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Fondation Ling
MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 16/octobre 1997

 

AIDE-TOI ET LE CIEL T'AIDERA
LL16 - Edito - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

PRESENTATION DE LA VIE ET DE LA PENSEE DU DOCTEUR BACH
LL16 - Bach - Mireille Rosselet / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

"VOUS M'AVEZ DIT HARMONIE??..."
OU, Y A-T'IL UNE PLACE POUR LA THERAPIE FLORALE DU DR BACH DANS UNE CONSULTATION MEDICALE?

LL16 - Thérapie florale - Simone Schlegel / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

DES MIGRANTS PROMOTEURS DE SANTE COMMUNAUTAIRE
LL16 - Des migrants - J-C Métraux / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

UN GROUPE SELF-HELP A LA FONDATION LING
LL16 - Groupe self-help - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

D'UNE ANIMATRICE DU GROUPE "SELF HELP" QUI S'EST FORMEE DANS LE CADRE DE LA FONDATION LING
LL16 - Une animatrice - Julia Roessier / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

LE TRAITEMENT ECOLOGIQUE DES PROBLEMES D'ALCOOL (V. HUDOLIN) ET LE MOUVEMENT DES CAT (CLUB ALCOOLIQUE EN TRAITEMENT)
LL16 - Problèmes d'alcool - Nicolas Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

DES PATIENTS PSYCHIQUES ET LEURS PROCHES S'ORGANISENT: LE GROUPE D'ACCUEIL ET D'ACTION PSYCHIATRIQUE (GRAAP)
LL16 - Graap - Madeleine Pont et Anne Spagnoli / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

SID'ACTION: L'ENTRAIDE COMME REMEDE
LL16 - Sid'action - Nathalie / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

ARSA: ASSOCIATION ROMANDE EN FAVEUR DES PERSONNES SOURDES-AVEUGLES*
LL16 - Arsa - Françoise Gay-Truffer / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

L'HUMANITAIRE?
LL16 - L'humanitaire - Jacques Pialoux / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

AUTOMEDICATION, SOUCI DE SOI ET SOLIDARITE
LL16 - Automédication - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, 1997

DO-IN : UNE SCIENCE ANCESTRALE AU SERVICE DE LA SANTE
LL16 - Do-in - Marie-Claire Essade / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

A PROPOS DE SELF-HELP
LL16 - A propos de self-help - Daniel Péclard / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

VOYAGE DE SAVOIRS: UNE IDEE ARABE DEVIENT UN TRAITMENT CHINOIS
LL16 - Voyage de savoirs - Bertrand Graz / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997


