus confiant se répercute dans ma relation aux autres. La communication devient de plus en plus harmonieuse et cela me confirme qu'il n'y a pas de relation équilibrée à l'autre sans une relation à soi confiante. L'authenticité y joue son rôle primordial, car on ne peut transmettre que ce que l'on est, et dans un contexte harmonieux.

Il est à la fois étrange et paradoxal de se sentir de plus en plus en confiance malgré le côté un peu bizarre de la transe hypnotique. C'est peut-être là un des sens de la parole pleine de sagesse d'Alan Watts "consentir à être insécure est l'ultime sécurité".

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SEMINAIRE D'HYPNOSE AVEC MICHAEL YAPKO Ph. D. (Etats-Unis)
LL6 - Séminaire / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Psychothérapeute, enseignant en hypnose et en psychothérapie éricksoniennes. Ancien éditeur de la Newsletter de la Fondation Milton H. Erickson (Phoenix, USA). Fondateur de l'institut Milton H. Erickson de San Diego (CA), formateur et auteur denombreux ouvrages. Il donnera un séminaire à la Chaux-de-Fonds sur les applications de l'hypnose en psychothérapie.

Dates: vendredi 3, samedi 4 et dimanche 5 juin 1994.
Lieu Grand Hôtel "Les Endroits".

Destiné aux médecins, médecins-dentistes, psychologues diplômés, et étudiants cliniques dans ces branches.

Prix (y compris repas de midi et pause café):
Inscriptions parvenues avant le 31 mars 1994:
Membres SMSH, GHYPS, Fondation Ling Fr. 650.- Non-membres: Fr. 750.-
Inscriptions parvenues après le 31 mars 1994:
Membres SMSH, GHYPS, Fondation Ling: Fr. 750.- Non-membres: Fr. 850.-

Renseignements et inscriptions:
Patrick Noyer, Médecin - Dentiste, av. Léopold-Robert 73 A, CH- 2300 La Chaux-de-Fonds.

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L'HYPNOSE A 5000 METRES D'ALTITUDE
LL6 - 5000 mètres d'altitude - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Ibant obscuri sola sub nocte (Virgile)

En lisant le livre* de mon ami, le docteur Bertrand Piccard, je nous revois l'année passée, dans le loess poudroyant du Shanxi, ou sur les flancs âpres du Wutaishan, cette montagne sacrée de Chine. Merveilleuses heures du voyage, en train ou à bord du petit bus qui filait dans le miroitement des rizières. J'observais Bertrand. Les yeux mi-clos, il appuyait sa tête de tribun romain contre le dossier de la banquette "classe molle" et pratiquait une autohypnose, ma foi, lege artis . Au milieu de l'Empire du Milieu, il se préparait déjà à la course transatlantique. "Tu sais, nous ne pourrons pas vraiment dormir, et nous devrons pourtant nous reposer. Il faut que je travaille mes transes et mes rythmes ultradiens." Quelques mois plus tard, Bertrand flottait à 13800 pieds d'altitude, à bord de la capsule de Chrysler 1.

Le soir tombe sur l'Atlantique Nord. Le belge Verstraeten accuse la fatigue et essaie de piquer un somme réparateur. L'instant est propice, il se tourne vers son copilote-psychiatre. "Tu me la fais, cette hypnose?" Bertrand sourit, se concentre: "Wim, tu pourrais par exemple fixer ton regard sur le milieu de ton pouce... tendu au-dessus de ta ligne d'horizon. Voilà... c'est très bien." L'induction hypnotique a commencé. Tout en parlant d'une voix douce et monotone, Bertrand voit par le hublot le soleil disparaître derrière la barrière des nimbo-stratus. Les crachotements du fax et de la radio se dissolvent dans la pureté du ciel et ne dérangent pas nos deux aventuriers. Suspendus à leur boule d'hélium, au coeur des étoiles, par moins 22 degrés, ils sont en harmonie avec la nature et l'électronique. Ce sont les héros de je ne sais quelle Eneide du futur. Et le vent souffle dans le sens de leur chemin.

*B. Piccard: "Quand le vent souffle dans le sens de ton chemin..." Ed. La Nacelle, Genève, Paris, 1993.

