Fondation Ling - page d'accueil
 

Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 11/août 1995

 

L'AYURVEDA ET NOUS
LL11 - Edito - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

LA SANTE SELON L'INDE: TEMOIGNAGE
LL11 - Santé selon Inde - Patrick Genaine / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

LA MEDECINE AYURVEDIQUE, SON APPROCHE ET SES PRINCIPES
LL11 - Médecine ayurvédique - R.H. Singh / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

ITINERAIRE D'UN MEDECIN
LL11 - Itinéraire d'un médecin - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

"YIJING"
LL11 - Yijing - Lynda Meyer / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995


L'AYURVEDA ET NOUS
LL11 - Edito - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

La Fondation Ling a, depuis sa création, largement contribué à rapprocher différentes cultures, tant sur le plan philosophique, sociologique que médical. L'un des buts de sa charte est donc partiellement atteint. Un autre de ses objectifs initiaux est actuellement en plein développement. Il s'agit de la mise au point des approches thérapeutiques articulant les moyens de la médecine scientifique moderne et ceux des médecines traditionnelles. Nous pouvons rappeler ici le rôle que la Fondation Ling a joué pour faire connaître différents aspects de la médecine chinoise, de la médecine ayurvédique, de l'hypnothérapie, ainsi que le lancement du "Forum des soignants" qui, nous l'espérons, débouchera sur des propositions thérapeutiques concrètes dans un avenir proche.

En ce qui me concerne, je me suis plus particulièrement intéressé à la médecine ayurvédique pour laquelle je nourris une attirance spécifique. Après avoir entrepris une formation dans ce domaine à l'Université hindoue de Bénarès, berceau historique de l'Ayurvéda, j'ai proposé à mes différents professeurs de participer , par des écrits ou des interviews à La Lettre de la Fondation Ling, dans le but de réailser une édition spéciale de ce bulletin sur l'Ayurvéda. Le matériel réuni a été d'une telle richesse que nous ne pouvons le publier dans un seul numéro. Nous avons alors préféré glisser régulièrement une rubrique ayurvédique dans les numéros de La Lettre à venir, et de publier, le moment venu, un fascicule réunissant ces documents.

Dans ce numéro 11, nous présentons un article inédit du Professeur R.H. Singh, chef du Département de Médecine Interne (Kayachikitsa) de la faculté d'Ayurvéda de l'Institut des Sciences Médicales de l'Université Hindoue de Bénarès. Le Professeur R.H. Singh, de notoriété mondiale, a largement contribué à faire connaître au plus haut niveau la médecine ayurvédique, par ses écrits, ses séminaires et ses conférences, aussi bien en Europe qu'aux Etats Unis. La clarté de sa pensée jette une lumière bienvenue sur des concepts qui nous sont étrangers. L'article dans son intégralité est traduit à partir de la page 3.

Nous présenterons dans les prochains numéros de La Lettre quelques textes ou fragments des auteurs suivants, tous enseignants à l'Institut des Sciences Médicales de l'Université Hindoue de Bénarès (BHU).

  1. "Les méthodes curatives de l'Ayurvéda, une grande contribution pour l'humanité souffrante." par le Professeur Dwivedi, chef du département de littérature ayurvédique (Ayurveda Samhita), BHU.
  2. "Les bases psychosomatiques de la santé et de la maladie selon l'Ayurvéda" par le Professeur G.P. Dubey, chef du centre de médecine psychosomatique et de biofeedback de la faculté d'Ayurvéda, BHU.
  3. "Contributions de l'Ayurvéda dans le domaine de la Gynécologie-Obstétrique moderne" par le Professeur Mrs.T.V.Tewari, chef du département de gynécologie-obstétrique ayurvédique et doyenne de la faculté d'Ayurvéda, BHU.
  4. "Les plantes médicinales en médecine ayurvédique", par le Professeur J. K. Ojha, chef du département de pharmacologie ayurvédique (Dravyaguna), BHU.
  5. "Plantes médicinales et leur standardisation; statut présent et perspectives futures" par le Dr. S.R. Pathak, Ph.D., collaborateur du centre de médecine psychosomatique et de biofeedback (BHU).
  6. "Pour une meilleure progéniture" par le Dr. Romesch Sharma et al., chef du département de pédiatrie ayurvédique, BHU.
  7. "PANCA KARMA, une étude de cas" et "Développement et évaluation d'un modèle intégré de traitement et de réhabilitation des toxicomanes, incluant la médecine ayurvédique et le Yoga" par le Dr. B. Martin, MD, MPH.

Il va de soi que vous trouverez dans ce numéro 11 de La Lettre nos annonces, comptes-rendus, rubriques et calendriers habituels, qui illustrent assez bien le panorama de nos préoccupations, intérêts et recherches. Bonne lecture et à très bientôt!

Dr Bertrand Martin
Conseil de Fondation

haut de la page

LA SANTE SELON L'INDE: TEMOIGNAGE
LL11 - Santé selon Inde - Patrick Genaine / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

C'était lors d'un séjour dans un petit ermitage du nord de l'Inde, auprès d'un guru enseignant la voie du bakti yoga (yoga de la dévotion). Un ami m'avait donné son adresse ainsi que les indications pratiques nécessaires pour arriver à l'ashram. Ce dernier, situé dans les contreforts de l'Himalaya, s'atteignait après deux heures de marche depuis le terminus de la route carrossable la plus proche, à une journée de bus de Delhi.