AIDE-TOI ET LE CIEL T'AIDERA
LL16 - Edito - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Aider quelqu'un c'est intervenir en sa faveur en joignant ses efforts aux siens, nous dit le Petit Robert. Je m'interroge en ce qui concerne mon travail quotidien, et forcément, j'acquiesce. Comme tout médecin, je suis conscient que le secours thérapeutique que je porte à quelqu'un n'est finalement que ce petit acte de "conjonction" : mes efforts unis aux siens. Je ne peux soigner efficacement quelqu'un sans son accord et sa coopération. Et ceci n'est pas vrai seulement pour le psychiatre. Le généraliste, l'interniste, le pédiatre, le gynécologue, l'infirmière, le physio-thérapeute, l'assistante sociale, l'éducateur, le guérisseur - et j'en passe - connaissent tous cette loi inéluctable. Même un chirurgien ne peut que co-opérer (avec) son patient. Même les molécules de synthèse mises au point par un pharmacologue restent impuissantes sans l'assentiment et la "participation" très particulière de l'organisme qui les absorbe. Un autre degré, plus subtil, de cette "grammaire du secours", est la façon dont chacun se vient en aide à lui-même. Assistance fournie à soi-même, collaboration entre soi et soi: étrange dialogue laissant entendre je ne sais quelle dissociation de l'être... Pourtant, chacun de nous connaît de façon intime et très personnelle ce genre d'expérience, et ceci dès les premiers jours de vie. Sinon, aucun apprentissage, nulle découverte, pas l'ombre d'un progrès à espérer. Ce double impératif, présent au coeur même de la vie, captive aujourd'hui au plus haut degré l'attention des soignants et des soignés de tous bords. Les anglo-saxons appellent ce courant le self-help (parfois traduit - de façon peu satisfaisante - par "autodétermination"). Par ailleurs, il ne s'agit pas seulement d'un phénomène observable dans le monde des soins. Nombre de réseaux récents de solidarité et de mise en valeur des ressources propres à l'individu ou à son environnement naturel en sont une vivante illustration en maints domaines (chômeurs, "nouveaux pauvres", SDF, etc.). Il allait de soi qu'un tel sujet ne pouvait laisser la Fondation Ling indifférente. Bien au contraire. Un groupe self-help sera créé par elle au cours du printemps prochain, ouvert à tous ceux et à toutes celles qui s'identifient à ce type de projet de vie - ou de philosophie de l'épreuve. En outre, le présent numéro de La Lettre a dédié son dossier thématique à ce sujet. Du reste, ces efforts ne sont pas nouveaux chez Ling: souvenez-vous du séminaire consacré aux "aspects révélateurs et constructifs de la maladie et du malheur", suivi d'une enquête auprès d'une trentaine de personnes, pour aboutir à la thèse de médecine de B. Piccard (membre du Conseil de Fondation Ling).

Ce numéro 16 regroupe donc quelques aspects diversifiés du self-help. Mireille Rosselet et Simone Schlegel nous montrent comment les fleurs de Bach sont un instrument souvent plus élégant et plus efficace qu'on ne croit pour venir en aide à ses proches ou à soi-même*. La prénommée Carmen nous illustre dans un texte bref et poétique la façon dont quelqu'un peut parfois porter secours à son "enfant intérieur" (mécanisme que les hypnothérapeutes appellent le "reparenting "). Jean-Claude Métraux, président d'Appartenances, nous brosse un panorama de l'expérience si riche de cette association en matière de self-help auprès de migrants promoteurs de santé communautaire. Julia Roessler, poétesse sourde-aveugle, étudiante en histoire des religions, nous donne l'exemple d'un parcours difficile et passionnant, en s'appuyant sur la métaphore du théâtre. Nicolas Bonvin, psychologue à Lugano, nous éclaire sur le traitement écologique des problèmes éthyliques par le biais des clubs alcooliques en traitement (CAT). La prénommée Nathalie, membre de Sid'action, met en exergue l'entraide comme remède, dans une maladie où la solitude et le désespoir ont peu de chance contre la solidarité et l'amour, alors que Madeleine Pont et Anne Spagnoli, du Groupe d'accueil et d'action psychiatrique (GRAAP) soulignent les bienfaits du même type d'action pour les maladies psychiques. De son côté, Françoise Gay-Truffer, présidente de l'Association romande en faveur des personnes sourdes-aveugles (ARSA), illustre la richesse de la réciprocité dans les relations avec les handicapés soi-disant "coupés de toute communication". Quant à Jacques Pialoux, il nous met en garde contre les pièges et l'hypocrisie de "l'humanitaire", en s'appuyant sur l'expérience de diverses associations, Acupuncture sans frontières, Aide Haïti ou la fondation Cornelius Celsus, dont l'objectif commun est d'assurer davantage l'autonomie des populations défavorisées plutôt que de les déresponsabiliser ou de les exploiter en arguant de leur détresse. Eric Bonvin (membre du Conseil) met en relief le mécanisme de l'automédication comme forme de souci de soi et de solidarité, chez le patient des temps modernes, personnage bien plus actif que naguère, "consommateur attentif qui se solidarise au sein de groupes d'entraide et de pression". Enfin, Marie-Claire Essade, avec le Do-In, Daniel Péclard, avec la médecine chinoise traditionnelle, ou Véronique Terrier avec le qigong, nous donnent d'autres exemples d'application de cette philosophie du "aide-toi et le Ciel t'aidera". Nous les remercions tous de la qualité de leur engagement et de leurs réflexions.