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LA VOIX QUI CONTE
LL6 - Voix qui conte - Marie van Leckwyck / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Le conte,
Un cadre,
un rythme,
des images,
des portes qu'il ouvre,
une voix qui lui est propre,
et qui peut-être est la mère,
et qui peut-être est la soeur,
de la voix de l'hypnose,
issue de la même terre de vent.
Une femme conte,
assise dans la nuit.
Une voix nous mène.
Une jouissance innocente et certaine
nous tend vers cette voix,
qui nous emmène,
portés par un héros.
Tout au long de ce périple
s'éveillent dragons, monstres,
déserts et perdition, là,
à travers nos propres profondeurs,
tout au long de ce voyage,
jusqu'au tréfonds,
là, où derrière une porte verrouillée,
nous attend cet enfant ou ce vieillard,
nous attend, sans voile, la force, la sagesse,
là au plus profond de nous,
où surgit la source vive.
Là, la voix nous mène.
Là, du héros naît un homme.
Et chaque fois cette voix nous emmène,
jusque-là, jusqu'au fond,
jusqu'à une porte, à ouvrir,
inlassablement le même conte,
jusqu'à la même porte,
inlassablement est dit et redit,
jusqu'au jour où sans savoir comment,
cette porte s'ouvre sur la lumière,
au plus profond de nous.
C'est le travail du conte,
le travail que le conte accomplit
au sein de celui qui l'entend,
et de celui qui le dit,
inlassablement.
Le bon conte, dit au bon moment,
à la bonne personne
est une illumination.
Chaque conte est un chemin.
A nous de retrouver
le savoir enfoui d'écouter les contes.
Comme le rappelle le conteur Henri Gougaud,
loin de nous éloigner de la vraie vie,
ils la nourrissent.
Et pourquoi pas
nous engager nous aussi
tranquillement à découvert
sur les chemins de conter,
assurés que nos voix troublées
charrient des diamants.
Voix du conte,
voix de l'hypnose,
voix qui ouvre,
qui accompagne.
Il se peut bien que
les chemins du conte
et ceux de l'hypnose
se croisent souvent.

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DOULEUR ET HYPNOANALGESIE
LL6 - Hypnoanalgésie - Dr Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Ni expert, ni "accro" de l'hypnose, je suis un simple adepte. Somaticien invétéré, l'oeil rivé sur les effets dévastateurs physiques de la douleur et son traitement par des "drogues dures", l'observation quotidienne cependant ne cache pas combien est individuelle et multiforme la réponse aux mêmes 4 à 5 classes d'antalgiques. Ceci confirme une vieille conviction : que le système nerveux (SN) doit, dans son apparente uniformité de fonctionnement, être modulé par une multiplicité de données extra-neurologiques.

Dans un sens plus large et moins scolaire, cela signifie que tout "input" sensoriel ne trouve son sens (cognitif et affectif) que par l'interprétation - et que ce sens est modifiable selon les représentations (individuelles et collectives) y engagées.

Évidemment, tout cela n'est pas nouveau, mais essentiel dans le cas de l'hypnose. Sans suites dans l'immédiat, ce genre de considérations n'est pas non plus une condition pour la pratique. Car, la pratique, vieille comme le monde, est expérience, vécu et patrimoine de toutes les cultures. Déjà l'enfant en bénéficie lorsqu'il écoute une histoire, une fable avant de s'endormir. Nous le constatons chaque fois : bien avant que ses paupières deviennent lourdes et le regard vaseux, sa respiration se modifiera. C'est déjà celle du sommeil, bien que le môme regarde encore sa poupée ou sa voiture préférée : il est déjà "ailleurs" - pour revenir tout de suite dès que le flux du verbe est interrompu trop tôt...

Tout cela a l'air de rien. C'est vrai. Ce n'est rien - et c'est tout. Car, l'enfant n'a pas encore ses inhibitions cérébrales; "planer" est encore une nécessité physiologique. D'une certaine manière, l'hypnose c'est mobiliser son potentiel infantile.

Avant de s'y lancer, il faut explorer : un minimum d'anamnèse pour éviter des maladresses dans les suggestions et repérer le plan par lequel le Soi interagit avec l'environnement (visuel, auditif, kinesthésique); ensuite mettre le patient à l'aise par des propos approbateurs et positifs : le "yes set" . Rien ne se fera sans cette "résonance complice", car : je ne "donne" pas "quelque chose" (comme les somaticiens) que l'autre "avale", mais je propose, et il répondra - ou refusera. Ce qu'il m'aura dit auparavant, n'est pas qu'une "information", c'est déjà le départ d'un vécu commun, d'une interaction.

L'induction : suggérer des images, évoquer des représentations en rapport avec le "topo" du patient, si toujours possible au rythme de son expiration (voilà une forme de relaxation); le souffle se ralentit, s'approfondit : c'est le début de la "dissociation".

