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Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 10/août 1995

 

MEDECINES COMPLEMENTAIRES: UNE DENOMINATION ADEQUATE?
LL10 - Edito - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

PRESENTATION DU COLLOQUE
LL10 - Colloque - Ilario Rossi & Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

FORUM DES SOIGNANTS: UN COMPTE RENDU DU DR ERIC BONVIN
LL10 - Forum des soignants - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

MEDECINE PLURIELLE OU PLURALITE DES MEDECINES?
LL10 - Médecine plurielle - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

DU CHOC DES MODELES JAILLIT LA LUMIERE
LL10 - Choc des modèles - Jean Morier-Genoud / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

MEDECINE ET HOMEOPATHIE: DEUX PARADIGMES INCOMPATIBLES
LL10 - Médecine et homéopathie - François Choffat / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

A LA RECHERCHE D'UNE GLOBALITE
LL10 - Globalité - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

SOPHROLOGIE MEDICALE: APPROCHE SOMATIQUE DE L'ETRE SOUFFRANT
LL10 - Sophrologie - Lucien Gamba / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

EFFICACITE SYMBOLIQUE ET EFFET PLACEBO
LL10 - Efficacité symbolique - David Le Breton / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

LE PLACEBO DANS LA PRATIQUE THERAPEUTIQUE ET DANS LA SCIENCE - REVUE DE LA LITTERATURE ET ENQUETE PARMI LES MEDECINS-GENERALISTES ET LES THERAPEUTES ALTERNATIFS
LL10 - Placebo - Toke Barfod / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

REALISATION ET CRITIQUE DES ETUDES HOMEOPATHIQUES:
NECESSITE DE L'ASSOCIATION DES APPROCHES ANALYTIQUES ET HOMEOPATHIQUES

LL10 - Homéopathie - François Audetat / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

LA METHODE DES "MATCHED PAIRS" EST-ELLE UTILISABLE DANS LE CADRE D'UNE ETUDE COMPARATIVE EN OBSTETRIQUE?
LL10 - Matched pairs - Barbara Hochstrasser / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

LA CONCEPTION DE L'ORGANISME: DETERMINISME CAUSAL OU "ENERGIES"INEXPLORABLES?
LL10 - Conception organisme - Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

LA BIOLOGIE MOLECULAIRE INDUIT-ELLE UNE NOUVELLE CONCEPTION DE L'ORGANISME? L'EXEMPLE DU CANCER
LL10 - Biologie moléculaire - Peter Heusser / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

CONCEPTION ANTHROPOSOPHIQUE DE LA MALADIE CANCEREUSE *
LL10 - Conception anthroposophique - Robert Kempenich / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

CENTRE ONCOLOGIQUE UNIVERSITAIRE ET MEDECINES COMPLEMENTAIRES
LL10 - Centre oncologique - Thomas Cerny / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

CANCER ET MEDECINES COMPLEMENTAIRES: REFLETS D'UNE ENQUETE
LL10 - Enquête - Monique Jaton / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

MEDECINES COMPLEMENTAIRES ET CANCER
LL10 - Medecines complémentaires - Heather Goodare / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

PSYCHO-ONCOLOGIE ET MEDECINE COMPLEMENTAIRES
LL10 - Psycho-oncologie - Patrice Guex / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

FORUM DES SOIGNANTS 1995 RETROSPECTIVE-PROSPECTIVE
LL10 - Rétrospective - Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995


MEDECINES COMPLEMENTAIRES: UNE DENOMINATION ADEQUATE?
LL10 - Edito - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

La problématique du pluralisme médical en Occident dévoile, à partir des appellations qu'elle engendre, les contenus et les enjeux qui la sous-tendent. Face à la légitimité sociale des savoirs et pratiques de la médecine scientifique s'affirme en effet un champ de techniques thérapeutiques, voire de systèmes médicaux, définis par des dénominations fort différentes: hétérodoxes, parallèles, naturelles, douces, non conventionnelles, holistiques, nouvelles, complémentaires… Ces diverses appellations possèdent chacune un caractère spécifique, reflet de l'idéologie et des réflexions de l'énonciateur. Si aujourd'hui certaines d'entre elles sont clairement des abus de langage -- la notion de médecines "douces" ou "naturelles" relevant en effet plus de l'arbitraire discursif que de la pertinence médicale --, d'autres esquissent les rapports de force et le jeu dialectique que la pluralité des médecines met en scène sous nos latitudes. Si dans l'officialité du monde de la recherche les Européens parlent plutôt de médecines "non conventionnelles" -- c'est du moins la définition qui chapeaute le programme de recherche UB Coast 40 lancé ces derniers années --, en Suisse le débat se concentre autour des termes "parallèles" et "complémentaires", le premier impliquant, de manière générale, un regard passif, une tolérance distante, voire un rejet inconditionnel, et le second une reconnaissance active marquée par une ouverture critique vers des visions spécifiques de l'être humain, de la vie et de la mort ainsi que du corps, de la santé et de la maladie. Il en découle que face aux maladies et aux malheurs humains, prétendre à la vérité absolue est une leurre créée de toutes pièces et seul le dialogue peut éclairer les avantages comme les défauts des solutions possibles.

Depuis plusieurs années, la Fondation Ling promeut le débat sur le pluralisme médical en parlant de la perméabilité nécessaire entre médecine(s) universitaire(s) et complémentaires. Cette appellation, adoptée aussi par le Fonds National de la Recherche Scientifique suisse dans son PNR 34, n'est pas un hasard mais le résultat d'une réflexion animée par plusieurs acteurs de différents horizons. Cette question touche en effet plusieurs dimensions et la portée de la dénomination "médecines complémentaires" ne peut se comprendre qu'à travers le vécu des individus et des patients, les activités des médecins et des soignants, le contexte socio-culturel et les ouvertures de la science.

Dans les trajectoires des individus et des patients, la place occupée par la santé présente aujourd'hui des connotations nouvelles. Devenue valeur suprême, synonyme de statut social, elle dessine dans la mosaïque de ses expressions multiples un espace où les standards cliniques de la normalité sont dépassés par des visions de la santé et de la maladie indissociables des parcours existentiels. Dès lors, cette logique relie le concept de santé aux spécificités individuelles et transforme celle-ci en une image virtuelle des styles de vie que notre société permet. Dans ce sens, l'ensemble dessiné par ces trajectoires subjectives définit les médecines hétérodoxes comme complémentaires.