Pour enrichir ce numéro de La Lettre, nous avons le plaisir d'y publier en outre l'article original de Bertrand Graz, relatant ses passionnantes recherches et expériences à propos d'un voyage de savoirs, ou "comment une idée arabe devient un traitement chinois" (pour soigner le trachome). Enfin, un texte plein d'humour de Thierry Deonna nous donne un truc mnémotechnique pour se repérer dans les dynasties chinoises. Bonne lecture à tous, et "self-plaisir" à chacun et chacune!

*cours à la Fondation Ling sur ce même sujet (voir notre programme d'activités).

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PRESENTATION DE LA VIE ET DE LA PENSEE DU DOCTEUR BACH
LL16 - Bach - Mireille Rosselet / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

"La santé est notre héritage, notre droit. C'est l'union totale et profonde entre l'âme, l'esprit et le corps: et ce n'est pas un idéal hors de portée, difficile à réaliser, mais il est si naturel et accessible qu'il a échappé à beaucoup d'entre nous".

Edward Bach

Né le 24 septembre 1886 et décédé le 27 novembre 1936, le Dr Edward Bach a mené une vie dévouée à son idéal et tout entière régie par deux centres d'intérêt: "une compassion envahissante pour ceux qui souffrent, qu'ils soient hommes, oiseaux ou animaux terrestres, et l'amour de la nature, de ses arbres et de ses plantes" (d'après sa biographe et proche collaboratrice, Nora Weeks). A lire les différents témoignages qui nous en sont parvenus, il laisse l'impression de quelqu'un qui a su être totalement et parfaitement lui-même. C'était un original, qui n'écoutait que sa propre voix intérieure; parfaitement indifférent aux apparences, il lui est arrivé d'être pris pour un clochard par ses visiteurs... Hypersensible aux ondes émises par autrui, il lui arrivait de quitter brusquement des lieux publics parce qu'il avait été frappé comme par un boulet de canon par la proximité de quelqu'un de "trop dominant, trop plein de haine ou de ressentiment". Il pouvait aussi se montrer colérique, irritable et brutal dans ses manières, surtout avec les personnes qui venaient le voir par curiosité... Malgré des rapports houleux vers la fin de sa vie avec le Conseil National de l'Ordre des Médecins, le Dr Bach ne voulut jamais revenir sur ses convictions: "Je considère que c'est le devoir et le privilège de tout médecin d'enseigner aux malades et aux autres comment se guérir eux-mêmes", écrit-il par exemple en janvier 1936.

Edward Bach n'était pas un grand théoricien, il estimait que la vérité doit être quelque chose de simple, que tout le monde puisse mettre en pratique. "La vérité n'a nul besoin d'être analysée, discutée, ni noyée dans le verbiage. Nous la percevons en un éclair; c'est une part de nous-mêmes. C'est seulement à propos des choses superflues et complexes de l'existence qu'il nous faut être aussi convaincants, de celles qui ont conduit au développement de l'intellect. Les choses essentielles sont simples; ce sont celles qui nous font dire: "Mais c'est vrai, il me semble avoir toujours su cela." Tout son système de soins est conçu dans une telle visée de simplicité et d'accessibilité à tous.