Dissociation de quoi? Entre neurone et conscience. Le stimulus nociceptif, c'est neuronal. Or, c'est le sujet , non seulement son cerveau, qui interprète le stimulus comme "douleur" : les représentations au sens large du terme qui identifient le percept désagréable comme "douleur". Stimulus et processus d'identification sont associés - si "indissociablement" fort que l'aspect actif de cette "synthèse" est méconnu. Or, c'est justement sur cet aspect actif (mais normalement inconscient) que l'hypnose doit miser : dissocier ce qui est associé en amalgame : sensation, affect et représentation en interaction avec le végétatif.

Cependant, pour dissocier neurone et conscience, l'on ne saura "penser le néant" dans le quotidien et sans exercice. Là, on dira : penser autre chose, "changer de décor". Il faudra alors remplacer une représentation par une autre orienter une sensation vers une autre signification (pour "grignoter", amenuiser la douleur). Cela passe par la relaxation du végétatif, par le filtrage et la neutralisation de tout ce qui empêche de créer cet espace libre et riche, justement "au-dessous" de ce képi normatif d'un cortex constamment stimulé par la formation réticulée, réseau de vigilance; cortex qui se pose en "cloche de fromage" sur ce lac du végétatif qui s'agite entre peur et dégoût.

Voilà que l'angoisse, "les idées", les anciens vécus - et pire, ceux entendus par autrui-, la nuit, le début du ..., l'absence des proches, l'insomnie, la déprime, renforcent et parfois créent la douleur (indépendamment de la "nociception objective"), lui donnent une signification qui, elle, augmente l'angoisse, etc.. Un cercle vicieux d'association de stimuli et de représentations sinistres.

Certes, les stimuli existent, déclenchent des impulsions, etc. Or, entre terminaison nerveuse et cerveau, il y a des synapses, des récepteurs, des "portillons" qui se ferment, s'ouvrent, modulent, suppriment, dispersent, cumulent; des neuro-transmetteurs qui s'interposent, contrôlent, inhibent, excitent. En partie, ils sont soumis potentiellement à l'activité mentale et affective - c'est là où l'activité hypnotique propre intervient, contre le courant, de façon "dissociative" et "réorientatrice" : analyse, puis transformation par synthèse. Là, toute "théorie" s'arrête. L'hypnose vaut ce que valent ses maîtres. Là, il existe des dossiers pratiques impressionnants et bien documentés, vidéo à l'appui: cholecystectomie* sous hypnose; extraction dentaire chez des hémophiles (coagulation), prolongement de rémission chez des cancéreux (défense immunitaire).

Comme "somaticien invétéré" je dois, évidemment, me poser des questions sur le rapport opérationnel entre conscience, intentionnalité et leurs manifestations physiques. Pas sous forme de "molécules de transmission", mais de processus de transformation - un principe éminemment immatériel, à effet matériel - processus dont les molécules et séquences d'impulsions sont le "reflet", l'outil et le point d'impact. Sinon, nous serions déjà des anges métamoléculaires...

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LE "MIND-BODY HEALING"
LL6 - Mind-body healing - Patrick Noyer / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Cet article, fondé sur les travaux recueillis et publiés par Ernest L. Rossi, part du principe d'une relation entre l'esprit ("mind") et le corps ("body"). Une telle connection implique à la fois le développement potentiel de toute une pathologie spécifique, que ce soit au niveau psychologique ou au niveau somatique, et les possibilités thérapeutiques ou prophylactiques correspondantes.

Le mind-body healing s'appuie sur quatre postulats de base (soit déjà démontrés, soit en cours de démonstration):

1) L'existence d'un rythme ultradien du fonctionnement de l'ensemble de notre corps. [Rappel : Il existe, comme chacun le sait, plusieurs rythmes infradiens (ex: le cycle menstruel) et circadiens (ex: l'alternance sommeil/veille)]. Le rythme ultradien, d'une durée de 90 à 120 minutes, est caractérisé par une augmentation de l'efficacité du fonctionnement de notre organisme jusqu'à un pic d'efficacité maximale, puis par une décroissance progressive de ce même fonctionnement, nécessitant une phase de récupération d'une durée approximative de 20 minutes. Ce cycle, portant le nom de "Basic Rest Activity Cycle" (cycle de base d'alternance repos-activité) (BRAC), touche chacune des cellules de notre corps dans son activité spécifique, et par conséquent, dans un système cybernétique, l'ensemble de la régulation de notre organisme.