Il en va de même pour la société où les médecines complémentaires impliquent des enjeux économique et juridiques d'envergure. Mais l'explosion et l'urgence du pluralisme médical montrent aussi les fissures de nos sociétés, entre lesquels prennent du relief les dissonances cognitives et existentielles entre individus et les pouvoirs" politico-financiers liés à la santé. Dans une société plurielle où les choix appartiennent aux individus, l'éclatement du marché des soins influence désormais la logique de l'offre et de la demande, tout en légitimant d'autres pratiques thérapeutiques. Cette situation peut être interprétée comme une réponse sociale spontanée à l'évolution de la médecine académique et scientifique, en montrant quels sont les limites et les besoins de la population. Cette autorégulation pose la question des complémentarités et de la pertinence, dans le monde de la gestion de la santé, des rapports coévolutifs entre tous les protagonistes.

Dans le domaine de la pratique clinique, la complémentarité est moins transparente. Fait incontestable d'un marché économique ouvert, l'offre thérapeutique plurielle semble avoir besoin de reproduire les habitudes du système médical pour pouvoir fonctionner; en cela donc pas de complémentarité mais plutôt un même cadre d'action. De plus une pratique des soins qui se veut savante et peu préoccupée de partager le langage de sa culture avec les patients, induit certaines difficultés et impasses relationnelles qui ne sont pas l'apanage exclusif du monde médical académique. Pourtant, par le biais des philosophies que chacune d'elle véhicule, l'attention croissante portée au malade plutôt qu'à la maladie, les articulations entre psyché et soma, le souci de relier toutes les composantes qui donnent sa cohérence au vécu subjectif, revalorise les jeux dialectiques entre orthodoxie et hétérodoxies et dessine le champ des comparaisons cliniques en montrant que d'autres approches thérapeutiques du pathologique sont possibles. Cette complémentarité se reflète en image virtuelle dans le domaine de la réflexion et de la recherche scientifique.

Et ici les questionnements épistémologiques, les élaborations pluridisciplinaires et interdis-ciplinaires ainsi que leurs ouvertures méthodologiques appellent une distinction nette entre science et scientisme. L'évolution des paradigmes et l'exigence de rattacher l'observation scientifique à la construction sociale deviennent des impératifs de la progression scientifique; dans ce sens le thème des médecines complémentaires n'est qu'une nouvelle réalité, source de nouvelles investigations.

La dénomination de "médecines complémentaires" est donc adéquate à plus d'un titre et dès lors se pose le problème de savoir si cette cohabitation donnera lieu à une pluralité de médecines qui s'ignorent ou bien à une médecine plurielle qui s'interroge. Dans ce contexte l'organisation du colloque de la Fondation Ling sur ce même thème -- dont le présent numéro de la Lettre donne un aperçu -- a élevé le débat au niveau d'un dialogue nécessaire.

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PRESENTATION DU COLLOQUE
LL10 - Colloque - Ilario Rossi & Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

MEDECINE PLURIELLE OU PLURALITE DES MEDECINES?
C.H.U.V. - Lausanne 9 et 10 juin 1995

L'existence d'un véritable pluralisme médical est aujourd'hui un fait reconnu, donnant lieu à des réflexions fondamentales en matière de santé et de maladie. Loin d'être uniquement le symptôme d'une controverse, de conceptions du corps différentes ou encore d'intentions de soins étrangères les unes aux autres, ce pluralisme est avant tout l'expression des valeurs socio-culturelles propres à notre époque et aux changements qu'elle suscite.

Dans le champ plus spécifique des soins, les débats et les publications autour des médecines complémentaires vont de l'exaltation parfois irréfléchie au rejet blasé. Hors de toute allégeance à une mode ou à une école, il importe néanmoins de ne pas négliger les dynamiques induites par ces médecines non orthodoxes. Car ignorer ces approches reviendrait à méconnaître le potentiel qu'elles véhiculent, et qui permettrait d'élargir sensiblement nos connaissances dans le domaine du corps, de la santé et de la maladie.

Cependant, un dialogue digne de ce nom ne peut s'installer que du moment où les protagonistes instaurent des rapports de concertation, si ce n'est de coopération : questionner ce qui semble acquis, repenser le connu dans une perspective plus large, forger des concepts et évaluer des théories pour saisir l'être humain et son corps en tant que système ouvert, chrono-biologique et biographique; et cela sans céder ni à la tentation d'un déterminisme désuet ni d'un mysticisme triomphant.

La raison d'être de ce colloque est ainsi de mieux éclairer la nature des différences pour mieux comprendre les liens de ressemblance et leur corollaires pour la santé.

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FORUM DES SOIGNANTS: UN COMPTE RENDU DU DR ERIC BONVIN
LL10 - Forum des soignants - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Nous avons entendu le témoignage du vécu du chemin de la pluralité des médecines par le récit de l'itinéraire thérapeutique de Heather Goodare. Monique Jaton, nous a fait, par l'exposé de son enquête, le constat clair de la pluralité de l'usage des médecines parmi les patients cancéreux du canton de Vaud.

Toke Barfod nous a livré ses réflexions sur la pluralité des sens liés à un même concept, celui de l'effet placebo qu'il a investigué dans les différentes médecines. Pluralité des sens que David Le Breton, avec son éclairage anthropologique, a explorée en approchant la limite du sens confrontée à l'efficacité symbolique dans la diversité des hommes et de leurs cultures.

Relativité de la connaissance et pluralité des paradigmes (en particulier le temps et l'espace) que Serge Linder nous a laissé percevoir en nous présentant le long chemin de sa réflexion scientifique.

Il nous a aussi été rendu compte de la pluralité des pratiques, grâce aux témoignages de l'expérience quotidienne que font des médecins de leur pratique: l'homéopathie pour François Choffat, l'acupuncture pour Jean Morier-Genoud, la sophrologie médicale pour Lucien Gamba, la médecine ayurvédique pour Bertrand Martin, la médecine en policlinique médicale universitaire pour Alain Pecoud et enfin hospitalière pour Patrice Guex et Serge Leyvraz.. Tous ces médecins ont pourtant été formés par l'académie et ont donc été crédités du droit et du devoir de soigner dans notre culture... La médecine serait donc plurielle !