Le maître m'avait accueilli avec beaucoup de bienveillance, demandé de quel pays je venais (c'est à peu près tout ce qu'il savait dire en anglais) et autorisé à rester auprès de lui quelques temps. A la fin de la première semaine, une autre visiteuse européenne me prêta le manuscrit d'un livre consacré au guru. Une de ses amies californiennes qui avait séjourné là à plusieurs reprises en était l'auteur. Curieux, je commençai ma lecture. Je compris bien vite que l'auteur baignait dans la plus pure culture new-age, sirupeux fast food philosophique au sein duquel on peut vivre plusieurs miracles par jour et une illumination par semaine. Au minimum. Le récit était parsemé d'évocations toutes plus merveilleuses les unes que les autres, sur fond de vies antérieures, de réincarnation, de dématérialisations et d'anecdotes spirituelles censées éveiller la kundalini du chercheur à leur seule lecture. J'exagère à peine.

Une heure plus tard, j'étais furieux. Mon énervement atteignit son comble lorsque je lus un passage où il était question de prouver l'origine divine du guru, censé ne pas être né d'un corps de femme mais directement manifesté dans la matière par des pouvoirs yogiques acquis au cours de nombreuses vies dédiées à la méditation dans des grottes de l'Himalaya. La preuve? Notre Américaine avait passé une après-midi au soleil avec le guru et avait constaté qu'il ne produisait pas d'ombre...

Je me sentais pris entre deux feux: d'un côté une immense colère face à tant de candeur naïve élevée au rang de vérité absolue, de l'autre, une certaine attirance personnelle pour les phénomènes occultes me faisait penser que tout n'était peut-être pas faux.

Alors? Maître authentique ou authentique charlatan? J'étais bien décidé à le savoir et tout de suite! Si il était ce qu'elle disait, qu'il me le montre! Je pose le livre, sors de ma chambre au pas de charge et pars à la recherche du guru. Je le trouve près des jardins, tranquillement assis contre un des piliers du petit temple octogonal, écoutant une Indienne en sari lui traduire son courrier.

Je m'assieds juste en face de lui, à une distance d'environ trois mètres, ayant intérieurement fait le serment de ne pas me relever tant que je ne saurais pas. Une bonne demi-heure s'écoule, le maître m'ignore. La "secrétaire" lit les dernières lettres. Il se comporte comme s'ils étaient seuls au monde. Je suis dans un maelström de pensées, de fureur et d'expectative. Soudain il lève la tête et nos regards se croisent. Voilà, me dis-je, et bien maintenant ne crois pas que je vais te lâcher mon coco! Je le fixe droit dans les yeux. Les miens doivent être plein de défi; je me suis juré que ce ne serait pas moi qui les détournerait en premier.

Les yeux dans les yeux avec le guru... Cinq secondes, dix... quinze... vingt. Je me calme un peu mais n'arrive bientôt plus à soutenir l'intensité de cet échange. Encore cinq secondes. Aïe, je ne peux plus. Tant pis, je jette l'éponge, décide de détourner les yeux. A cet instant se passe alors la chose la plus étrange de ma vie: bien qu'ayant décidé de détourner mes yeux, je n'y arrive pas! Je suis incapable de me détacher de son regard. J'ai la sensation d'être hameçonné par les yeux.

Impression que nos yeux sont reliés par quelque chose de presque tangible; comme si deux "fils" les unissaient. Mais plutôt que des fils, je devrais dire de petits "tuyaux", car quelque chose s'écoule en moi et descend jusque dans la région de mon coeur. Un peu la même sensation que lorsqu'une gorgée d'alcool descend dans l'oesophage: on en sent le parcours dans le corps, on peut visualiser le chemin du liquide à l'intérieur de soi. Eh bien je ressens le chemin de ce quelque chose qui s'écoule entre lui et moi, m'entre par les yeux et descend dans mon coeur. Ce dernier se met à "chauffer" et je peux pour la première fois en ressentir nettement les contours.

Un sentiment de profonde paix s'installe en moi en même temps qu'une nouvelle sensation débute: c'est comme si mon coeur était une roue et que cette roue se mette à tourner, lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Ma respiration s'emballe tant l'intensité et la surprise sont fortes. Je suis totalement lucide, pensant que ce qui se passe est incompréhensible, me disant que si je continue à respirer de la sorte je fais finir en hyperventilation, avec tétanies en prime! Je ressens des ondes de chaleur qui sortent de mon coeur. J'ai l'impression de vivre quelque chose de surnaturel. Je suis à la fois observateur et participant, regardant se produire des phénomènes que je vis profondément. Je me sens très bien, tout à fait calme, lucide.

Une pensée m'arrive: il m'aime. Cette pensée, s'appuyant sur ce qui se passe en moi, se fait certitude. Pourtant mon mental ne se pense pas aimable, puisque plein de défi, de colère et d'agitation intérieure. L'objet de cet amour est donc plus vaste. C'est vrai que je me sens aimé de manière absolue, tel que je suis. Je me fais la remarque que ce doit être ça, l'amour inconditionnel.

Ce moment hors du temps a pris fin lorsqu'après un discret petit sourire, le maître s'est levé d'un coup et s'en est allé de son petit pas rapide.

Il m'avait mené à l'essentiel.

Je quittais l'ashram quelques jours plus tard avec la sensation d'avoir reçu un cadeau inestimable. Il ne tenait qu'à moi d'en prendre soin, de l'entretenir.

Tout au long des quatorze années qui se sont écoulées depuis cette expérience, pas un mois ne s'est passé sans que cette expérience ne se manifeste à nouveau. Spontanément. "Ça" se met à tourner en présence de certaines personnes, "Ça" se met à tourner lorsque je suis dans certains lieux. "Ça" se déclenche à l'écoute d'une émission de radio ou d'un morceau de musique. "Ça" apaise, régénère, fait naître un petit sourire au coin de mes lèvres.

