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Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 14/décembre 1996

 

L'AUTRE-ATELIER DE LA FONDATION LING
LL14 - Edito - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

L'AUTRE POSSIBLE
LL14 - L'autre posssible - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

L'AUTRE EN NOUS
LL14 - L'autre en nous - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

L'AUTRE AVANT ET APRES LA CHINE
LL14 - L'autre avant - Georges-Marie Schmutz / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

BIP OU LA QUESTION DU REPONDEUR
LL14 - Bip - Michel Herzen / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

LES ENFANTS, ICONES ET MARTYRS DE L'EFFROI COLLECTIF
LL14 - Les enfants - Chritophe Gallaz / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

L'INTERNITE: LA GRANDE QUETE DE L'ALTERITE INTERPLANETAIRE ET VIRTUELLE
LL14 - L'internité - Michel Water / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

LA RELATION DE FRATERNITE DANS LE MONDE LA L'ALTERITE
LL14 - Relation fraternité - Révérend Père Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

LA CONDUITE DE LA VIE SELON LES CHINOIS OU: "PETITE STRATEGIE DE RETOUR AU REEL" - CONFERENCES ET SEMINAIRES
LL14 - Conduite de la vie - Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996


L'AUTRE-ATELIER DE LA FONDATION LING
LL14 - Edito - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Conformément à sa charte, la Fondation Ling focalise en priorité ses intérêts sur des problèmes de santé pour lesquels la médecine s'avère peu efficace ou insuffisante et qui pourraient bénéficier de l'apport des médecines traditionnelles.

La démarche de la fondation vise à intégrer les savoirs traditionnels à l'enseignement académique et à répondre aux exigences des patients, médecins et autres professionnels qui s'intéressent aux "autres" méthodes de soins.

Cette démarche nécessite de nouvelles vérifications et présume, entre autres choses, d'élaborer une méthodologie comparative permettant la réalisation de recherches et l'évaluation objective de l'efficacité thérapeutique.

La Fondation Ling a ainsi, dans un premier temps, focalisé ses efforts sur l'identification et la répertorisation de ces problèmes dans le cadre de son séminaire "Entre Pendule et Scanner" et de son "Forum Soignants".

Dans un second temps, la Fondation Ling s'efforce d'étudier ces problèmes au moyen de diverses recherches comparatives: séminaire de "Typologie comparative des exercices psycho-corporels", atelier de documentation et de "Recherche comparative sur les proverbes concernant la santé", etc.

La troisième étape prévue par la charte de la Fondation Ling a pour objectif de répondre à ces problèmes de santé au moyen de stratégies de soins nouvelles et imprégnées d'humanisme. Cette haute ambition de la Fondation Ling, nécessitant patience et détermination, constitue la perspective la plus importante de ses activités futures.

Les diverses activités de la fondation ouvrent un champ d'expériences et de recherches comparatives qui permettent de jeter des "ponts" entre les différentes méthodes de soins, entre les savoirs des uns et les compétences des autres.

Ce travail de répertorisation, d'identification et d'approche comparative, a fait apparaître la permanence des notions de pluralismes et de métissages dans notre culture, tant sur le plan des savoirs que sur celui des pratiques (religions, spiritualités, sciences, médecines, art, politiques, etc.).

Or, une observation plus fine de l'état d'esprit régnant dans les réflexions portées sur la pluralité nous suggère que celui-ci se base sur une sorte de postulat implicite. En effet, la tendance actuelle semble proposer que la reconnaissance sociale et institutionnelle des acteurs de la pluralité se fasse implicitement lorsque ceux-ci sont identifiés et répertoriés "scienti–fiquement". Ainsi, sortis de l'ombre ils peuvent s'inscrire dans le vaste champ des connaissances académiques.

Cette question de l'éclosion des pluralismes et du risque de leur absorption dans un méta-modèle unique doit être débattue. La découverte de la dynamique du pluralisme ne saurait se faire par une soumission passive à un système hégémonique qui engloberait en son sein l'ensemble de ses acteurs. Celle-ci doit se faire en respectant la différence de l'Autre et en lui reconnaissant d'emblée un statut d'Alter Ego non assimilé implicitement à un méta-modèle pré-défini ou aux représentations de son observateur.

Il apparaît ainsi qu'à tous les niveaux de compréhension de la notion de pluralité et de métissage dans notre culture et dans nos pratiques émerge la question fondamentale et incontournable de l'Autre et de l'Altérité. Cette question centrale, qui ne saurait être résolue par un débat unique, doit donc être abordée en profondeur par les différents acteurs et observateurs de la pluralité.

Partant de la question de la pluralité des soins, la Fondation Ling propose d'aborder et de travailler la question de l'Altérité en se joignant à une réflexion philosophique, spirituelle, anthropologique, culturelle et sociale sur la pluralité dans l'ensemble de notre société. Elle propose ainsi de mettre sur pied un véritable atelier de la question de l'altérité, l'Autre-atelier, dans lequel peuvent se réunir les différents acteurs et observateurs de cette question.

L'Autre-atelier de la Fondation Ling invite à un débat, une réflexion et une pratique de la question de l'Altérité à long terme. Il formule l'espoir de permettre l'éclosion d'une réelle expérience et d'un réel savoir sur la question de l'Autre.

C'est ainsi que l'Autre-atelier souhaite insuffler son esprit dans la mouvance actuelle des pluralités et des métissages au sein de notre culture.