Sa formation médicale fut classique; il débuta sa carrière en se spécialisant dans les domaines de la bactériologie et de l'immunologie, se passionnant tout particulièrement pour le rapport entre certaines maladies chroniques et la présence de germes spécifiques dans les intestins des malades. Cette première direction de ses recherches aboutit à la création des "nosodes de Bach", encore utilisées en médecine homéopathique de nos jours. Mais ses travaux vont prendre progressivement une orientation nouvelle. Vers 1928, le Dr Bach réalise qu'il est capable de diagnostiquer le traitement par nosode avec plus de succès en observant les traits de la personnalité du malade qu'en recourant à des examens cliniques, ce qui lui prouve qu'il y a indéniablement une connexion entre le tempérament d'une personne et les troubles physiques qu'elle présente. Il en vient à penser que l'ensemble de l'humanité pourrait être classé en un certain nombre de groupes ou types, à l'intérieur desquels les membres se ressembleraient de si près qu'il pourraient appartenir à la même famille. Les gens d'un même groupe allaient-ils souffrir des mêmes maladies? Pas du tout, mais quelle que soit la maladie qu'ils contracteraient, ils allaient réagir de la même manière, ou d'une façon très proche. Ce qui l'amènera à énoncer le principe que "c'est l'état d'esprit du malade qui nous guidera quant aux choix du ou des remèdes nécessaires."

En 1929, âgé de 43 ans, il quitte son cabinet et son laboratoire londoniens pour poursuivre dans la campagne anglaise sa quête de la "médecine véritable", qui sera à la fois simple, pure (c'est-à-dire non nocive, même en infime quantité) et totale (alias holistique). Il s'entoure de différents collaborateurs, crée un "Healing Centre" dans sa maison de Sotwell, au Pays de Galles, et publie dans la gazette homéopathique de son ancien hôpital les résultats des ses travaux sur les fleurs; d'abord les premiers "douze guérisseurs", avec les types qui leur correspondent, puis jusqu'aux 38 fleurs définitives. Il passe les derniers mois de sa vie à faire connaître sa méthode de soins.

Le Dr Bach était de santé fragile et travailla sans relâche pour arriver au bout de ses recherches, avec le sentiment que le temps lui était compté ("the inner urge at all time", avait-il coutume de dire). Il devait mourir en effet peu après avoir fêté ses cinquante ans. Tout entier axé sur la recherche, il a été peu prolifique en écrits. On ne dispose que de deux petits traités édités de son vivant et réunis sous le titre "La guérison par les fleurs". Il s'agit de "Guéris-toi toi-même" - qui expose sa philosophie - et de "Les Douzes guérisseurs et autres remèdes" - qui caractérise brièvement les propriétés des fleurs découvertes pour les mettre à la portée d'un large public. Le "Dr Edward Bach Healing Trust" a par la suite collecté et édité plusieurs articles et conférences aux titres caractéristiques comme "Libère-toi toi-même" ou "Vous souffrez de par vous-même". Cette dernière conférence est particulièrement intéressante en ce qu'elle s'adresse à des médecins homéopathes, un auditoire de choix pour Edward Bach, grand admirateur de Samuel Hahnemann. C'est à ces professionnels qu'il estime être le mieux à même de les comprendre, qu'il présente ses réflexions sur ce que pourraient être "l'hôpital du futur" et "le médecin de demain". Même si cette utopie est tributaire de son époque (nous sommes en 1931!), on ne peut résister au plaisir d'en faire le résumé.

Dans ces temps futurs, tout d'abord on entrera à l'hôpital comme on irait faire une retraite au monastère ou méditer dans un ashram, car l'hôpital sera devenu "un sanctuaire de paix, d'espoir et de joie". Il n'y aura plus ce terrifiant appareil d'aujourd'hui, pas de ces continuelles prises de pouls et de température qui dérangent le patient dans sa recherche intérieure et créent des peurs que "quelque chose pourrait mal aller". Il en va d'ailleurs de même pour les terribles noms grecs ou latins dont son affublées les maladies, "qui ne servent qu'à effrayer inutilement le malade"! Pas d'odeur d'antiseptiques et d'anesthésiants, pas de précipitation, pas de bruit. Toutes ces choses, en effet, éloignent "la véritable atmosphère de paix et de calme qui est nécessaire pour que le patient puisse oublier sa maladie, combattre pour la santé et corriger les fautes de sa nature". Le décor et l'ambiance auront une grande importance, car tout, autour du malade, doit être beau et élevé, pour qu'il soit amené à désirer vivre une vie plus en harmonie avec ce que lui dicte son âme. En résumé, selon une très belle comparaison, l'hôpital devrait être "la mère du malade", qui le prend dans ses bras, le réconforte et lui apporte le courage nécessaire pour surmonter ses difficultés.