Etre relié avec "Ça"; la santé selon l'Inde?

haut de la page

LA MEDECINE AYURVEDIQUE, SON APPROCHE ET SES PRINCIPES
LL11 - Médecine ayurvédique - R.H. Singh / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

L'Ayurvéda est l'une des sciences médicales les plus anciennes du monde. Son origine remonte aux Vedas, le savoir le plus ancien connu. Il a survécu à travers deux ensembles de textes authentiques, chacun consistant en trois livres, soit:

1. Les trois grands livres (Vrihattrayi) : le Caraka Samhita (500 av. J-C.) Sushruta Samhita (500 av. J-C.), et le Samhita de Vâgbhatta (600 ap. J-C.),

2. Les trois petits livres (Laghuttrayi): le Sârangdhara Samhita (1300 ap. J-C.), Bhâva Prakâsa (1600 ap. J-C.) et Mâdahava nidâna (166 ap. J-C.).

Tous ces textes ont été originellement écrits en sanscrit et forment une encyclopédie traitant de tous les aspects de la vie, de l'homme, de la santé, de la maladie et des traitements thérapeutiques. L'approche est essentiellement philosophique, holistique et humaniste. L'Ayurvéda est plus orienté vers la vie et la santé que vers la maladie et la thérapeutique. Il représente une science totale de la vie et décrit la santé de l'être humain dans sa globalité et de manière holistique.

L'Ayurvéda représente un système médical complet de promotion, prévention et thérapeutique. Il a été pratiqué dès les temps anciens sous la forme de huit spécialités médicales principales, soit:

  1. médecine interne (Kâyachikitsâ)
  2. chirurgie (Shalya Tantra)
  3. otorhinolaryngologie et ophtalmologie (Shâlâkya)
  4. pédiatrie, obstétrique et gynécologie (Kaumârabhritya)
  5. psychiatrie (Bhûtavidyâ)
  6. toxicologie (Agad Tantra)
  7. nutrition, rajeunissement et gériatrie (Rasâyana Tantra)
  8. sexologie (Bâjîkarana)

Ainsi, dès l'antiquité, l'Ayurvéda était déjà un système médical très développé.

L'approche:

Les connaissances et la sagesse concernant les différents aspects de la médecine ayurvédique classique sont très riches. Il est étonnant de penser aux méthodes et instruments qui ont été utilisés pour découvrir un savoir si avancé. Ces méthodes n'étaient certes pas seulement de simples méthodes expérimentales physiques. La méthodologie a certainement été intuitive, due à l'expérience et à la perception directe de la réalité. L'Ayurvéda, comme tous les autres systèmes du savoir de l'Inde ancienne a fait ses découvertes à travers les sources les plus subtiles, soit Prâmana, c'est-à-dire:

  1. perception directe (Pratyaksha)
  2. inférence logique (Anumâna)
  3. témoignage direct (Aptopadesha)
  4. preuve expérimentale (Yukti)

etc.

A la lumière de la nature du savoir ayurvédique, il est suggéré que toutes les études et recherches dirigées actuellement pour faire revivre cette grande science devraient suivre trois paramètres méthodologiques principaux, soit:

  1. L'historicité
  2. La linguistique, et
  3. L'évaluation comparative avec la science médicale occidentale moderne.

Si nous examinons les concepts ayurvédiques dans leur perspective historique avec une interprétation linguistique correcte, tout en observant la même réalité à la lumière du savoir contemporain, il n'est pas trop difficile d'en comprendre le sens originel. En comparant les deux approches, médecine ayurvédique et science médicale contemporaine, on peut voir qu'elles sont très différentes. Si nous comparons les deux approches sans tenir compte de leurs différences, il y a de grandes chances de se tromper. Les différences évidentes entre l'Ayurvéda et la médecine occidentale sont les suivantes:

  1. L'Ayurvéda est essentiellement une science de l'expérience directe (1) alors que la médecine moderne est une science expérimentale.
  2. L'Ayurvéda a une approche holistique et globale en contraste de la médecine moderne qui a une approche analytique.
  3. L'Ayurvéda est orienté vers la fonction (physiologique) alors que la médecine moderne est orientée vers la structure ou l'organe.

En d'autres termes, la médecine moderne ne croit pas en une fonction, à moins qu'elle soit mise en relation avec la structure, alors que la médecine ayurvédique considère l'organisme comme un tout indivisible qui doit fonctionner comme un tout et exister comme un tout.

Principes Fondamentaux
Le Continuum du Microcosme et Macrocosme :
L'Ayurvéda est basé sur les Lois de la Nature. La théorie du continuum du microcosme et macrocosme (Loka-Purusha Sâmya) est le principe ayurvédique le plus important. L'être humain est la réplique de l'Univers en miniature. L'individu et l'univers sont tous deux essentiellement constitués des cinq facteurs physiques de bases ou éléments (Pâncabhautika), soit:

  1. Akâshâ (Ether/Espace)
  2. Vâyu (Air / Mouvement)
  3. Teja (Feu / Energie radiante)
  4. Jala (Eau / Forces de cohésion) et
  5. Prithvî (Terre / Masse)

L'individu (Purusha) et l'univers (Loka) sont en constante interaction et échangent de la matière l'un avec l'autre de manière à maintenir leur normalité et homéostasie. Cet échange respecte la loi de Sâmânya et Visesha (homologue versus hétérologue) selon le principe simple qui dit que les matières semblables ou homologues augmentent ce qui et semblable, alors que les matières dissimilaires ou hétérologues diminuent les semblables. L'interaction et l'échange entre l'univers et l'individu (Loka et Purusha) se passent de manière naturelle lorsque l'homme respire de l'air, boit de l'eau, consomme de la nourriture. Aussi longtemps que cette interaction est optimale et équilibrée, l'homme jouit d'une santé optimale. Lorsque cette interaction harmonieuse cesse, la maladie s'installe. C'est pourquoi le principe de base de tout traitement ayurvédique consiste à restaurer l'harmonie entre Loka et Purusha, de restaurer l'équilibre normal entre les cinq éléments (Panca Mahâbhûtas) dans le corps et l'esprit en restaurant l'homéostasie.