Il y a eu pluralité des regards sur une même entité nosologique: le cancer. Regards différents qui, comme nous l'a démontré Peter Heusser, génèrent un débat sur les méthodes scientifiques d'investigation de cette maladie et qui révèlent le lien existant entre l'épistémologie d'un courant médical et ses méthodes de recherche. Nous avons pu comprendre, grâce à François Audetat , les aberrations qui peuvent découler de l'imposition d'une méthode de recherche à une médecine qui est étrangère à l'épistémologie dont cette première découle. Pourtant, la réflexion sur une méthodologie permettant l'observation de médecines différentes n'a pas été écartée grâce à l'intervention de Barbara Hochstrasser. Mieux encore, la démonstration de Thomas Cerny nous a révélé la possibilité de passer de la complémentarité des médecines à la recherche complémentaire et conjointe entre médecines différentes. Médecines devenues partenaires dans la compréhension d'une maladie telle que le cancer. Jacques Diézi a, quant à lui, confirmé cette possibilité en précisant que cette pluralité des méthodes de recherche n'est pas vécue comme menaçante pour l'unité académique et qu'elle a aussi sa place dans la réflexion heuristique académique... la recherche médicale et ses méthodes pourraient donc être plurielles!

Il y a donc bien eu rencontre et dialogue entre les acteurs de la pluralité. Ils nous ont permis d'entrevoir le possible d'une pratique et d'une méthode plurielles menant à une recherche plurielle.

Pourtant, les acteurs de cette pluralité ont aussi revendiqué leur appartenance à un système de représentations intellectuelles permettant tant un regard différent sur la réalité, qu'une aventure intellectuelle différente sur le chemin de la compréhension de la complexité du vivant. En d'autres termes, ils ont défendu des philosophies différentes. Bien qu'ayant été très sommairement explicitées par certains orateurs, ces différentes positions philosophiques n'ont pu être débattues. Leur pluralité n'a pas été, elle, clairement présentée. Pourtant, seule la philosophie permet le choix d'une orientation cognitive et la mise en route d'une nouvelle expérience sur les voies de la connaissance. L'absence de débat sur la pluralité des philosophies médicales, a, ainsi, laissé stagner des prises de position cristallisées sur des professions de foi et ces dernières ne permettent plus la plasticité nécessaire à toute réflexion intellectuelle.

Oubliant, par exemple, que certaines médecines complémentaires sont le fruit d'une réelle réflexion sur le vivant, l'être humain, la maladie et la santé. Certaines d'entre elles ont réalisé une construction de savoir et des méthodes d'investigation rigoureusement logiques et cohérentes avec cette réflexion. Elles sont ainsi fondées sur une réelle prise de position philosophique. Une réflexion de la raison ne saurait être confondue, comme cela à été fait, avec la foi en une croyance religieuse. Pour dialoguer avec nombre de médecines complémentaires, il est nécessaire, afin de reconnaître leur rôle et leur efficacité, de se placer objectivement sur leur plan de réflexion et d'action: l'individu, le malade dans son unicité avec toute sa subjectivité et toute son originalité. C'est pour cette raison qu'elles s'expriment souvent en termes de malades plutôt que de maladies, de mieux être d'un individu plutôt que d'évaluation statistiquement quantifiable, d'individu unique plutôt que de moyenne des individus. Nombre d'entre elles sont des médecines de l'individu, de la personne.

D'autre part, pour dialoguer avec la médecine académique, il est aussi nécessaire, afin de reconnaître son rôle et son efficacité, de se placer sur son plan de réflexion et d'action: la collectivité, les malades et l'anatomo-physio-pathologie de l'ensemble de ceux-ci, les maladies vues comme perturbation reproductible à l'ensemble des malades, de la collectivité , des fonctions vitales dans leurs dimensions bio-psycho-sociales et des systèmes bio-physico-chimiques communs à tous les vivants et symbolisés par la notion d'individu moyen. C'est pour cette raison qu'elle s'exprime en termes de pathologies, d'épidémiolgie, de maladies et non de malade, qu'elle étudie son efficacité sur des cohortes et des échantillons de malades et non sur le mieux-être d'un seul individu. Dans le débat qui nous intéresse, cette médecine est souvent dépouillée de toute la réalité de son travail d'investigation et de compréhension du vivant et de la personne. Pourtant, elle est aussi issue d'une démarche philosophique collective, débutée il y a environ deux siècles, visant à comprendre séparément et successivement la complexité du corps d'abord et de l'esprit ensuite. Bien que cette dernière étape, celle de l'esprit, se soit enclenchée plus tardivement, il est abusif de prétendre qu'elle ait été exclue de la pensée médicale. Il s'agit, sur ce point, de porter un regard objectif et de constater que cette dimension prend une place de plus en plus déterminante et cela jusque dans l'application de la pratique médicale courante et hospitalière où science et humanisme ne s'opposent pas forcément. La médecine académique d'aujourd'hui reste en cela cohérente avec ses fondements philosophiques. Créditée par l'ensemble de notre culture, elle assume de plus, seule, la tâche de prendre en charge la maladie de la collectivité des individus, le "tout venant" de la maladie dans notre société. Elle est en cela, encore une fois, sociale et collective.

Seul le débat philosophique permettra de clarifier le chemin intellectuel et cognitif qui mènera à une construction de savoir et à une méthode d'investigation de la pluralité des médecines et de parvenir au concept applicable d'une médecine plurielle. Mais, Platon n'avait-il pas, justement, créé l'académie pour que le débat philosophique ait lieu? A ce forum des soignants, les gens se sont rencontrés, se sont présentés, ont débattu, et cela n'est-il pas la plate-forme dont tout débat philosophique a besoin?

Organisé pour la Fondation Ling, par I. Rossi et S. Linder, et parrainé par le Groupe d'Intérêt sur les Médecines Complémentaires de la Faculté de Médecine de Lausanne, ce forum s'est montré habilement et crédiblement à la hauteur de l'enjeu sous-tendu par le thème proposé.

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MEDECINE PLURIELLE OU PLURALITE DES MEDECINES?
LL10 - Médecine plurielle - Ilario Rossi / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Ilario ROSSI, anthropologue, membre du Conseil de la Fondation LING
chargé de recherches à la Policlinique Médicale Universitaire/ Division autonome de médecine psychosociale

Le phénomène actuellement réactivé du pluralisme médical s'est structuré autour d'une dualisme opposant médecine orthodoxe -- visant, essentiellement autour d'un paradigme biologique, à l'objectivation de la maladie -- et systèmes et techniques complémentaires -- privilégiant, dans leur ensemble, une approche centrée sur la personne et ses ressources.