Lorsque nous avons, Christophe Gallaz et moi-même, donné l'impulsion à ce débat sur la question de l'Autre, nous avos été surpris par la réaction de nos interlocuteurs. Une première réaction empreinte de perplexité suivie d'un enthousiasme foisonnant d'idées et d'ouvertures.

Tout d'abord avec le Rév. Père Larre qui nous fait l'honneur d'exposer sa profession de foi sur l'Autre, l'Au-delà et l'Ailleurs (la Chine). Cet Ailleurs vers lequel projettent de partir les élèves du "Projet Pékin" animé par Georges-Marie Schmutz. Ensuite, ouverture au chemin de l'Autre en nous que nous propose de suivre Bertrand Martin.

 

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Appel
L'Autre-Atelier

Qui est l'Autre? Quel langage mettre en oeuvre à son adresse? Et, si l'on peut dire, que faire de lui?

Vieilles interrogations - mais interrogations d'une formidable actualité, au moment où l'art de la médecine ne résiste plus à sa propre diversification, où la politique doit rénover ses conceptions du collectif et de l'individuel hors des schémas idéologiques traditionnels, et où chacun ne cesse plus de chercher, sur les réseaux de la communication planétaire, ce qui n'est peut-être que son propre fantôme.

Dans la perspective d'un forum organisé l'an prochain, au cours duquel interviendront des personnalités que le thème passionne, mais pour lequel la participation active du plus grand nombre est vivement souhaitée, la Fondation Ling pose, dans cette Lettre-ci, quelques-uns des jalons propres à lancer la réflexion.

Ecrivez-nous, contactez-nous !!!
Tous les détails utiles suivront.
Eric Bonvin - Christophe Gallaz

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L'AUTRE POSSIBLE
LL14 - L'autre posssible - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Contenue dans toutes les mouvances sociales et culturelles de notre époque et s'imposant en toile de fond aux phénomènes de métissage, de diversité et de pluralisme, - qu'ils soient culturels, politiques, médicaux, scientifiques, religieux - se pose la question fondamentale de l'Altérité2. Celle-ci se pose de façon d'autant plus incisive que les valeurs de la modernité sont contestées dans leur légitimité, que réapparaissent des extrémismes et des intégrismes de toutes sortes, que se propagent les modèles de la pensée unique et de la mondialisation dont la réalité accentue l'exclusion. Notre société doit orienter ses choix entre exclusion par ignorance de soi, tolérance face à l'Autre dans le différent qu'il nous oppose et dans le différend qui nous oppose ou celui d'une société pluraliste qui favorise l'épanouissement de plusieurs conceptions du bien.

En parlant d'Altérité, on comprend intuitivement que le concept nous entraîne plus loin que, par exemple, les notions courantes du "pluralisme" ou de la "différence". Le terme d'Altérité ne désigne pas seulement le fait de la différence. Il évoque aussi les relations existant entre des êtres divers, entre l'homme et la femme, celle qui nous relie au divin (hétéronomie) puis, cette dernière passant à celle de l'autonomie de l'individu, comme fondement même de l'idéologie moderne et de la démocratie. D'autres aspects s'imposent aussi comme ceux du souci de l'autre et de son éthique, du souci de soi ou ceux de la conscience et de la liberté.

Depuis les origines de la philosophie avec Parménide, Platon, Plotin, jusque chez ces "Grecs" modernes que sont, chacun à sa manière, Hegel, Husserl et Heidegger lui-même, l'hégémonie des philosophies de la totalité et du concept du Même et de l'Un des "grecs" ne laissa longtemps à l'Autre qu'une place par exclusion. Chez Hegel, par exemple, l'individu humain est l'être en qui l'Esprit agit, mais la pensée doit négliger la différence (ce qui fait de l'homme un autre) pour ne retenir que l'universel. C'est dans la suppression de la particularité qui l'aliène que l'Esprit atteint sa liberté. La guerre à l'altérité est ainsi justifiée. L'Autre n'existe pas dans sa réalité propre, que ce soit la femme, l'enfant, la personne âgée, l'étranger, le migrant ou que ce soit l'autre croyance, l'autre savoir, l'autre pratique, l'autre culture, etc. Dans le meilleur des cas, cet Autre se définit comme un ensemble d'insuffisances: sous-développé, membre d'une collectivité "moins avancée", "marginale", "immature",... qu'il faudrait aider à se développer, dans la voie de la modernité. Et même pour les stratégies alternatives la diversité culturelle n'est guère plus qu'un signe créditant la seule idée que l'Autre n'est rien plus qu'une victime de la domination et de l'exploitation avec cette violence faite à l'individu à sa source dans la réduction de l'Autre au Même. Nietzshe lui-même invoqua le judéo-christianisme comme principal responsable de l'abolition d'une pensée du multiple et de l'altérité réduite à une extériorité phénoménale, digestible par la totalité. Et pour Morel, aucune société humaine, avant ou après le Christ, n'est parvenue à créer une religion où l'Altérité de Dieu et l'altérité de l'homme soient posées avec force et lucidité. L'Altérité semble disparaître dans la transparence des sens et des représentations de notre culture. L'Autre comme regard, l'Autre comme miroir, l'Autre opacité, c'est fini. Il semblerait que notre culture ne puisse pas penser les choses autrement. Il suffit pour s'en rendre compte de s'attarder un instant aux différentes formes des expériences limites: la mystique, la torture, la folie...