La théorie de Âyu et des Panca Mahâbhûtas :
L'Ayurvéda conçoit la vie (Âyu) comme une entité quadri dimensionnelle comprenant le corps physique (Sharira), les sens (Indriya), la psyché (Sattva) et l'âme, l'élément conscient (Âtmâ). Ainsi, la vie individuelle est une unité psycho-physico-spirituelle hautement dynamique et en échange constant avec le cosmos. Nous avons déjà dit que le corps physique grossier consiste en la combinaison équilibrée de cinq éléments (Panca Mahâbhûtas). La théorie des cinq éléments est essentiellement une théorie physique. Les cinq éléments représentent les cinq aspects essentiels de la matière, soit:

  1. La masse, représentée par la Terre (Prithvî)
  2. La force de cohésion, représentée par L'Eau (Jala)
  3. L'énergie radiante, représentée par le Feu (Teja)
  4. Le mouvement, représenté par l'Air (Vâyu)
  5. L'espace représenté, par l'Ether / Espace (Âkâsha)

La théorie des trois Doshas:
Les cinq attributs physiques se regroupent en trois constituants biologiques principaux du corps humain appelés trois Doshas, soit : Vâta, Pitta et Kapha. Les fonctions du corps entier peuvent être expliquées par les trois Doshas. Vâta est le produit biologique de la prédominance du mouvement et de l'espace (Air et Espace). Pitta est le produit de la prédominance de l'énergie radiante (Feu) alors que Kapha est le produit de la masse et des forces de cohésion (Terre et Eau). Ainsi, la théorie des trois Doshas de l'Ayurvéda est essentiellement une application biologique de la théorie des cinq éléments (Panca Mahâbhûta) de la physique indoue. Parfois, les trois Doshas sont compris comme les trois entités conceptuelles développées par les théoriciens de l'Ayurvéda pour expliquer la physiologie humaine d'une manière holistique et unique. Apparemment, le corps humain entier consiste en une masse solide de substratum où s'opère un échange intense et constant d'activité chimique ainsi qu'un "pool" énergétique en mouvement constant. Ces trois Doshas coexistent en proportion prédéterminée et fonctionnent de manière complémentaire l'un par rapport à l'autre, dans l'intérêt de la fonction globale de l'organisme entier, malgré leurs fonctions et propriétés opposées. De ce qui précède, le substratum solide du corps est appelé Kapha, les propriétés chimiques sont appelées Pitta et l'énergie de mouvement est appelée Vâta. L'existence des trois Doshas peut être ressentie dans le corps entier et peut également être dépistée au niveau moléculaire. Chaque cellule du corps consiste en une masse de substratum, un métabolisme chimique et une énergie opérante. Ce sont les aspects Kapha, Pitta et Vâta respectivement de la cellule. La proportion des trois Doshas doit rester équilibrée. Les trois Doshas doivent rester dans une proportion appropriée et normale. Cette proportion varie d'organe à organe / tissus à tissus / cellule à cellule. Par exemple, une cellule nerveuse ou neurone peut avoir une proportion de Vâta (mouvement) plus élevée par rapport aux deux autres Doshas, alors que les cellules d'une glande endocrine telle que celles de la glande thyroïde ont plus de Pitta (énergie), et les cellules relativement inertes du tissu osseux telles que les ostéocytes, ou les cellules musculaires, ont plus de Kapha (masse et cohésion) que les autres cellules du corps.

La constitution psychophysiologique (Dosha Prakriti):
La proportion relative des trois Doshas est très importante. On appelle Dosha Prakriti la proportion relative des trois Doshas, génétiquement déterminée et dans des limites normales. Une variété de facteurs prénataux développe un "pattern" particulier de prédominance relative de l'un ou l'autre des trois Doshas dans la constitution d'un individu, et cette prédominance normale et génétiquement déterminée est responsable de la personnalité totale de l'individu, représentant la somme totale de ses aspects physiques, physiologiques et psychiques. Ainsi, la Dosha Prakriti est un point important pour la compréhension de la vie humaine, de la santé, de la maladie, de la tendance aux maladies, de la prévention de la maladie et promotion de la santé, ainsi que des besoins thérapeutiques des patients. Les textes ayurvédiques décrivent en détail les aspects physiques, physiologiques et comportementaux de personnes ayant des Prakritis (constitutions psycho-physiologiques) différentes.

Les trois Gunas:
Les cinq éléments (Panca Mahâbhûtas) sont représentés dans la Psyché d'un individu en termes de trois Gunas au niveau du Mental (Manas), soit Sattva, Raja, Tama. L'Espace (Âkâsha) est représenté par Sattva Guna. L'Air et le Feu (Vâyu et Teja) sont représentés par Raja Guna, alors que la Terre et l'Eau (Prithvi et Jala) sont représentées par Tama Guna. Tama représente la masse et l'inertie, alors que Raja représente la dynamique et l'activité. Sattva représente un état d'équilibre complet. Ainsi, les trois Gunas sont l'équivalent au niveau psychique des trois Doshas au niveau du corps. Selon la prédominance relative et génétiquement déterminée de l'un ou l'autre des trois Gunas, l'aspect psychique d'un individu varie. Cette variation est classée en trois Constitutions Psychiques (Mânas Prakritis) principales, subdivisées en seize sous-catégories ou caractères. En principe, un individu normal moyen représente une combinaison des seize catégories. Cependant, l'une des catégories peut prédominer et donner à un individu un caractère particulier qui devient alors son type mental ou Mânas Prakritis.