En cas de non-respect de ce BRAC, on constate la succession des quatre stades suivant :

- des signes d'appel au repos (bâillements, gargouillis, diminution de l'attention, etc...)

- une sécrétion des hormones du stress, permettant une hyperactivité passagère

- des erreurs de jugement, des accidents, des oublis

- diverses pathologies cardio-vasculaires, des ulcères gastro-intestinaux, une baisse de l'immunité, des dermatoses, des troubles du sommeil, etc...

Le BRAC, coordonné par toute une série de molécules-messagères, permet une véritable modulation de l'état émotionnel de l'éveil et de la relaxation dans la mesure où il touche, au niveau cérébral ou somatique, l'ensemble de nos fonctions psycho-physiologiques. Les molécules-messagères sont à considérer comme des substances d'information pour lesquelles nos cellules sont pourvues de récepteurs spécifiques. Chaque cellule est réceptrice et émettrice dans un système cybernétique. L'information circule dans l'ensemble de l'organisme de manière rapide (par exemple au travers des synapses entre cellules nerveuses) et de manière lente (par exemple dans le liquide interstitiel), permettant une modulation fine de l'ensemble du système.

2) La conception habituelle d'un monde de transformation (changement de forme) d'énergie est remplacée par une conception nouvelle d'un monde de transduction (changement de nature) d'information.

3) On postule l'existence d'une "State Dependant Memory" (mémoire dépendante de l'état neurophysiologique) localisée dans le système limbique. Chaque stimulation de ce système entraîne la même série de réactions, de réponses. Ceci a pour conséquence que la simple évocation d'une situation traumatisante, aussi indirecte soit-elle, peut, implicitement, réveiller ou réactiver par exemple toute la succession des réactions survenues lors d'un traumatisme passé...

4) On divise la transduction d'information en trois niveaux :

a) "mind-brain connection" (il y a encodage, dans le système limbique, d'apprentissages, de comportements ("state dependant memory") provenant du cortex (mind) (mots, images, sensations, perceptions, etc...) à l'aide de substances d'information sécrétées par les cellules corticales, mais aussi par les cellules de l'ensemble de l'organisme, par effet feed-back.

b) "brain-body connection": il y a transduction d'informations de type neuro-endocrinien dans le système limbo-hypothalamo-hypophysaire, qui va résulter en une sécrétion de molécules d'information (par exemple des hormones) qui vont vers les cellules cibles.

c)"cell-gene connection": il existe des récepteurs aux molécules d'information situés sur la membrane des cellules cibles. Il y a activation d'un messager intracellulaire, qui va lui-même activer le système génétique de la cellule. Puis, schématiquement: transcription de l'information génétique (mRNA), synthèse protéinique propre à la cellule, sécrétion par la cellule et retour, par effet feed-back, au système nerveux central (système cybernétique) pour encoder le "state dependant aspect of mind and behavior".

Tout ce système permet une modulation fine, dans un réseau très complexe, à la fois parallèlement et en série, du système nerveux autonome (SNA), du système endocrinien et du système immunitaire.

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LA SOCIETE MEDICALE SUISSE D'HYPNOSE (SMSH)
LL6 - SMSH- Patrick Noyer & René Rumley / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

La SMSH est une société regroupant des médecins et des médecins-dentistes répartis dans l'ensemble de la Suisse et en Allemagne voisine. Son but est de promouvoir l'étude scientifique et l'enseignement de l'hypnose médicale. Pour ce faire, elle organise une fois par année (habituellement tout début novembre) un séminaire de deux jours et demi portant sur la formation et l'approfondissement des techniques hypnotiques et de l'hypnothérapie.

Des groupes régionaux se réunissent régulièrement dans le but de développer quelques points particulièrement intéressants, de discuter de cas pouvant poser d'éventuels problèmes à certains praticiens, ou pour bénéficier de l'enseignement d'un conférencier invité.

En plus de ces activités régulières, la SMSH, en collaboration avec la Société d'Hypnose Clinique Suisse (SHYPS), publie trois fois par année un journal (CH-HYPNOSE) contenant plusieurs articles originaux, des présentations casuistiques et un agenda des manifestations dans le monde de l'hypnose, en Suisse et à l'étranger.

La cotisation annuelle (comprenant l'abonnement à CH-HYPNOSE) s'élève à Frs. 100.- par année.

Tous renseignements complémentaires sont à demander au Secrétariat de la SMSH, c/o Patrick NOYER, med.dent., 73a Av. Léopold-Robert, 2300 La Chaux-de-Fonds (Tél. 039/23.08.18).