Pourtant la présence de l'Autre poursuit peu à peu son apparition dans les débats philosophiques. Elle apparut déjà avec la pensée de Thomas d'Aquin qui changea d'intentionalité à son égard et qui la reconnut comme une valeur positive. Pour les Thomistes, c'est le respect de l'altérité qui doit être posé comme critère fondamental de toute critique sociale et politique. Plus proche de nous, un philosophe contemporain a pris une posture déterminante face à l'Altérité: Emmanuel Lévinas. Il a pris une perspective éthique originale, et une sorte d'empirisme au sens propre du terme: l'approfondissement de l'expérience fondamentale d'autrui. Sa philosophie est le récit sans cesse repris, infiniment commenté, d'une scène primitive, d'une intrigue originelle: la rencontre d'autrui. Le débat philosophique ouvert par Lévinas se voit engagé dans une dialectique à laquelle répond un autre philosophe contemporain déterminant, Jacques Derrida. Lui se demande comment faire pour inscrire et laisser s'inscrire le tout autre, l'absolument délié, l'étranger, dans la langue de l'être, du présent, de l'essence, du même, de l'économie, etc. Pour Derrida, il doit bien y avoir une analogie entre deux mondes absolument hétérogènes , un tiers pour passer l'abîme, cicatriser la béance et penser l'écart. Car si l'autre est à une distance infinie, et c'est à cette condition qu'il est autre, il laisserait les choses inchangées, non altérées. Et si on s'en tient au respect pur de cette altérité sans altération, on risque toujours de prêter la main à l'immobilisme, au conservatisme, à un pluralisme absolu où la rencontre elle-même ne peut avoir lieu et où s'opère l'effacement de l'altérité même. Nous nous mouvons entre les deux pôles d'impossibilité que représentent l'Un pur et l'Altérité pure. Le monde émergerait alors de la distance qui les sépare et que nous aurions à convertir en espace de liberté. L'Altérité pure n'est qu'une représentation, elle n'existe pas, elle n'existe plus et il importe bien davantage de la saisir transformée par les forces de la modernité sachant que la modernité elle-même se trouve transformée par les forces de l'altérité. L'interrogation porte bien sur cette relation indissociable entre l'Autre et nous-mêmes. Il n'y a pas d'Autre en dehors d'un tel lien; et le moi prend dimension d'humanité quand il déserte son être et s'en va pour l'autre, il permet en retour de porter un regard renouvelé sur lui-même, étant, de plus, souvent lui-même un autre.

Les différences et les pluralismes ont été maintenant clairement constatés, répertoriés et l'Autre a été reconnu. Mais pour que l'altérité soit reconnue comme une valeur positive il faut que la pensée change d'intentionalité. Il s'agit d'entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement, plutôt que théoriser ce que l'on sait déjà, disait Foucault, et de penser avec l'Autre, ne puis-je m'empêcher de rajouter, par la création et l'instauration d'une interface, d'un lien, d'une langue commune avec l'Autre. L'Autre ne saurait être conceptualisé ou représenté d'une quelconque manière... Il ne peut que nous interpeller, nous questionner et nous stimuler. Il faut affronter de face cette exigence paradoxale d'envisager l'unité de l'humanité dans sa nécessaire diversité, l'"unité-dans-la-diversité humaine". Marcel Mauss disait: "il faut recomposer le tout" et Edgar Morin ajoute: "il faut mobiliser le tout", en postulant pour une pensée de la complexité. Complexus signifie originairement ce qui est tissé ensemble. La pensée complexe est une pensée qui cherche à la fois à distinguer (mais non disjoindre) et à relier. Respect de l'Altérité dans la distinction et échange, solidarité, avec l'Autre dans la relation pourrait être cette nouvelle voie permettant l'ouverture de cette dimension Autre. Avec des impulsions spirituelles et philosophiques communes devrait pouvoir naître une épistémologie commune, propre à ce lien, à cette relation, clairement identifiable et distincte de l'un et de l'autre. La construction et le maintien de ce lien sont, à mon avis, les seuls garants d'un avenir évitant autant l'exclusion de l'Autre, de l'étranger, du mal que l'engloutissement du Différent dans une pensée unique uniformisée et "mondialisée".

C'est pour ce courage du "penser autrement" que je postule, courage à l'exemple d'une pensée longtemps exclue du discours de notre culture et qui, à peine réhabilitée, s'avère d'une grande pertinence dans notre propos: la pensée de Paracelse. Elle représente l'effort gigantesque et complexe pour faire face à tout ce qu'on peut penser ou savoir en son temps. En effet, Paracelse interrogeait tous azimuts, sans parti pris. Il n'a pas fait le tri, il a tout pris: les pratiques populaires, les recettes empiriques, les croyances, les traditions, les philosophies et s'est efforcé de créer à travers tout ce conglomérat une intelligibilité nouvelle. Il est le promoteur d'une épistêmé unique. Si l'interpellation paracelsienne est difficile à percevoir, ce n'est pas seulement parce que rien dans la pensée moderne ne nous y dispose, mais encore parce que le monde qui résulte de cette pensée, et dans lequel nous vivons nous appauvrit au fond de nous-mêmes en nous privant d'images vraies, en nous donnant en spectacle l'automate de notre propre reflet, c'est-à-dire des produits ontologiquement pauvres, issus d'un rationalisme de représentation.

1 Les références bibliographiques de ce texte sont disponibles chez l'auteur par l'intermédiaire de la rédaction.

2 Altérité: Caractère de ce qui est autre ; s'oppose à identité. L'altérité est de deux sortes: objet qui, dans la connaissance et l'action, est l'autre du sujet; et celle d'autrui qui est également l'autre du sujet, non comme objet, mais comme autre sujet, comme autre moi. Les logiciens parlent d'une relation d'altérité, laquelle nie que deux termes soient identiques. Identité et altérité sont alors posées comme exclusives l'une de l'autre.