Pouvoir d'autoguérison
(Swabhâoparamvâda) :
L'Ayurvéda propose une théorie d'autoguérison naturelle et spontanée par sa doctrine appelée Swabhâoparamvâda. Selon l'Ayurvéda, le corps humain est doté du pouvoir inhérent et unique de se défendre lui-même contre la maladie et de guérir spontanément lorsqu'il est malade. Le corps se soigne lui-même et toute agression à la santé peut être suivie d'une guérison naturelle. Le rôle essentiel de la médecine est d'assister la nature.

Causes fondamentales de la maladie :
Cependant, malgré sa capacité très grande de résister naturellement à la maladie et malgré son immunité (Vyâdhikshamatva), l'homme souffre d'une variété de désordres physiques et mentaux qui nécessitent une intervention médicale. Nous allons donc décrire les causes de la maladie telles qu'elles sont conçues par l'Ayurvéda. L'Ayurvéda propose comme cause première de toute maladie le manque d'harmonie entre l'Homme et son Environnement, soit l'interaction entre le Microcosme (homme) et le Macrocosme (univers) nommés Purusha et Loka respectivement. Fondamentalement, l'interaction Loka- Purusha prend place à trois niveaux:

  1. Kâla (facteur temps) et ses influences chronobiologiques.
  2. Buddhi (intellect de l'homme), principale source de connaissance, et
  3. Indriyârtha (objets des cinq organes des sens), source d'information du macrocosme (univers) au microcosme (homme).

Les fonctions normales de Kâla, Buddhi et Indriyârtha sont des attributs importants du processus de vie. Mais leur mauvais fonctionnement est considéré comme la cause première de la maladie. Le déséquilibre (Ayoga / absence, Atyoga / usage excessif, Mithyayoga / usage perverti, anormal) du temps, de l'intellect et du fonctionnement des sens sont considérés comme la cause première de toutes maladies. Toutes les causes de maladies connues et décrites par différentes écoles médicales sont secondaires à ces facteurs premiers qui sont essentiellement des facteurs environnementaux. Ainsi, la cause de la maladie selon l'Ayurvéda repose dans l'Environnement. Les moyens de guérison doivent alors être recherchés dans la nature.

Evolution de la maladie et rythmes des Doshas:
Lorsqu'un individu est indisposé à cause des facteurs étiologiques exposés ci-dessus, le processus morbide évolue sous la forme d'une arythmie Tridoshique et d'une viciation des Doshas qui peut mener à une diathèse irréversible donnant naissance à une maladie pleinement développée. Sushruta, un des principaux médecins ayurvédiques classiques, décrit six étapes dans l'évolution d'une maladie qui sont des stades spécifiques auxquels on peut intervenir par des traitements thérapeutiques appropriés. Ces stades au nombre de six, sont appelés Shatkriyâkâla (les six étapes du temps), soit :

  1. Sancaya (stade d'accumulation des Doshas)
  2. Prakopa (stade de viciation des Doshas)
  3. Prasara (stade de dispersion des Doshas)
  4. Sthâna Samsraya (stade de fixation des Doshas en d'autres localisations)
  5. Vyakti (stade de manifestation de la maladie)
  6. Bheda (stade de passage à la chronicité et aux complications de la maladie)

La précision avec laquelle sont décrits les différents stades de la progression de la maladie en rapport avec les interventions thérapeutiques nécessaires est un concept unique à l'Ayurvéda et démontre l'intensité et la grande capacité d'observation des médecins antiques. La philosophie qui est à la base du concept de Shatkriyâkâla est la nécessité du diagnostic précoce de la maladie et de l'intervention thérapeutique appropriée et à temps afin que le développement de la maladie puisse être inversé vers la normalité sans attendre pour soigner que la maladie pleinement développée ne se manifeste. Un médecin ayurvédique désirera détecter les signes précoces qui apparaissent au moment où le germe de la maladie vient d'être semé. En fait, le stade de Sancaya (stade d'accumulation des Doshas) est le stade où la maladie est à l'état de germe.

Agni et Âma:
Dans le contexte décrit ci-dessus, il est souvent demandé pourquoi les Doshas commencent à s'accumuler, où plutôt quel est le principal facteur responsable du déclenchement du Kriyâkâla. Parmi de nombreux facteurs, Agni, le pouvoir digestif et feu métabolique du corps, est considéré comme le facteur le plus important. Il y a treize types d'Agnis dans le corps, responsables de la digestion des aliments et du métabolisme à différents niveaux. Lorsque Agni est faible, de nombreux produits secondaires indésirables de la digestion et du métabolisme sont produits et s'accumulent dans le corps à différents niveaux, du niveau le plus grossier au niveau moléculaire, du niveau local dans le tractus digestif au niveau systémique des tissus et des cellules. De tels produits de dégradation sont appelés Âma et agissent comme matériel toxique et antigènique. La présence d'Âma crée un état d'Âma (vicié) dans le corps qui se caractérise par une obstruction augmentée et une viscosité des canaux du corps appelés Shrotas. Un tel état permet l'accumulation des Doshas (Sancaya) qui représente le premier stade de Kriyâkâla, et la séquence des événements qui suit est un phénomène obligatoire. C'est à la lumière de ce phénomène que l'Ayurvéda insiste catégoriquement sur le fait que toutes les maladies sont le produit d'un Agni faible, et donc que le principe fondamental du traitement de toutes les maladies en Ayurvéda est de restaurer et de fortifier Agni, c'est à dire la digestion et le métabolisme.