Il est urgent de dépasser cette tension pour se pencher sur ce qui constitue au fond le seul lieu de réflexion heuristique, les patients, leur vécu et leurs besoins. En effet la multiplication de l'offre dans le domaines des soins replace le patient et son choix au centre de la problématique, en lui permettant des comparaisons, des confrontations et des utilisations variées. Or l'addition de ces attitudes individuelles et spécifiques débouche sur une vision globale modifiée des soins: cette mosaïque complexe oeuvre en faveur de nouvelles interrogations liées au corps, à la santé et à la maladie, et met en relief l'émergence du sujet.

Cette réponse sociale spontanée peut-elle être interprétée comme une auto-régulation des usagers face aux standards cliniques de la normalité? Quelle est la position des différents acteurs de soins?

Le besoin de comprendre les enjeux du pluralisme médical à travers la complémentarité des connaissances et des expériences qui le nourrissent et les trajectoires thérapeutiques qu'il recouvre, appelle l'élaboration d'une articulation structurée et réflexive. La nécessité de développer des regards réciproques et de stimuler un processus co-évolutif devrait permettre l'essor d'un dialogue fécond, reposant sur une nouvelle ouverture pour la médecine scientifique, et sur une rigueur de pensée et de méthode pour les médecines complémentaires.

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DU CHOC DES MODELES JAILLIT LA LUMIERE
LL10 - Choc des modèles - Jean Morier-Genoud / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

L'homme protéiforme présente une variété de facettes presque infinie, et chacune peut donner lieu à une application thérapeutique.

Aux modèles géométrique ou anatomique (celui de la chirugie, qui enlève le gâté, répare les pièces détériorées ou les remplace),chimique (le sac où l'on rajoute ici et là un grain de sel), bactériologique (le champ clos des batailles microbiennes que l'on bombarde d'antibiotiques) s'est ajouté le modèle génétique qui débouche sur l'informatique et les champs, la biorésonance. C'est là qu'on trouvera un langage commun avec l'homéopathie et l'acupuncture.

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MEDECINE ET HOMEOPATHIE: DEUX PARADIGMES INCOMPATIBLES
LL10 - Médecine et homéopathie - François Choffat / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Dans l'opinion publique, la différence entre homéopathie et médecine se résume à ce qui sépare les produits pharmaceutiques habituels des dilutions infinitésimales d'un remède d'origine naturelle.

Pourtant cet aspect des choses n'est qu'un reflet superficiel d'une différence beaucoup plus profonde. En fait, médecine et homéopathie abordent la maladie, la guérison, la vie et la mort selon des conceptions et un raisonnement totalement différents.

Il est sans importance de savoir si un point de vue est plus raisonnable ou plus juste que l'autre. Un point de vue thérapeutique est valable quand il est efficace, quand il satisfait en même temps les besoins de celui qui souffre et ceux de celui qui soigne. Si les deux voies semblent efficaces, il suffit de déterminer dans quelles circonstances il faut choisir l'une plutôt que l'autre. Et, question subsidiaire, s'il est utile de les associer, et si oui, dans quelles circonstances.

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A LA RECHERCHE D'UNE GLOBALITE
LL10 - Globalité - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Les scientifiques modernes repoussent toujours plus loin les frontières du monde connu. Pour cela, ils ananlysent au moyen de l'intellect les données fournies par les sens. L'observation de la structure biologique du corps et des mécanismes physiologiques a permis d'élaborer des stratégies thérapeutiques. Ces thérapies reflètent une compréhension mécaniste du fonctionnement de la nature, d'où est généralement exclu le champ de la conscience.

Les sages de l'Inde Antique ont pu observer ce même monde à partir de niveaux plus fins de conscience. Leurs connaissances, vues à la lumière de notre savoir, nous étonnent aujourd'hui. Les médecins de ce temps ont pu élaborer des stratégies thérapeutiques visant à restaurer un équilibre natuel à tous les niveaux, y compris celui de la conscience elle-même.

Ces deux modes de connaissance sont complémentaires, ainsi que les thérapies qui en découlent. Il serait souhaitable que la médecine du 3ème millénaire sache faire une synthèse de ces connaissances, et qu'elle puisse soigner l'homme dans sa globalité.

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SOPHROLOGIE MEDICALE: APPROCHE SOMATIQUE DE L'ETRE SOUFFRANT
LL10 - Sophrologie - Lucien Gamba / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

La majorité des patients consultent leur médecin-traitant pour des plaintes somatiques d'origine, le plus souvent, fonctionnelles. Par peur de l'introspection, peu acceptent un traitement psychothérapeutique.

Dès lors, le médecine somaticien n'a guère à sa disposition, pour les aider, que les médicaments psychotropes qui, s'ils sont utiles à court terme, ne résolvent rien à long terme, s'ils ne génèrent pas eux-mêmes, des problèmes supplémentaires (voir les benzodiazépines).

La relaxation sophrologique, qui se doit de respecter les règles de notre déontologie médicale, s'impose toujours plus comme un "outil thérapeutique" du somaticien. Elle n'a pas le handicap de la connotation psychiatrique; elle s'adresse préférentiellement à l'objet de la demande du patient, son corps, avec le projet de le détendre, ce corps auquel il ne s'intéresse habituellement que dans la souffrance et avec lequel il va apprendre à entretenir une autre relation, y découvrir un autre langage, avant tout de nature symbolique. Ainsi, le patient va progressivement oser "lâcher-prise" et vivre son corps et les émotions qu'il renferme avec le constat qu'il ne se détruit pas dans cette expérience, bien au contraire! Il va vers une lente dédramatisation du vécu de son "corps ému" et vers une diminution de sa demande médicale. Cette démarche est fondamentale, car elle redonne au patient un réel pouvoir sur sa maladie et sur l'équilibration de sa santé; elle constitue, par ailleurs, pour certains, une approche préparatoire à une psychothérapie ultérieure.

La sophrologie s'inscrit, donc, totalement dans le cadre de la relation médecin-malade au cabinet du médecin-traitant somaticien, vers une ouverture au vécu émotionnel du corps et à son harmonisation.