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L'AUTRE EN NOUS
LL14 - L'autre en nous - Bertrand Martin / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Chacun de nous, conscience1 au centre de son propre univers, voit le monde et l'autre à travers le mental 2 et les sens. Le mental, programmé par la culture et le vécu, interprète la réalité du monde à la lumière de sa propre subjectivité. Or chacun de nous représente une configuration unique de culture et de vécu, et l'autre apparaît alors appartenir à un autre monde.

Communiquer, partager, comparer ces mondes si différents et en perpétuelle transformation est un travail sans fin. Nous courrons après nos différences sans pouvoir les rattraper. Y a-t-il alors une expérience que nous puissions partager au-delà de toute différence?

La conscience elle-même, lorsque le mental enfin se tait, est source d'une expérience unique qui, bien que subjective, est tout à fait comparable, au-delà des personnes, au-delà des cultures. Patanjali disait déjà il y a presque trois mille ans que lorsque le mental se tait, nous faisons l'expérience de la conscience pure. Et cette expérience est unique et uniforme. Et chacun peut faire cette expérience, quelle que soit sa race, sa religion, sa culture, son sexe, son âge. Expérience universelle, indépendante de la multiplicité des configurations que nous rencontrons au niveau du mental.

Comment décrire l'expérience de la conscience silencieuse?

Alors la conscience de l'environnement disparaît. La conscience du corps disparaît. Les cinq sens se taisent. Le mental et les pensées s'apaisent progressivement jusqu'à être totalement muets. Le temps disparaît. L'ego disparaît. Nous sommes dans un état de conscience pure, totalement paisible et silencieuse, flottant dans un espace ouvert et rattachée à quelque chose de plus vaste. Tout vécu négatif est pacifié. Nous baignons dans un bien-être souverain. Cela pourrait durer une éternité.

Tout en étant toujours la même, cette expérience paraît toujours nouvelle. L'effet régénérateur mental et physique est constant. Le désir de renouveler cette expérience est communément partagé. On est complètement seul et sans communication, et pourtant on ne ressent aucune solitude. Une aura bienveillante nous enveloppe.

Nous pourrions croire qu'atteindre pareil état est difficile, et qu'une longue pratique est nécessaire. Non. Si l'enseignement est juste, c'est facile. Presque chacun peut vivre cet état dès la première séance et reproduire ensuite seul cette expérience à volonté.

Alors, la porte est ouverte.

Or, si l'expérience du sommeil profond sans rêve est un état d'inconscience que nous connaissons tous et pouvons partager avec certitude, l'expérience de la conscience silencieuse, elle, nous permet de partager un état de conscience consciente. Nous pouvons alors connaître en nous-même un état que l'autre peut connaître en lui-même de manière identique. L'Autre en Nous, Nous en l'Autre. Conscience d'unité. C'est étonnant.

Si l'expérience vous tente, écrivez-nous.

(1) Citation selon la philosophie Samkya
(2) Manas selon la philosophie Samkya

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L'AUTRE AVANT ET APRES LA CHINE
LL14 - L'autre avant - Georges-Marie Schmutz / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Dans le cadre des voyages de bac, le Gymnase du Bugnon emmène une trentaine d'élèves à Pékin durant l'automne 1997. Cette entreprise s'appelle le "Projet Pékin2". Ce projet n'est pas allé sans questions, sans préparation. Dans ce bref article, nous allons nous demander si notre démarche, nos interrogations ne pourraient pas constituer la trame d'un pense-bête pour la découverte de l'Autre.

Pour plusieurs d'entre nous, l'Autre, la différence est un bien précieux à cultiver: "La différence est essentielle, indispensable à la vie, au rêve, à la société, au projet. La différence nous pousse en avant, donne envie de connaître" (Philippe Nicod).

Mais pourquoi choisir le voyage pour éprouver cette Différence? Des recherches récentes tendent à démontrer que l'auteur du livre le plus célébré sur la Chine, Marco Polo, ne s'y est probablement jamais rendu! On peut penser que cette problématique de la Différence ne sert, en fin de compte qu'à nous connaître nous-mêmes (Philippe Nicod) ou que le plus important, ce n'est pas d'arriver en Chine mais de s'y préparer (Sofia Arsenio). Pourquoi vouloir à tout prix s'y rendre puisque la question de l'Autre est avant tout une question philosophique, personnelle? "Peut-être parce qu'aucun moyen d'information ne saurait permettre un échange avec l'autre" (Éric Laurent).

Avec notre projet d'emmener trente élèves à Pékin, nous faisons le pari que l'on peut mettre la pratique avant la théorie, que la meilleure manière de découvrir l'Autre, ce n'est pas d'en parler mais d'y aller voir. A condition de respecter quelques principes. Il était important de bien distinguer le simple voyage touristique du véritable voyage culturel; nous ne traversons pas l'Eurasie pour faire du kilomètrage mais parce que nous pensons qu'une destination extraordinaire va susciter chez nos élèves des dispositions extraordinaires. Nous n'avons pas non plus voulu imaginer un voyage où tout nous serait dû. Il fallait qu'à notre évasion corresponde un enracinement dans des préoccupations toutes quotidiennes, telles la recherche de ressources financières.