Le Diagnostic Ayurvédique:
Le diagnostic en médecine ayurvédique ne se fait pas toujours dans le but de donner un nom à une maladie, mais se fait plus dans le but de décrire un processus morbide, de décrire le mode de viciation des Doshas et Dushyas (lieu où la morbidité se manifeste, soit les organes) ou les Shrotas (canaux) incriminés, et de décrire la qualité de vie, de santé et la personnalité du patient. Tout cela demande une anamnèse et un examen complet du patient.

L'Ayurvéda a une approche double du diagnostic, soit :

  1. L'examen du patient, ou Rogi Parîkshâ
  2. L'examen de la maladie, ou Roga Parîkshâ.

Rogi Parîkshâ concerne essentiellement la détermination de la constitution du patient et son état de santé ainsi que sa vitalité. Il ne s'agit pas de diagnostiquer une maladie. L'importance de déterminer la constitution ainsi que d'évaluer le status de santé d'une personne malade est un concept unique à l'Ayurvéda (2). L'Ayurvéda propose d'entreprendre cette partie de l'examen clinique en gardant à l'esprit le fait que de telles informations concernant le patient sont toujours d'un grand secours pour présumer d'un diagnostic, d'un pronostic, ainsi que pour décider une ligne générale de traitement. Caraka, la plus grande autorité sur l'Ayurvéda, décrit une méthodologie en dix étapes pour faire l'examen clinique, soit :

  1. Prakriti (constitution psychophysiologique),
  2. Vikriti (susceptibilité à la maladie),
  3. Sâra (qualité des tissus),
  4. Samhanana (compacité du corps),
  5. Pramâna (mesures anthropométriques),
  6. Sâtmya (adaptabilité),
  7. Sattva (force mentale),
  8. Âhâra Shakti (pouvoir digestif),
  9. Vyâyâma Shakti (force physique),
  10. Vaya (âge et vitesse de vieillissement).

Le Roga Parîkshâ ou examen de la pathologie, se fait dans le but de diagnostiquer la maladie présente. Cela se fait habituellement en trois étapes:

  1. Anamnèse des plaintes principales et histoire de la maladie,
  2. Examen général du patient en huit étapes, comprenant le pouls, l'examen de l'urine, des selles, de la langue, de la peau, etc.
  3. Examen systémique du corps entier, incluant les treize canaux principaux (Shrotas), répartis sur les les six parties principales du corps (Shadangas), soit la tête, le thorax, l'abdomen et les extrêmités.

L'interprétation du pouls représente l'un des aspects les plus importants de l'examen clinique. Le médecin ayurvédique qui a acquis l'expérience et la connaissance nécessaires est supposé pouvoir connaître beaucoup de choses en regard de la santé de son patient par l'interprétation du pouls. De nombreux médecins prétendent dépendre entièrement de cette interprétation pour poser leur diagnostic, bien que l'Ayurvéda classique n'ait pas de telles prétentions.

Promouvoir la santé et prévenir la maladie:
La médecine ayurvédique a une approche consistant essentiellement à prévenir la maladie et à promouvoir la santé. Cependant, elle fournit également un système étendu de médecine curative pour le traitement des maladies, tout en adaptant une approche holistique originale. En accord avec le concept quadri-dimensionnel de la vie (Âyu), l'Ayurvéda conçoit une définition de la Santé en quatre dimensions. Sushruta, définit la santé (Swâsthya) comme un état d'équilibre (Sama) des trois Doshas, des treize Agnis (gérant le métabolisme), des sept Dhâtus (tissus) et Malas (excreta). L'individu se trouve alors dans un état d'équilibre biologique total, tout en étant dans un état de bien-être sensoriel, mental, émotionnel et spirituel (Prasanna). Ainsi, l'Ayurvéda présente la définition de la santé la plus complète et ceci pour la première fois dans l'histoire. Les textes ayurvédiques décrivent un plan complet de mesures de santé pour la préservation de la santé, code de conduite populairement connu sous le nom de Swastha Vritta. Ce code comprend les routines journalières de santé (Dinacaryâ), la conduite pour la nuit (Râtricaryâ), la conduite en relation avec les diverses saisons (Ritucaryâ), etc. Des détails sur le style de vie, le régime alimentaire, l'exercice physique, l'hygiène personnelle et sociale (Sadvritta) ont été décrits. Une information complète est disponible sur la nutrition et la diététique. L'Ayurvéda décrit également en détail le rôle de mesures de purification biologique périodiques et de consommation de remèdes fortifiants (Rasayanas), pour la promotion de la santé, pour augmenter la longévité, améliorer l'immunité (Vyâdhikshamatva) ou résister aux maladies.

L'approche thérapeutique:
Le but des traitements curatifs de l'Ayurvéda est de restaurer l'équilibre des Doshas car, selon l'Ayurvéda, une maladie n'est due à rien d'autre qu'au déséquilibre des Doshas, ou en d'autres termes, à la perte d'homéostasie. Les thérapies tendant à restaurer l'équilibre consistent alors à :

  1. augmenter les Doshas insuffisants,
  2. diminuer les Doshas en excès, et
  3. préserver les Doshas équilibrés.

Il est possible de faire cela en ayant une diète appropriée, des médicaments et thérapies tirés de la nature et basés sur le principe de Sâmânya et Vishesha (homologues versus hétérologues).