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EFFICACITE SYMBOLIQUE ET EFFET PLACEBO
LL10 - Efficacité symbolique - David Le Breton / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

L'anatomie ou la physiologie ne suffit pas à expliquer les variations sociales, culturelles, personnelles ou même contextuelles du rapport à la douleur. Elles ne suffisent pas à expliquer la raison de l'efficacité ou de l'échec d'un antalgique. La relation intime à la douleur dépend ainsi de la signification que celle-ci revêt au moment où elle frappe. La manière dont l'homme s'approprie sa culture, les valeurs qui sont les siennes, le style de son rapport au monde, compose une trame subtile qui en conditionne le ressenti. La douleur est intime, certes, mais elle est aussi imprégnée de social, de culturel, de relationnel, son soulagement implique la reconnaissance de soi par les autres, une signification qui l'intègre dans sa sphère d'influence symbolique. Parfois les seuls antalgiques ne suffisent pas, là où une main sur un front apaise aussitôt. La douleur est tissée aussi dans le lien social, qu'il s'agisse de la ressentir ou de s'en délivrer.

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LE PLACEBO DANS LA PRATIQUE THERAPEUTIQUE ET DANS LA SCIENCE - REVUE DE LA LITTERATURE ET ENQUETE PARMI LES MEDECINS-GENERALISTES ET LES THERAPEUTES ALTERNATIFS
LL10 - Placebo - Toke Barfod / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

REVUE DE LA LITTERATURE:
Les définitions de l'effet placebo varient considérablement. Dans le contexte d'études cliniques, l'effet placebo est souvent compris comme la somme des effets curatifs principaux se produisant dans le groupe placebo, y compris les cas de rémission spontanée et une grande partie des effets dits "non-spécifiques". Mais, en tant que partie de la pratique thérapeutique, l'effet placebo est considéré essentiellement comme l'effet d'attentes optimistes. Si le potentiel thérapeutique de l'attention du thérapeute et des attentes du patient sont des éléments bien documentés, l'importance effective de ces effets est hautement variable d'une étude clinique à l'autre. Des essais cliniques contrôlés sur le placebo sont problématiques dans l'évaluation de thérapies complexes et fragiles.

ETUDE D'INTERVIEW:
Matériel et méthode: L'échantillon interviewé se compose de 8 généralistes et de 8 thérapeutes alternatifs. Les méthodes utilisées dans la composition des échantillons, la collection des données et l'analyse, sont celles d'une étude qualitative d'interviews et sont inspirées de la théorie de base et de la méthode phénoménologique élaborées par GIORGI.

Résultats préliminaires: Les conceptions de l'effet placebo sont très diverses: on parle de "quelque chose d'important pour la seule recherche" comme du "facteur principal de toute thérapeutique véritable", en passant par "l'effet des quelques pilules que je prescris sans attendre d'effet thérapeutique de leurs propriétés pharmacologiques". L'évaluation de l'importance thérapeutique de la confiance (dans le traitement) et d'autres facteurs "non-spécifiques" varie considérablement entre les thérapeutes des deux groupes. A la question: "faites-vous quelque chose de particulier pour obtenir un effet placebo?", plusieurs médecins généralistes disent se sentir contraints de prescrire des médicaments pharmacologiquement actifs en l'absence d'indication physiologique. Les thérapeutes alternatifs parlent plus du potentiel guérisseur de leur propre désir de faire du bien au patient ou alors ils disent éviter délibérément de renforcer l'effet placebo.

IMPLICATIONS:
Une prise en compte des différentes conceptions de l'effet placebo permettrait probablement d'améliorer la communication inter-thérapeutique. Le potentiel thérapeutique des attentes ne devrait pas être sous-estimé, mais d'autres facteurs "non-spécifiques" ou "accessoires" devraient aussi être évalués en thérapie pratique ainsi que dans le cadre d'essais cliniques. Des essais sur le contrôle des différentes composantes (component control) et l'assurance de qualité sont des compléments importants aux essais contrôlés sur le placebo.

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REALISATION ET CRITIQUE DES ETUDES HOMEOPATHIQUES:
NECESSITE DE L'ASSOCIATION DES APPROCHES ANALYTIQUES ET HOMEOPATHIQUES
LL10 - Homéopathie - François Audetat / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

La crédibilité de l'homéopathie repose sur trois piliers: La qualité de la démarche de Samuel Hahnemann, de très nombreux rapports de cas guéris et des études scientifiques. Lors d'analyses critiques, la démarche d'Hahnemann n'est pas prise en compte car trop philosophique, et les guérisons sont rejetées comme reflets de l'effet placebo.

Quant aux études scientifiques, elles sont souvent jugées en tenant compte essentiellement de la méthodologie classique, et en négligeant par trop la méthodologie homéopathique. Il en résulte une analyse non scientifique. Le survol des caractéristiques des deux techniques permet de comprendre la signification des résultats des études tant positives que négatives. En particulier, il permet de comprendre que celles qui ne respectent pas la totalité des règles homéopathiques (la grande majorité des études disponibles) et se révèlent négatives ne récusent en rien l'homéopathie.

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LA METHODE DES "MATCHED PAIRS" EST-ELLE UTILISABLE DANS LE CADRE D'UNE ETUDE COMPARATIVE EN OBSTETRIQUE?

LL10 - Matched pairs - Barbara Hochstrasser / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

La grossesse et l'accouchement se prêtent bien à une comparaison entre approches thérapeutiques différentes. En effet, dans ce domaine, les critères d'évaluation globale sont faciles à définir et à objectiver, malgré les différences de méthode diagnostique, de stratégie thérapeutique et de paramètres cliniques. De plus, et si l'on exclut les cas à risque, les buts principaux poursuivis, tant par les soins médicaux conventionnels que par les soins médicaux complémentaires, sont identiques: un accouchement sans complications et la naissance d'un enfant sain.

Cependant, une comparaison scientifique entre traitements homéo–pathiques et académiques s'avère problématique pour plusieures raisons. D'abord, les exigences métho-dologiques classiques : 1) diagnostic unitaire (condition pour obtenir un échantillon de population clairement défini), 2) randomisation, 3) prescription en double-aveugle et 4) standardisation du traitement, s'opposent à l'approche strictement individualisée qui caractérise l'homéopathie, laquelle, sans reposer sur un diagnostic conventionnel, fait référence au tableau symptomatologique des différents remèdes. Un autre problème réside dans le manque de concordance entre médecine conventionnelle et médecine homéopathique sur les critères de succès d'une thérapie.

Par contre, le "matching" (par couples de patients similaires), en ce qui concerne les facteurs essentiels influant sur la grossesse, permet de contrôler autant que possible la variance. En obstétrique, les facteurs essentiels de risque sont déterminés par l'âge, la parité, la nationalité (l'appartenance ethnique), l'origine socio-économique, les antécédents gynécologiques et de médecine interne, le poids (maigreur/obésité). Notre étude pilote vise à clarifier la variance additionnelle au sein des populations homéopathiques et conventionnelles étudiées et entre les deux groupes de l'étude.