Une fois comprise cette évidence que la pratique de l'Autre est l'échange, nous nous sommes engagés dans cette entreprise collective de découverte en retenant les trois points suivants:

1) L'Autre et l'exotisme. En essayant de concevoir puis de réaliser un véritable voyage de découverte par opposition à une simple ballade touristique, nous voulons essayer de nous tenir à l'écart de l'exotisme. Nous voulons essayer d'éviter la réduction de l'Autre à ses caractéristiques stéréotypées, à sa réalité mythique. Ne pas attribuer plus de mythe à l'Autre qu'à nous-mêmes. Ne par recourir au mythe du péril jaune sans concevoir la possibilité d'un mythe inverse, celui du péril blanc par exemple (Loyse Klein). L'Autre doit nous apparaître comme étant une partie possible de nous-mêmes, non pas seulement une image, un miroir mais une partie de nous-mêmes jusque dans la différence. Chaque fois que l'Autre nous apparaît comme irrémédiablement différent, gageons que nous sommes probablement en train de nourrir des mythes, des préjugés à son égard. Le voyage doit servir à casser des mythes, à les remplacer par des faits (Philippe Nicod). Les mythes nous enferment en nous-mêmes, alors que la fin des mythes, le fameux "désenchantement" rationnel, nous révèle l'Autre, c'est-à-dire le monde. En nous prémunissons contre l'exotisme, nous tentons de nous prémunir contre une acceptation naïve du rêve, qui n'est bien souvent qu'une manière de se conforter dans ses propres certitudes.

2) L'Autre et la globalisation. Notre voyage est exactement un enfant de la globalisation. Il est actuellement possible, si l'on en croit les offres faramineuses des agences populaires de voyage, de se rendre huit jours en Chine pour le prix d'un voyage en Suisse. En fait, il est moins cher d'aller huit jours en Chine que huit jours dans l'Engadine3. Dans cette course au "tous partout", on peut se demander ce que devient l'Autre. Est-il augmenté avec l'augmentation des contacts ou au contraire annulé par l'inévitable uniformisation que ces voyages promeuvent? Est-ce que, à l'heure de cette globalisation-là, l'Engagine n'est pas, en effet, beaucoup plus loin, beaucoup plus étrangère et autre que les hôtels quatre étoiles des voyagistes populaires à Beijing? C'est justement parce que nous nous déplaçons loin que nous devons veiller à préserver notre envie de découverte contre l'action déformante du tourisme de masse. Dans notre cas, nous ne devons pas croire que, simplement parce que nous allons loin, nous allons découvrir quelque chose. La découverte de l'Autre ne peut commencer que dans la qualité de nos intentions, de nos choix.

3) Le choix de l'Autre. Choisir peut avoir une connotation positive, comme ci-dessus mais aussi une connotation négative comme dans ce troisième cas. Le terme utilisé pour définir notre démarche (l'Autre) implique que tous les Autres devraient faire l'affaire de notre curiosité, de notre soif d'ouverture. Or, ce n'est pas le cas. Dans notre cas, nous n'avons pas choisi d'aller à Taiwan, ni en Ouzbékistan, ni en Palestine mais au centre du centre, dans cette capitale célébrées par toute la littérature orientaliste et même récemment (1986) par une grande production de type hollywoodien (Le Dernier empereur). Dans ce cas-là, et si nous ne sommes pas vigilants de nos intentions, nous pourrions bien être en face d'un choix fait au mauvais sens du terme, c'est-à-dire pas un choix d'engagement mais un choix d'exclusion.

Voilà quelques questions que nous pouvons nous poser à propos de notre projet et sur lesquelles nous pourrions méditer, avant, pendant ou après notre voyage. La plupart d'entre nous voient ce voyage comme une démanche en plusieurs étapes de préparation, d'action et de comparaison (Jessica Pidoux, Gabriel Gomez, David Jordan).

Notre démarche n'est donc pas parfaite, nos mains ne sont pas tout à fait pures, et nous ne sommes pas tout à fait indemnes de naïveté. Mais nous pouvons nous en tenir, dans l'action, à cette habile mise ne garde : "Qui ne sait rien attend beaucoup et pour celui-là peu lui semblera déjà beaucoup" (Éric Laurent).

1 Cet article consigne et synthétise quelques réflexions émises par divers participants au "Projet Pékin" (cf. noms entre parenthèses).
2 Qu'est-ce-que le "Projet Pékin"? C'est un projet à la fois culturel et pratique destiné à mobiliser pendant trois ans les énergies, l'intelligence et l'enthousiasme de quelques élèves et de quelques professeurs du Gymnase du Bugnon. Les gymnasiens se rendront à Pékin en automne 1997.
3 Par exemple l'offre de CFF-Voyage + Kuoni + Coop: Pékin, 8 jours, 895.--!!, ou cet automne 1996, l'offre Imohlz pour 790.--.

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BIP OU LA QUESTION DU REPONDEUR
LL14 - Bip - Michel Herzen / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

"Allô, vous êtes bien au 6"33"77; nous sommes momentanément absents, et vous pouvez laisser un message après le bip sonore".

Je le connais, celui-là : il me répond la même chose depuis des semaines. Il me répond? Pas du tout! Au contraire: il me demande à moi de répondre à sa requête! Ça n'est pas un répondeur, mais un questionneur! "Appelez-moi, et mon répondeur vous questionnera!"

Notez qz'il y a pas mal de personnes qui téléphonent pour pouvoir parler. Là, l'automate est parfait: "Téléphonez-moi, et mon répondeur vous écoutera!"