Le médecin du futur, de son côté, sera "un agent du plan divin", qui aura réalisé qu'il ne possède par lui-même aucun pouvoir de guérir, mais a dédié sa vie au service de ses semblables (c'est le moment de rappeler que le Dr Bach n'acceptait aucun salaire pour ses traitements par les fleurs, vivant des bénéfices de l'édition de son petit livre). L'articulation fondamentale est ici qu'au lieu d'étudier la maladie, le soignant futur devrait bien plutôt se mettre à étudier la santé! Pour éclairer son propos, le Dr Bach donne quelques exemples intéressants, quoique datés, comme: "Il n'utilisera pas les rayons X pour examiner une articulation atteinte de rhumatisme, mais fera des investigations dans le psychisme du patient pour rechercher sa rigidité d'esprit". En ce qui concerne son pronostic, le médecin du futur l'établira sur la base de l'aptitude du patient à entrer en harmonie avec sa vie spirituelle. "Il devra être capable, d'après la vie et les antécédents du malade, de comprendre le conflit originel qui rompt l'harmonie entre corps et âme". Et pour être capable de conseiller le bon traitement, il se sera familiarisé avec tous les pouvoirs de guérison de la nature.

Edward Bach s'est montré particulièrement critique face à la médecine de son temps, qu'il considérait comme "en faillite", ne s'attachant "qu'aux symptômes, et non aux causes véritables de la maladie". "Pendant des siècles, la nature réelle de la maladie a été masquée par le matérialisme, ce qui a facilité l'étendue de ses ravages, puisqu'on ne la prenait pas à son origine". Selon lui, "la maladie est dans son essence le résultat d'un conflit entre l'âme et l'esprit et ne sera jamais extirpée sans un effort spirituel et mental". Découvrir la racine de ce conflit initial - situé la plupart du temps dans une erreur inconsciente du malade, et dont celui-ci n'a pas à se sentir coupable - sera le point décisif pour recouvrer la santé. Il y a donc, paradoxalement, une "chance" à saisir dans la maladie qui, si nous l'interprétons correctement, peut nous aider à mieux nous connaître nous-mêmes. En cas de problème de santé, en effet, notre façon spontanée de réagir et notre véritable vision du monde ressortent de façon plus nette et comme exacerbées par les événements.

Il est particulièrement intéressant de savoir qu'un approfondissement perceptible de la connaissance de soi va être le tout premier bénéfice que l'on retirera de la prise des élixirs floraux. Au fur et à mesure que nous travaillons sur nous-mêmes avec ces fleurs, nous avons la sensation d'affiner notre perception intime et de développer une plus fine sensibilité aux mouvements de notre être intérieur. Cette réceptivité accrue aux divers "symptômes prémonitoires" qui nous avertissent qu'un déséquilibre s'est produit en nous, peut jouer un rôle important en médecine préventive. Mais elle fait aussi des fleurs de Bach l'excellent complément des démarches psychothérapeutiques.

Le Dr Bach a défini la santé comme un état d'harmonie entre notre âme (terme qui correspond à ce que Jung nommait "le Soi") et notre personnalité (équivalant au "moi" jungien). "Tant que notre Ame et notre personnalité sont en harmonie, tout est joie et paix, bonheur et santé. Le conflit surgit quand notre personnalité s'écarte de la voie tracée par l'Ame, soit par l'entraînement de nos propres passions, soit par la persuasion des autres. Ce conflit est la cause profonde de la maladie et de l'insatisfaction". Les méprises essentielles qui aboutissent aux 38 états négatifs répertoriés par le Dr Bach relèvent ainsi de deux grandes familles de causes, interne et externe. Du point de vue interne, nous agissons comme si nous étions des êtres autonomes et isolés de la totalité du cosmos - alors que nous lui sommes intrinsèquement liés. Et du point de vue de notre relation aux autres, nous agissons le plus souvent sur le mode de l'ingérence, cherchant par tous les moyens à dominer autrui et à l'influencer. Réciproquement, nous nous laissons dévier de notre chemin de vie par la pression de nos proches, par celle de la société, ou même par de simples circonstances.