Selon la doctrine classique de Sâmanya et Vishesha, une matière similaire ou homologue reçue de l'extérieur enrichit la matière semblable dans le corps, et une matière dissemblable ou hétérologue diminue sa contrepartie dans le corps. Le concept de Sâmânya / Vishesha en Ayurvéda est considéré comme la base fondamentale de toute action thérapeutique. Il représente la loi de fonctionnement de la nature, et ce principe est adopté par le médecin pour ses traitements.

Les trois courants thérapeutiques:
L'Ayurvéda décrit trois courants d'intervention thérapeutique principaux qui peuvent certes être complémentaires, mais qui la plupart du temps sont utilisés spécifiquement pour des catégories déterminées de troubles. Les trois courants thérapeutiques classiques sont :

  1. La Thérapie Divine (Daiva Vyapâsraya Cikitsâ)
  2. La Thérapie Rationnelle (Yukti Vyapâsraya Cikitsâ)
  3. La Psychothérapie (Sattvâvajaya)

La thérapie divine est spécialement indiquée dans les maladies dites Kârmaik, c'est à dire les maladies causées par des actions faites lors de vies passées, où aucune cause acquise n'est décelable dans cette vie, et où aucune thérapie rationnelle n'est efficace. La thérapie divine est souvent pratiquée en accord avec l'Astrologie. Les astres, les pierres précieuses, les Mantras, Japa, oraisons, prières, etc. sont des thérapies habituelles dans ce domaine. C'est une sorte d'astrothérapie. Ce n'est ni une psychothérapie, ni une thérapie biologique. L'ayurvéda décrit la psychothérapie (Sattvâvajaya) séparément ainsi que les thérapies biologiques (Yuktivyapâsraya Chikitsâ). La thérapie biologique est une thérapie rationnellement planifiée et prenant en considération les doctrines des cinq éléments (Panca Mahâbhûta), des trois Doshas, des trois Gunas, de Agni, de Âma, etc, en suivant le principe de Sâmânya et Vishesha (homologues versus hétérologues). C'est essentiellement une thérapie biologique rationnelle visant à restaurer l'équilibre de l'homéostasie (Dhâtu Sâmya).

La thérapie ayurvédique rationnelle :
Cette Thérapie rationnelle ayurvédique est menée en deux temps:

  1. Samshodhana, ou thérapie de purification, et
  2. Samshamana, ou thérapie curative.

La thérapie de purification (Samshodhana), populairement connue sous le nom de Panca Karma,

vise à purifier le corps du niveau le plus grossier au niveau le plus subtil, et de "nettoyer" les canaux (Shrotas) du corps afin de permettre la libre circulation des nutriments, médicaments et métabolites. Le corps humain vivant consiste en d'innombrables canaux nommés Shrotas. A la suite d'une mauvaise santé, de troubles divers, ces canaux que l'on peut suivre jusqu'au niveau des pores dans les membranes cellulaires, se bloquent, "s'encrassent". L'Ayurvéda prétend que ces canaux doivent être purifiés par des mesures de Samshodhana (purification), afin de permettre à l'organisme de se soigner lui-même jusqu'à un rétablissement spontané, ainsi que pour permettre aux médicaments d'atteindre leur cible plus facilement. Ainsi, la thérapie de purification (Samshodhana) représente une condition première pour toutes sortes de thérapies médicamenteuses et interventions thérapeutiques spécifiques (Samshamana). Nombre de procédures sont décrites sous le terme de Samshodhana Karma (action de purification) et sont pratiquées sous deux formes :

1. Purification externe par application d'huiles, sudation et massage, où le thérapeute utilise des bains d'huile, la chaleur et la pression physique du massage comme instruments thérapeutiques pour assouplir et mobiliser les impuretés (Malas). Les mesures de purification externe liquéfient les impuretés du corps, les amènent dans les canaux grossiers du corps (système excrétoire) d'où elles sont expulsées à l'aide des procédures purificatrices du Samshodhana Karma. Ainsi, les mesures purificatrices externes telles que l'application d'huiles, la sudation et le massage sont considérées comme des mesures préparatrices pour les thérapies de purification interne, plus importantes.

2. Les mesures de purification interne consistent en emesis (Vamana), purgation (Virecana), énéma huileux (Anuvâsana Vasti), énéma non huileux (Âsthâpana Vasti) et irrigation nasale (Shirovirecana). Ces thérapies sont connues populairement sous le nom de Panca Karma ou thérapie en cinq points.

En principe, le traitement de purification (Samshodhana Karma) est suivi par des traitements curatifs spécifiques (Samshamana) qui consistent en une diète rationnellement planifiée, des médicaments et routines journalières. Lorsqu'il formule un plan de traitement (Samshamana), le médecin ayurvédique prend en considération la constitution du patient (Prakriti) et les particularités de sa tendances à la maladie (Vikriti) quantifiées par le mode de viciation des Doshas, tissus (Dhâtus), pouvoir digestif (Agni), etc. Il a recours à la composition Pancabhautic des médicaments et régimes alimentaires, incluant leur goût (Rasa), qualités (Guna), puissance (Virya), effet après digestion (Vipâka) et effet spécifique (Prabhâva), et suit la Loi de Sâmânya et Vishesha (homologues versus hétérologues).

haut de la page

ITINERAIRE D'UN MEDECIN
LL11 - Itinéraire d'un médecin - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

Le Dr Bertrand Martin, diplômé de la faculté de médecine de l'Université de Lausanne en 1973, a suivi un parcours professionnel particulier. Il se spécialise en santé publique au Guatemala, puis travaille en Arabie Séoudite, au Guatémala et au Mali pour des programmes de recherche et de développement.