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LA CONCEPTION DE L'ORGANISME: DETERMINISME CAUSAL OU "ENERGIES"INEXPLORABLES?
LL10 - Conception organisme - Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Nous avons appris à considérer la structrure et les fonctions de l'organisme comme produits des seules lois physico-chimiques et des systèmes régulateurs propres aux forces moléculaires. L'organisation biologique est ainsi assimilée à un "mécanisme complexe" déterminé par la causalité dans une structure spatiale euclidienne sur un axe de temps linéaire.

Or, davantage que par les molécules qui le constituent, l'organisme se caractérise par ses activités, sa processualité: transformations, rythmicité, poussées évolutives et périodicités. Plus que déterminée par sa seule causalité, la vie organique s'actualise là où le passé s'achève et le futur se crée: à travers des processus interdépendants, dans la simultanéité du devenir et du périr. C'est un "présent corrélatif" , "internexé" aux déterminismes du passé et aux potentiels prospectifs orientés vers le futur. Ne s'assimilant ni au Temps newtonien ni au temps einsteinien, la structure spécifique du Temps organique nous donne accès à une capacité organisatrice, par laquelle la matière spatiale est soumise à la transformation dans une multiplicité de systèmes ouverts et co-évolutifs.

Ces aspects peu investigués du Temps nous invitent à revoir sous un angle moins aprioriste des phénomènes connus tels ceux des oscillations ultra-brèves des impulsions nerveuses, des périodicités de certaines maladies, de la natalité et de la mortalité ou encore des rythmes respiratoire, circulatoire et intestinaux. Cet examen pourrait fournir les premiers éléments d'une "logique du Temps", complémentaire à celle de l'Espace, et d'une conception plus dynamique - et moins "mécanique" - de la notion d'organisme, sans se limiter pour autant à la causalité circulaire du feedback cybernétique, ni recourir à la postulation d'"énergies" physiquement inobservables.

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LA BIOLOGIE MOLECULAIRE INDUIT-ELLE UNE NOUVELLE CONCEPTION DE L'ORGANISME? L'EXEMPLE DU CANCER
LL10 - Biologie moléculaire - Peter Heusser / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

L'organisme avec sa structure formatrice intrinsèque, est-il la conséquence d'un "plan" inhérent au programme génétique ou, à l'inverse, la fonction génétique est-elle, elle-même et à l'instar d'autres structures organiques, subordonnée à un plan? En fait, une série d'exemples issus de l'embryologie, de la génétique récente et de la recherche sur la régénération, invite à conclure qu'il existerait une instance "planificatrice", qui, elle, subordonne le palier moléculaire. Celle-ci est à mettre en relation avec la notion de "forces formatrices" décrite par GOETHE et STEINER ainsi qu'avec les effets de "champs morphogénétiques" postulés ces 20 dernières années (SHELDRAKE).

Cette vision systémique de l'organisme peut être appliquée à la situation particulière de la biologie des tumeurs. Elle permet de développer une perspective synoptique, tenant compte, d'une part, des investigations morphologiques concernant la cancérogénèse (première partie du siècle) et, d'autre part, des résultats récents de la biologie moléculaire (oncogènes). Cette synopsis met en évidence que le cancer en tant qu'événement spécifiquement cellulaire ne saurait être considéré comme un développement isolé, mais comme étant dans un rapport systémique avec l'ensemble de son environnement organique. Ensuite, il est possible de démontrer que la génèse tumorale cellulaire proprement dite peut être précédée par l'émancipation d'un système partiel encore sain, mais qui se trouve en régression ontogénétique vers un stade évolutif antérieur. C'est ainsi qu'est concevable la métaplasie maligne de la cellule concernée à l'intérieur de ce système partiel.

La conséquence sur la thérapeutique est la suivante : si, d'une part, il est nécessaire d'éliminer les cellules malignes et le système partiel qui leur est associé (chirurgie, chimiothérapie, rayons), il faut, d'autre part, tenir compte du système intégral (organisme), ce qu'a fait, par exemple et avant la lettre, l'hormonothérapie. D'une manière différente, le traitement par le gui, tel qu'il est pratiqué par la médecine anthroposophique, prend aussi en compte cette vision systémique. Le gui avait été proposé par Steiner pour le traitement du cancer, avec l'idée qu'il pouvait produire un effet systémique sur l'organisation des forces formatrices. La présentation des résultats de recherches des dernières années met effectivement en évidence l'existence d'un effet systémique du gui.

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CONCEPTION ANTHROPOSOPHIQUE DE LA MALADIE CANCEREUSE *
LL10 - Conception anthroposophique - Robert Kempenich / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Tout en tenant compte des irremplaçables données scientifiques, l'approche anthroposophique du malade cancéreux se tourne également vers les niveaux psychologiques et spirituels de celui-ci.

Elle considère que le drame cancéreux se joue à la croisée de ces trois niveaux, qu'elle investigue rationnellement.

Tout comme les autres maladies de l'immunité, la maladie cancéreuse est l'une des plus représentatives de notre époque, son diagnostic, donc sa thérapeutique ne pourra se faire en dehors de celui du milieu socio-culturel qui lui a donné naissance.

Le stade tumoral n'est que le dernier acte du drame. Il s'agit donc de développer une sémiologie des étapes antérieures pour permettre un diagnostic de précancérose (à partir du déroulement biographique individuel). Nous illustrerons ce propos à partir de biographies d'hommes célèbres. Enfin, nous esquisserons la thé-rapeutique anthroposophique médicamenteuse et artistique.

(*) Cette conférence n'a finalement pas eu lieu.

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CENTRE ONCOLOGIQUE UNIVERSITAIRE ET MEDECINES COMPLEMENTAIRES
LL10 - Centre oncologique - Thomas Cerny / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

La moitié au moins des personnes souffrant d'un cancer métastatique utilise aussi la médecine complémentaire. Ce "combined modality treatment" n'a jusqu'ici jamais été étudié de façon convaincante.

La recherche scientifique universitaire visant à évaluer l'efficacité d'un traitement est basée sur des principes biostatistiques. Dans le cas d'études cliniques portant sur la comparaison de méthodes palliatives, l'évaluation de la qualité de vie revêt une importance plus grande que la survie. De telles études, même si elles ne révèlent pas les mécanismes ou la source d'un effet thérapeutique, donnent des résultats importants permettant de meilleures décisions thérapeutiques.