L'ennui, c'est qu'ensuite il me faudra l'écouter, le répondeur.

Mais ne retournons pas le problème: si j'ai un message sur mon répondeur, c'est que quelqu'un a pensé à moi et ça, ça me fait plaisir. A moins que ce soit un appeleur automatique qui n'en veut qu'à mon répondeur...

L'autre jour, le téléphone sonne; je décroche, et voici ce que j'entends: "Allô. ici l'appeleur du Dr Dupuis, veuillez raccrocher et enclencher votre répondeur afin que je puisse lui laisser un message".

Et moi, là dedans?

Alors je l'ai rappelé, le Dr Dupuis, et voici quelle fut ma réponse: "Allô, ici le Dr Dupuis; mon répondeur étant momentanément hors service, c'est moi-même qui répond. Veuillez parler après le bip sonore".

Je lui ai dit ma façon de penser, à ce Dr Dupuis, surtout que c'est un psy! Mais après quelques minutes j'ai entendu: "Votre temps d'écoute est terminé, veuillez raccrocher".

Et je viens de recevoir sa facture pour téléconsultation.

J'ai bien failli le rappeler...

Si vous désirez de recevoir oralement le texte intégral de cet article, vous pouvez l'obtenir au No 156 xx xx (2,13 fr la mienne).

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LES ENFANTS, ICONES ET MARTYRS DE L'EFFROI COLLECTIF
LL14 - Les enfants - Chritophe Gallaz / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Le paradoxe est parfait, donc irréductible. Jamais l'industrie de la communication ne fut si florissante et jamais le langage lui-même ne fut si vide et si désert, la notion d'altérité si trompeuse et si globalement commercialisée sur les marchés de la politique et des médias, les comportements de solidarité si spéculatifs, les gestes de fraternité si distants de l'échange affectif et de ses tressaillements.

C'est pourquoi les enfants font aujourd'hui l'objet d'un écrasement général et subtil, méthodiquement efficace et méthodiquement camouflé. En apparence ils sont cajolés et comblés. Ils croulent sous des avalanches de jouets perfectionnés, s'égaillent dans les réseaux du jeu planétaire informatique, voyagent aux antipodes comme ils le veulent, prospèrent sous l'égide de services pédagogiques et sanitaires innombrables et se fortifient dans des eldorados prodigieux de vitamines, de sport et de littérature en format de poche.

En réalité les enfants sont détestés par les adultes, méprisés et volés à soi, en résultat d'une haine qui se déploie par degrés. Elle commence dans le vocabulaire, au gré duquel les adultes disent "avoir des enfants" et non pas "en faire être", ou "mon enfant me fait un rhume" et non pas "se fait un rhume". Elle se poursuit sur le mode symbolique, dans le domaine parlementaire, par exemple, où des conseillers nationaux suisses vont jusqu'à refuser la ratification de la convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant sous le prétexte qu'elle serait intolérablement transnationale.

Elle s'exalte enfin dans des actes et dans des faits, dans ces forfaits insensés de pédophiles tarés, dans ces collections de prostitués juvéniles qu'on viole sur cassettes, dans ces taux record d'enfants battus et dans cette jouissance inavouable de les transformer en extase de viande et de pleurs - ou bien, lorsqu'on habite aux États-Unis, dans ce réflexe petit-bourgeois de les muer en instruments de moralisation collective quand ils s'embrassent sur les bancs de l'école enfantine.

Si les enfants sont colonisés à ce point par les adultes, c'est que les adultes sont eux-mêmes plongés dans une terreur prodigieuse. C'est qu'ils peuvent faire des enfants leur moyen de soulagement suprême. C'est qu'ils peuvent en user comme d'un incomparable exutoire à leur désarroi. C'est qu'après avoir dévasté les terres et les mers du globe par incapacité de s'explorer eux-mêmes, ou nié l'Autre par incapacité de se supporter, ils peuvent dévaster les enfants par incapacité de savoir ce qu'ils vont devenir.

Tout cela peut être décrit. Le crime a lieu dans maints domaines, en d'innombrables processus. Puisque les adultes ne savent pas quelles compétences intellectuelles sont requises dans le champ mouvant des connaissances et de l'information, ils condamnent les enfants aux couloirs bétonnés d'une éducation normalisée. Puisqu'ils ne savent pas gérer la situation de schizophrénie où les précipite leur double condition de consommateur universel et de chômeur virtuel, ils les couvrent de biens matériels et les abandonnent simultanément aux abîmes de la solitude intime. Et puisqu'ils ne perçoivent pas quel est leur propre avenir, ils les nient comme incarnations de cet avenir.

Considérée sous cet angle, la haine des adultes envers les enfants révèle leur imperception du temps qui passe - et non seulement leur imperception de ce temps, mais encore son refus et sa dénégation. Elle révèle leur manque de foi dans l'idée d'un quelconque progrès, y compris spirituel. Elle révèle leur impuissance à rêver. Quand les sociétés sont incapables de parler à leurs enfants, c'est qu'elles ne supportent pas l'hypothèse de leur propre transformation. C'est qu'elles ne tolèrent que ce qu'elles sont, ou que ce qu'elles croient être. C'est qu'elles se sont pétrifiées sous les aspects du dynamisme et du mouvement.