Revenu en Suisse en 1988, c'est l'aspect mental de la médecine qui l'intéresse. Il ouvre un cabinet à Lausanne et commence une formation en psychiatrie. Étant donné son intérêt pour le Yoga qui persiste depuis l'âge de treize ans, il utilise dans son cabinet le Yoga mental et d'autres thérapies issues de la médecine ayurvédique. Au vu des résultats encourageants, il décide d'aller étudier formellement cette médecine à Bénarès dès 1993, suivant tout d'abord un cours d'un an à la célèbre université hindoue de Bénarès (BHU), qui présente la particularité unique de réunir sous la même direction administrative et scientifique médecine allopathique et médecine ayurvédique.

Il découvre alors que la médecine ayurvédique est aussi une médecine scientifique et nous confie que les médecins ayurvédiques d'il y a trois mille ans étaient tout à fait rigoureux dans leur approche de la réalité et leur façon d'étudier la nature. Ces médecins n'avaient certes pas les moyens techniques dont nous disposons aujourd'hui. Mais ils en avaient d'autres que nous avons perdus en chemin, notamment en ce qui concerne la "vision du monde par les sens subtils en état méditatif." Les médecins ayurvédiques étaient arrivés par cette voie à une connaissance du monde matériel et de la nature analogue à la nôtre aujourd'hui. Ils connaissaient l'atome, les molécules, les particules, les cellules et leur métabolisme. Cette forme différente de connaissance leur ouvrait une vision globale de l'homme, la vision directe par la conscience en état méditatif correspondant à une vision d'emblée globale, une compréhension intégrée du fonctionnement de la nature. On peut par ce moyen-là comprendre également le corps dans ses grands principes de fonctionnement.

La santé pour l'Ayurvéda est le résultat d'un équilibre au niveau mental et physique et le rôle principal du médecin est de favoriser cet équilibre. Ce n'est pas lui qui guérit le patient, c'est le patient qui se guérit lui-même et le médecin est là pour l'aider à trouver les conditions de guérison. L'Inde moderne a certes beaucoup puisé dans notre culture scientifique, mais nous aurions maintenant avantage à nous inspirer des connaissances de l'Inde ancienne, peut-être revues à la lumière du savoir moderne. Il y a donc un travail que nous devons poursuivre sur le plan méditatif pour développer cette connaissance, par une vision directe de la réalité telle qu'elle fut découverte à l'époque védique. Cela nous permettrait de comprendre la médecine ayurvédique sous tous ses aspects et le rôle qu'elle peut jouer dans un système de santé global et d'avant-garde.

Actuellement, le Dr Martin entreprend un doctorat ayant pour thème le traitement des toxicomanes en utilisant des thérapies mixtes, de médecine allopa-thique, de médecine ayurvédique et de Yoga.

Dr G. Salem

haut de la page

"YIJING"
LL11 - Yijing - Lynda Meyer / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1995

Dites-moi, que dois-je faire, que dois-je décider, faut-il que je renonce, ou au contraire dois-je persister, je ne sais plus où en j'en suis. Dites-moi comment, quand, où, qui, pourquoi? Ils attendent du Yi Jing des réponses à leur angoisse, à leur malaise. Des réponses miracles, des solutions idéales, pas nécessairement justes, mais plus souvent de celles qui soulagent leur conscience, ou qui entretiennent leur ego, ou bien qui leur livrent quelque secret pouvoir. Comme s'ils voulaient s'empêtrer davantage dans des situations enchevêtrées, où maladroitement ils se débattent, pour un peu d'amour, de reconnaissance, ou pour lutter contre cette solitude qui les rattrape à chaque fois, de sorte qu'ils n'osent plus se retourner.

Alors c'est la fuite en avant. Ils veulent y aller, en avant, en avant toute, il faut changer cela. Alors dites-moi comment, dites-moi pourquoi?

Je n'ai pas la solution miracle qu'ils attendent. Par contre de bons conseils, une direction, une prise de conscience à travers le Yi Jing qui peut être leur soutien. En tout cas qui est le mien. Et c'est bien le fait de prendre conscience de leur situation dont il s'agit dans un tirage. Et puisqu'ils veulent à tout prix avancer, et bien moi je les emmène en voyage.

Ensemble nous partons dans un tableau vivant, leur tableau. On regarde, on observe, on suppose, et finalement on constate: "Que c'est beau!"

Tout un monde symbolique est à nos pieds, car on peut voir d'en haut, si on veut. On peut aussi voir à travers, ou en perspective. Et si on sait se poser, lâcher prise, attendre le temps et sentir l'instant, on réalise les impasses et les ouvertures qui permettent de progresser. Progresser c'est d'abord découvrir des montagnes, des précipices, des brumes et des vapeurs, des vents violents ou des brises exquises, des lacs bouillonnants et des eaux stagnantes, des chevaux fougueux, des dragons fumants, des chevaliers armés, des princes écarlates et leurs timides concubines. Toute la Chine ancienne est représentée de manière si harmonieuse et si poétique qu'on se sent presque devenir artiste peintre ou musicien. Car progressivement on apprend à regarder, mais pas comme d'habitude, en clignant les yeux pour loucher ou bigler, apercevoir de côté, du coin de l'oeil, le monde des fées autrement invisible, ou bien imiter la chouette qui peut voir la nuit, un autre regard sur ce qu'on fait, ce qu'on a fait, ce qu'il reste à faire.

Ah oui, j'oubliais, et avancer...

Alors ne vous en faites pas, ça avance, ça change, c'est promis on va y aller... de l'avant. Mais seulement lorsqu'on saura s'arrêter.

haut de la page