Les médecins, qu'ils soient orthodoxes ou complémentaires, ont finalement le même but: aider les malades en tenant compte de leurs besoins individuels.

La conduite, par un centre universitaire en collaboration avec la médecine anthroposophique, d'études cliniques randomisées satisfaisant aux exigences biostatistiques est tout à fait possible. Une étude de ce genre à été lancée pour la première fois dans le cadre du PNR 34. Les premières expériences vont être présentées et discutées.

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CANCER ET MEDECINES COMPLEMENTAIRES: REFLETS D'UNE ENQUETE
LL10 - Enquête - Monique Jaton / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Une enquête récemment menée auprès de 120 patients cancéreux du canton de Vaud nous démontre que l'appel à des thérapies complémentaires est une réalité aujourd'hui incontournable.

Deux tiers des patients y recourent, le plus souvent immédiatement après l'annonce de leur diagnostic, tout en poursuivant les traitements conventionnels. Ceci nous confirme qu'il s'agit bien de démarches complémentaires. D'autre part, ce n'est pas une perte de confiance dans la médecine officielle qui motive leur choix, mais bien plutôt le besoin de faire quelque chose par eux-mêmes, tout en luttant contre les effets secondaires indésirables de certains traitements. En s'adressant à d'autres approches, ces patients prennent une part plus active dans leur cheminement, tout en devenant partenaire des choix thérapeutiques.

La plupart des personnes interrogées n'ont pas osé en parler avec leur médecin traitant. Ce silence fait apparaître une problématique essentielle: celle du non-dit. Pour y pallier, il est donc nécessaire qu'un dialogue plus indulgent puisse s'instaurer, afin que ces moments difficiles ne soient plus vécus dans la crainte et la culpabilité.

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MEDECINES COMPLEMENTAIRES ET CANCER
LL10 - Médecines complémentaires - Heather Goodare / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

Qu'est-ce que les médecines complémentaires peuvent offrir aux cancéreux?

Durant le XXème siècle, la médecine orthodoxe a fait peu de progrès dans le domaine du cancer. La mortalité due au cancer du sein, par exemple, n'a pas changé depuis cinquante ans, et le taux monte encore.

Les traitements orthodoxes ne sont pas seulement peu efficaces, mais aussi pénibles à suivre. Les médecines complémentaires, telles que l'acupuncture, l'aromatothérapie, les techniques de relaxation et de visualisation, l'hypnose et l'auto-hypnose, le yoga, etc., peuvent beaucoup aider, d'une part, à diminuer les effets secondaires des traitements, mais aussi à traiter la personne entière.

Il faut aussi considérer très sérieusement les traitements alternatifs. Le régime Gerson, par exemple, a permis d'obtenir de bons résultats avec les cancéreux dits "terminaux". Il est temps de regarder scientifiquement toute possibilité de guérir cette maladie tellement grave qu'est le cancer.

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PSYCHO-ONCOLOGIE ET MEDECINE COMPLEMENTAIRES
LL10 - Psycho-oncologie - Patrice Guex / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

En psycho-oncologie, et dans le domaine du SIDA, comme ailleurs, on assiste à une multiplication des pratiques thérapeutiques, plus ou moins complémentaires ou alternatives suivant les centres ou les pays concernés.

Certaines de ces pratiques sont utiles lorsqu'elles abordent des aspects de qualité de vie, de bien-être, de développement de soi, de relations humaines qui ne sont pas toujours suffisamment pris en considération par les "suivis officiels".

L'essentiel est que cette démarche vienne enrichir ou compléter la bio-médecine, mais qu'elle ne détourne pas les patients des traitements de référence.

L'expérience montre en effet que trop souvent pressés par leurs proches ou animés par des poussées d'irrationnel, les malades n'ont pas d'autres choix que de tout essayer pour éviter la culpabilité ou déjouer désespérément la fatalité.

Il est fondamental à cet égard de dépasser les clivages idéologiques pour aborder les choses dans un climat de délibération éthique véritable.

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FORUM DES SOIGNANTS 1995 RETROSPECTIVE-PROSPECTIVE
LL10 - Rétrospective - Serge Linder / © Fondation Ling, Lausanne, août 1995

1. L'EBAUCHE D'UN DIALOGUE
Sous le thème-question "Médecine plurielle ou pluralité des médecines", le FORUM DES SOIGNANTS 1995 a fait preuve d'un dialogue de niveau exigeant entre la médecine académique (MA) et certaines médecines complémentaires (MC), pendant deux longues journées de conférences, débats et de nombreux entretiens lors des repas, ceci dan un cadre universitaire.

Il y a 15 ans, une telle rencontre, parrainée par une institution académique, aurait-elle été concevable ? Certainement non.

Sans mentionner en détail chaque présentation, (voir les résumés) on peut grouper leurs orientations principales autour de 4 points majeurs :

  1. La présentation de différentes approches médicales complémentaires.
  2. Une sélection de tendances de la recherche en MC et phénomène du placebo.
  3. La conception de l'organisme et de l'être humain, actualisée à travers ses paliers biologiques et anthro-pologiques et exemplifiée par différentes approches de la maladie cancéreuse.

Le tout se développait sur fond de la question centrale du colloque et de l'effort d'un dialogue : Le colloque, aura-t-il confirmé la "pluralité" existante des médecines, ou aura-t-il conclu en faveur d'une (future) "médecine plurielle"?

Ce bilan psychologique positif ne doit pas cacher le fait que le vrai dialogue - celui qui se caractérise par un effort commun d'élaborer un langage conceptuel non pas identique mais réciproquement intelligible - est encore rare. Deux des trois thèmes d'homéopathie (Audétat, Hochstrasser) donnaient un échantillon très illustratif de l'effort à faire, et des difficultés dans l'applicabilité de critères "orthodoxes" dans l'évaluation de résultats, tout en laissant transparaître, combien il est nécessaire qu'une MC développe encore plus ses propres critères de scientificité.

La seconde journée, entièrement consacrée au drame du cancer, a montré, combien cette maladie est révélatrice d'une problématique dont la MA ne se sentait plus concernée mais qu'elle recommence à découvrir : l'image de l'Homme et la conception de l'organisme. La MA, fille du déterminisme causal du 19e, ne dispose actuellement pas d'une conception non-mécaniste, authentiquement biologique de l'organisme.