Ainsi les adultes sont-ils aujourd'hui placés, à l'égard des enfants, sous le triple signe du kitsch, du mensonge et du détournement. Ils n'ont besoin d'eux que pour s'auto-injecter, grâce à leur voisinage, les notions de la jeunesse et de l'énergie. Ils n'ont besoin d'eux que pour imaginer leur propre destin. A l'instar de ces jurés qui récompensèrent une comédienne de quatre ans lors du dernier Festival de Venise, ils les font monter sur la scène de l'existence et leur imposent d'y jouer, au sens théâtral du mot, les précieux concepts de la mémoire ancienne, de la fraîcheur existentielle, de la spontanéité ludique, de la lumière et de l'espoir. Un trafic pur et simple. Le sordide est là.

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L'INTERNITE: LA GRANDE QUETE DE L'ALTERITE INTERPLANETAIRE ET VIRTUELLE
LL14 - L'internité - Michel Water / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

L'ouverture fascinante
Le monde fascinant dans lequel débouche la technique informatique actuelle nous donne le grand frisson : La fenêtre bleue (Blue Windows des Télécoms CH) donne sur Internet et ouvre la porte à tous les possibles, ouverture sur le monde de l'information multiple, plurielle et délocalisée.

Place est faite à la "communication globale" par ordinateurs interposés. Le "fait potentiel" de pouvoir rentrer en communication avec tout habitant du "village global" transforme fondamentalement notre perception du monde extérieur et de l'"AUTRE" par opposition au soi propre.

Avec les nouveaux moyens de communication, il n'y a plus de barrières d'âge ou de culture, tout un chacun devient frère ou soeur virtuel, d'un voisin peut-être vers qui il n'aurait jamais été dans la réalité de tous les jours.

La nouvelle perception de l'autre : une limitation physique
Ce monde fascinant qui s'ouvre à nous, nous pousse aussi à de multiples interrogations sur le plan des contacts entre le soi profond et 1' "AUTRE" qui se trouve au bout du câble.

La perception de 1'"AUTRE" est tout simplement filtrée ou mise à plat, faisant disparaître ainsi et comme par enchantement "le relief émotionnel" des contacts humains, alors que ce relief est une des composantes fondamentales de la dynamique des rapports humains et de la communication vraie.

Comment quantifier et réduire l'expression de l'émotion d'un individu en une suite d'informations élémentaires de ce type ! C'est la nouvelle quadrature du cercle du nouvel homme numérique ou numérisé.

La transmission des émotions fondamentales n'est pas encore à l'ordre du jour : même la transmission d'images vidéos (grande quantité d'infor–mations élémentaires) ne sont qu'une bien piètre simulation d'un véritable contact avec l'AUTRE.

  • La seule chose intransmissible par réseau câblé ou hertzienne est l'émotion vraie d'un individu

Multiplicité: Uniformisation, Perte de référence et Altération de la perception de l' "AUTRE"
La multiplicité des éléments, tamisés au travers des filtres précédemment décrits, d'aspect et de granularité plus ou moins semblables rend le processus de choix plus difficile pour l'esprit humain.

La référence vraie sur laquelle on puisse s'appuyer, tend à perdre sa clarté au détriment d'une multitude de références toutes relatives les unes aux autres.

Qui serait capable de gérer l'annuaire des dizaines de millions d'utilisateurs de l'Internet actuel ! Pourtant l'annuaire était une référence stable jusqu'ici.

L'ouverture décrite précédemment pourrait se réduire finalement à un domaine d'informations et de perceptions gérables pour un seul individu dans lequel 1'"AUTRE" n'interviendrait plus que par ses représentations numériques.

  • Le réseau a ses raisons que la raison ignore

Pour une nouvelle éthique.
Le réseau piège ou toile d'araignée mondiale pourrait bien resserrer ses mailles sur le "pauvre petit communicateur privé" privé lui-même de sa substance émotionnelle, tel un homme araignée des temps modernes prisonnier de la toile tissée dans le but, croit-il, de capter et de partager un rêve!

Mais cette toile a été tissée dans le but initial louable de partager les informations à caractère technique et scientifique sans centralisme excessif : il n' y qu'une paire d'année que celle-ci sert aussi à véhiculer les messages à type commerciaux et médiatiques.

Et avec la "Montée en charge" actuelle du réseau, il est de la responsabilité de chacun de participer à la mise en place d'une nouvelle éthique du réseau suivant ses propres croyances et convictions et ceci en dehors des strictes considérations à but commercial.

  • Le client est servi, et les serveurs sont rois, multiples et diffus
  • A lui de prendre en charge son destin et de devenir roi comme on prétend toujours qu'il l'est lui-même : mais n'est ce pas tout simplement l'histoire de la carotte et du bâton qui se manifeste sous une autre forme?

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LA RELATION DE FRATERNITE DANS LE MONDE LA L'ALTERITE
LL14 - Relation fraternité - Révérend Père Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Eric Bonvin m'avait demandé une profession de foi ou une position de thèse relativement à l'ALTÉRITÉ. Peut-être même m'avait-il simplement proposé d'écrire quelques lignes ou quelques pages, me laissant choisir la dimension et la forme de cette communication.

Aujourd'hui, après avoir réfléchi à loisir sur cette question, je puis tenter une première approche. Ma réponse s'alimente à deux sources qui, à force de se conjoindre dans le même bassin, finissent par ne plus se distinguer ni dans la pratique quotidienne de ma vie ni dans la pensée.

L'Occident, formé pendant des siècles de pensée chrétienne à l'école de St Augustin, à la pensée de St Anselme et à l'enseignement de St Thomas d'Aquin, absorbe, pour ainsi dire, la problématique de l'altérité dans la proclamation évangélique de l'amour d'un prochain universel. Parce que le prochain devenu universel est aimé de Dieu, il se trouve être engagé dans cet amour du Père, à l'imitation de Jésus, qui fait des hommes des frères.