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ENSEIGNEMENT DE L'HYPNOSE A LA FONDATION LING
LL6 - Enseignement / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

L'Unité d'Hypnose de la Fondation Ling a pour tâche d'enseigner l'hypnose, d'organiser des séminaires, des conférences et des congrès sur ce sujet, et de mettre sur pied des recherches sur les applications et l'utilité de l'hypnothérapie. Il est dirigé par le Dr Gérard Salem, psychiatre FMH, privat-docent et agrégé à la Faculté de Médecine de Lausanne, et par le Dr René Rumley, médecin-dentiste, vice-président de la SMSH (Société Médicale Suisse d'Hypnose).

En 1993 ces deux formateurs, avec la collaboration du Dr Patrick Noyer, médecin-dentiste et secrétaire de la SMSH, ont donné un premier enseignement à une trentaine d'élèves. Cet enseignement était distribué sur trois cycles (A, B, C), regroupant trois catégories professionnelles d'élèves.

Cycle A (53 heures): formation à l'hypnose clinique , réservé aux médecins, médecins-dentistes et psychologues (14 élèves l'ont suivi et ont actuellement entamé la phase de supervision clinique). (Prix du cours complet: membres Ling: 2100FS, non membres: 2300 FS).

Cycle B (48 heures): formation aux techniques hypnothérapeutiques , destinée aux membres du corps paramédical: infirmiers, physiothérapeutes, ergothérapeutes, musicothérapeutes, logopédistes, psychomotriciennes, éducateurs, assistants sociaux, etc.)(8 élèves ont suivi ce cycle et viennent également d'entamer la phase de supervision clinique). (Prix du cours complet: membres Ling: 1550 FS, non membres: 1750FS)

Cycle C (26 heures): formation destinée au développement de soi (autohypnose ), réservée en priorité aux soignants complémentaires acupuncteurs, homéopathes, naturopathes, réflexologues, kinésithérapeutes, masseurs, etc.) (9 élèves l'ont suivi et ont reçu leur certificat de formation). (Prix du cours complet: membres Ling: 600 FS, non membres: 800 FS).

Les élèves des cycles A et B doivent passer un examen avant l'obtention du certificat.

Un nouvel enseignement sur trois cycles est prévu pour l'année 1994. Début: 18-19 juin 1994.

Dernier délai d'inscription: 30 avril 1994.

Pour tout renseignement écrire à la Fondation Ling.

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UN ETAT D'ESPRIT, UNE MANIERE D'ETRE
LL6 - Etat d'esprit - Dany et Steve Therianos / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1993

Quatre années d'études en psychologie nous ont, bon gré mal gré, sensibilisé à différents courants théoriques, passés ou récents, à une approche scientifique de la psychologie, et à l'usage de tests d'efficience et de personnalité. Ces outils devant nous permettre d'établir un diagnostic psychologique, c'est-à-dire de décrire, d'expliquer et de prédire le mode de fonctionnement mental d'une personne. De fait, ces acquis se font de façon toute théorique, loin de la souffrance ou des comportements "étranges". Comme jeunes psychologues, après une formation de ce type, nous nous sentons dans une situation un peu comparable à celle d'un ingénieur, qui ne posséderait du moteur sur lequel il travaille qu'une image en deux dimensions, où de surcroît telle panne s'explique infailliblement par tel défaut dans le circuit, et requiert infailliblement telle manipulation.

Tout en reconnaissant un rôle prépondérant à la maîtrise des techniques de base, l'hypnose ericksonienne dépasse ce que leur application peut avoir de strictement mécaniste. Elle nous propose, au delà de l'instrument, un état d'esprit, une manière d'être face à l'autre qui nous a séduit. Ici, le thérapeute n'est pas le maître d'école qui connaît les règles de la grammaire et qui corrige son élève-patient. Il est plutôt guide de montagne, le premier de cordée dans un passage difficile : il grimpe en prenant des risques puis, une fois assuré, guide son client sur le parcours, modifiant la tension exercée sur la corde selon la confiance en soi et l'habileté de celui-ci.

Ce qui fait à nos yeux l'un des principaux attraits de l'hypnose ericksonienne, c'est précisément cet accent porté sur les potentialités et les ressources du patient, et la position ambiguë du thérapeute, à la fois indispensable et secondaire dans le processus de changement, dans le passage difficile. Plus que l'acquisition d'une technique supplémentaire, et plus même que le grand plaisir que nous y avons pris, cette formation nous apporte quelque chose d'inattendu : un regard différent sur l'autre.

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