Précédé par un exposé sur la structuration du temps dans les organismes et du type de concepts nécessaires à une "pensée organique" (Linder), Heuser a ensuite mis en relation sa conception de l'organisme avec la vision anthroposophique de la maladie cancéreuse. Cela fut un exemple instructif d'une épistémologie associée de façon cohérente aux données de la biologie moléculaire (et traduit de l'allemand magistralement par M. Vibert).

N'oublions pas : c'est justement la partie la plus "pure et dure" de la recherche fondamentale qui, mise en perspective, offre des ouvertures, insoupçonnées il y a 20 ans, vers une identité cohérente, "totale" de l'être humain qui dépasse largement la vision psycho-somatique traditionnelle (voir la psycho-neuro-immunologie). La collaboration Heusser/Cerny sur un projet oncologique commun géré par l'Institut d'oncologie de Isle (BL) - et financé par le Fonds National - est un exemple encourageant pour un dialogue pratique entre MC et MA dans un domaine extrêmement sensible. S'il fallait encore une confirmation de la sensibilité de cette thématique, Mme Goodare, elle-même ancienne patiente devenue consultante, nous en a fait la démonstration avec un récit très authentique, émouvant et engagé sur les possibilités - et la nécessité - de traitements complémentaires avec la mise en place de groupes de self-help. C'était une contribution qui exemplifia individuellement ce que l'étude de Mme Jaton avait dit de façon si éloquente sur la détresse des patients cancéreux et leur volonté de contribuer eux-mêmes un maximum à la guérison d'une maladie qui, comme aucune autre (hormis le SIDA) à la connotation d'une attaque existentielle.

2. CLIVAGES ET LIMITES
Si le FORUM a donné des exemples convaincants de l'existence d'un dialogue entre MA et MC, ce colloque fut aussi une démonstration des limites actuelles.

Les limites des MA : depuis 150 ans, les scientifiques on forgé, avec enthousiasme et rigueur, une médecine bâtie sur la pensée du déterminisme causal, avec pour résultat un degré de sécurité jamais vu - sans pour autant avoir réussi à y intégrer une dimension spécifiquement humaine. (Cette dimension, nous la trouvons certes à travers le médecin ou les soignants individuels, dans la mesure où ils ne se sont pas faits aliéner part le système dont ils font partie).

La médecine somatique ne s'est pas non plus inquiétée des doutes sur la nature des forces qui constituent la matière vivante, comme c'est le cas de la physique moderne pour la matière inanimée. Elle n'a pas non plus su profiter véritablement d'une approche systémique des phénomènes et processus complexes, plus proches des fonctions vitales, utilisées avec bénéfice aujourd'hui en psychiatrie, sociologie et anthropologie. Il n'est donc pas étonnant si la MA, dans son volet somatique, peine à intégrer cette dimension, ou encore des observations non-quantifiables pour ensuite mieux les cantonner dans les marécages du "subjectif" (par définition "scientifiquement in-explorable").

Les limites des MC : le problème de mainte MC se présente comme étant à l'inverse de la MA : si celle-ci dispose de concepts (mécanistes) rigoureux qui favorisent les "hard facts" quantifiables, les MC, dans toute leur diversité ont un trait en commun: elles disposent d'une richesse d'observation, d'une manière différenciée d'observer et d'un "système" de rapports et relations qui dépassent largement le mesurable et la symptomatologie quantifiable, ou encore des schémas décisionnels préfigurés dans des algorithmes (qui peuvent s'avérer très utiles).

Or, cette richesse des observations cliniques n'est pas suffisamment mise en rapport avec des concepts intelligibles au "profane" ou avec une nosologie basée sur une conception physiopathologique.

Pour le cas de l'homéopathie, le système médical est bâti sur des symptômes qui, sensu strictu, ne contiennent pas une nosologie basée sur des diagnostics comme "asthme bronchique" ou "ulcère gastrique"; ils n'existent donc pas en tant que concepts physio-pathologiques. Par conséquent, dans la pharmacologie qui lui est propre, l'homéopathie n'établit pas un rapport de nécessité entre les propriétés d'un agent thérapeutique et l'avènement physiologique à influencer.

3. AU-DELÀ DU STATU QUO
Evidemment la "théorie" ne décide pas nécessairement de l'efficacité sur le terrain, ni pour une médecine "empirique" ni "scientifique".

On l'aura vu lors du colloque : l'approche empirique peut s'avérer beaucoup plus "causale" dans les faits, même si la recherche du bon médicament individuel ne s'oriente qu'à partir des "symptômes". Car, justement la finesse des observations en homéopathie peut être un formidable guide pour une "causa", plus fondamentale peut-être que celle fournie par la MA, dès qu'il s'agit de maladies dites constitutives.

Les MC, devraient-elles donc s'adapter à la MA pour apparaître "scientifique"? Certains le pensent et sont fiers que telle ou telle méthode ait "passé le test" (ce qui certes peut être vital en vu du remboursement du traitement par les caisses-maladies).

Cependant, justement les succès enregistrés lors des maladies "constitutives" - p.e. l'asthme allergique - devraient encourager à aller plus loin, pour élargir les concepts physiopathologiques conventionnels au-delà du bronchospasme, des mastocytes etc., ceci surtout puisque , dans ce cas précis, la MA n'offre que des traitements symptomatiques.

Là, s'ouvrirait un grand domaine de recherche avec une kyrielle d'observations à associer à des concepts encore à former : qu'est une "constitution" véritablement, ou une "disposition": quel rôle précis y joue le psychisme et par quel biais, quel "pont", quel "messager" intervient-il dans la "constitution"? et quel serait la signification, le "langage", l'information de ce messager? pourquoi une "disposition" change-t-elle avec le puberté ou la ménopause?

Ces questions nous ramènent à la question d'une (future) conception de l'organisme et sa structuration dans le Temps, et des forces encore inexplorés qui le constitueraient, etc.

Il est évident : une recherche de ce type - comme celle sur des dilutions infinitésimales - provoquerait à terme une modification de certaines conceptions scientifiques, dans le sens d'un élargissement (d'observations précises). Eventuellement au-delà de ses limites conventionnelles, s'imposerait une pensée dont les contenus sont issus de l'observation, et dont la forme est construite sur des concepts vérifiables. Cela éviterait deux pièges: celui des hypothèses sur des entités inobservables (p.e. l'organisme comme "lego" électromagnétique) - pour ensuite mieux trouver les rapports conceptuels, non pas à travers un schématisme conventionnel, mais à travers les phénomènes eux-mêmes.

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