En face de cette si claire profession de foi qui pour être morale, religieuse et mystique n'en est pas moins métaphysique, j'aimerais établir en toute sérénité, en parfaite sincérité une profession de foi (je ne dis pas une AUTRE profession de foi) qui me vient de la culture chinoise que j'ai pu acquérir et intégrer à ma conscience d'être.

Quand je me tourne vers cette tradition chinoise, je n'évoque pas une philosophie morale particulière à Mencius par exemple ou à Mozi ou même à Laozi. Allant plus loin, j'observe qu'un consensus s'est établi et dure encore pour se représenter un Au-delà de la société humaine. Cet Au-delà n'est pas considéré toujours comme une personne ou être suprême transpersonnel mais immanent au monde. Cependant Il existe très réellement; même s'il ne tombe pas sous le sens, il se comporte avec autant de puissance et de majesté, et bien plus encore, que le père auguste de tous les souverains.

J'espère qu'on me croira quand je prétends que les plus grands Chinois ont illuminé définitivement leur civilisation avec la force de la vitalité qu'on reconnaît à ce peuple immense, en raison de leur foi toute naturelle dans la beauté du Ciel, de la Terre et de l'homme. Ils ont su répondre à la question que nous nous posons: qu'est-ce au fond que l'ALTÉRITÉ? Transposé dans notre langue, le français, leur discours essentiel nous allons tenter de le résumer.

L'univers est fiable. Il nous enseigne ce qu'il est: la projection entre le Ciel et la Terre, (dont nous sommes issus), d'un médian, plein d'énergie vitale. Elle se répand, sans rien perdre de sa puissance, et donne vie à dix mille êtres, chacun selon son espèce. L'espèce humaine se trouve placée au-dessus de toutes les autres espèces animées. L'unité de l'univers se réalise dans une souveraineté dont l'homme est l'agent, même si, pour être, juste son agir se conforme naturellement aux propositions de vie du Ciel et aux formes correspondantes produites par la Terre. Le corps est la forme privilégiée pour l'agir individuel.

A ce compte les hommes sont frères en leur humanité. Le Ciel et la Terre sont nos ultimes géniteurs, immanents et transcendants à tous les êtres dont nous sommes issus. Les générations, parce qu'elles ont vécu, nous ont fait naître et vivre.

Je laisse à l'occasion d'un prochain échange d'apporter justifications, précisions et développements à ce que je viens de déclarer être ma conviction. Ma conviction est que l'ALTÉRITÉ est une fraternité dans l'être qui permet aux Dix mille êtres, dont nous sommes et qui nous accompagnent, de nous voir semblables malgré et grâce à toutes les différences qui nous font autres.

Qu'on y songe! Les frères et les soeurs dans la famille humaine sont des êtres semblables parce qu'ils sont issus des mêmes parents et différents parce que chacun est irréductible à l'autre. L'homme singulier dit NOUS et dit MOI. C'est le "Nous" qui réconcilie les "moi" entre eux, sans les anéantir dans l'impersonnalité, sans les confondre et leur faire perdre ainsi leur parfaite invidualité.

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LA CONDUITE DE LA VIE SELON LES CHINOIS OU: "PETITE STRATEGIE DE RETOUR AU REEL" - CONFERENCES ET SEMINAIRES
LL14 - Conduite de la vie - Claude Larre / © Fondation Ling, Lausanne, décembre 1996

Au terme de l'année 1996, à la suite des trois conférences suivies chacune d'une journée de travail pratique sur quelques thèmes propres à la philosophie chinoise, la Fondation Ling se réjouit de poursuivre ce travail de réflexion et de recherche en 1997 avec trois nouvelles conférences suivies chacune d'une journée d'expérimentation concrète.

Orienter notre conduite de la vie en nous inspirant de tous les "modèles" utiles est certes une sage intention. Le "modèle" chinois a-t-il un intérêt particulier dans le monde d'aujourd'hui? Et que représente-t-il au juste? Une idéologie aberrante (comme le pensent ce qui confondent politique et sagesse ancienne)? Une éthique d'une richesse insoupçonnée et à redécouvrir sans cesse? Un amas de vieilleries et de superstitions poussiéreuses? Un art d'être au monde inspiré d'une conception de l'univers à l'avant-garde de tous les logiciels contemporains? Voilà quelques questions auxquelles le Révérend Père Claude Larre, jésuite, sinologue de haute remommée, auteur de nombreuses publications, directeur de l'Institut Ricci à Paris, et parrain de la Fondation Ling, tente de répondre au fil de ces passionnante rencontres.

Après nous avoir éclairés, en 1996, sur la question des "souffles vitaux", de même que sur quelques aspects subtils de la relation thérapeutique, le Père Larre abordera, au cours de l'année 1997, d'abord la question de la communication humaine (verbale et non-verbale), en explorant notamment sa valeur affective et narrative, puis la question de l'influence agissant au sein de toute interaction humaine (notamment l'art de persuader autrui ou soi-même), et des stratégies d'action conscientes et inconscientes. De son côté, sa fidèle collaboratrice de l'Institut Ricci, Madame Elisabeth Rochat de la Vallée, sinologue et conférencière de notoriété internationale, auteur de multiples travaux, viendra enrichir cette approche progressive par une contribution personnelle sur la médecine chinoise traditionnelle (conférence suivie d'une journée de travail sous forme d'un séminaire).

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