C'est à partir de ces deux genres d'erreurs que se développe la typologie des 38 sentiments négatifs, pour l'équilibration desquels le Dr Bach a sélectionné ses 38 extraits de plantes. Il existe également un 39ème élixir, constitué d'un mélange de cinq fleurs particulièrement adaptées aux chocs émotionnels, qui joue le rôle d'une sorte d'ambulance psychique et porte le nom de "Rescue". C'est souvent le mieux connu du public. Chacune de ces fleurs va permettre de rééquilibrer un problème spécifique (p. ex. le manque de confiance en soi), et nous aider à passer dans la vibration positive caractéristique de cet état (p. ex. la juste conscience de ses possibilités). En d'autres termes, à l'aide de ces fleurs, nous allons pouvoir découvrir la qualité qui forme en quelque sorte la "face cachée" de chaque difficulté que nous pouvons rencontrer. Loin donc d'être orientée sur le négatif, comme on pourrait le croire à première vue, la méthode des fleurs de Bach vise bien plutôt le positif, qu'il s'agit de développer et de fortifier en s'ouvrant à la guérison - plutôt qu'en luttant contre la maladie dans une attitude nuisible de crispation et de résistance.

Ce serait une voie de recherche intéressante que d'établir une corrélation entre les caractères que représentent chacune de ces fleurs et les archétypes dégagés par Jung et ses successeurs. Selon le Centre Bach, en effet, les 38 fleurs correspondent aux "états d'âme archétypiques de la nature humaine. Ces modèles de comportement généraux ne dépendent ni de l'âge, ni du sexe, ni de la race du sujet" (Mechthild Scheffer) - cela pour ceux qui pensent qu'il faudrait des fleurs suisses pour les Suisses, australiennes pour les Australiens, etc... De même, ce système de soins est intrinsèquement complet, et n'a pas à être amélioré ou étendu à de nouvelles essences.

Les fleurs sont répertoriées par des numéros correspondant à leur ordre alphabétique en anglais (qui demeure la langue de référence en thérapie Bach), mais on les étudie de préférence en les regroupant en 7 grandes familles d'émotions:

  1. Les peurs (5 fleurs). Développement négatif: l'orgueil / positif: l'humilité.
  2. Les incertitudes (ou indécisions, 6 fleurs). Développement négatif: l'instabilité / positif: la détermination.
  3. Les ignorances (ou désintérêts pour le présent, 7 fleurs). Développement négatif: l'inconscience /positif: la présence.
  4. Les solitudes (3 fleurs). Développement négatif: l'égoïsme / positif: l'ouverture aux autres.
  5. Les hypersensibilités aux influences (4 fleurs). Développement négatif: la haine / positif: l'amour.
  6. Les découragements (8 fleurs). Développement négatif: l'avidité / positif: l'espérance.
  7. Les soucis excessifs d'autrui (ou ingérences, 5 fleurs). Développement négatif: la cruauté / positif: le respect et la tolérance.

Même si les membres d'une même famille présentent une structure générale commune, leurs portraits psychologiques peuvent être extrêmement variés, et le découvrir n'est pas le moindre intérêt de cette méthode! Les trois solitudes, par exemple, concernent aussi bien le solitaire classique dans sa tour d'ivoire (water violet) que l'égocentrique qui a fait le vide autour de lui (heather) et se retrouve isolé contre son gré, ou l'impatient qui se retrouve seul à galoper en tête, laissant les autres loin derrière (impatiens).

Les fleurs choisies par le Dr Bach pour équilibrer ces différentes émotions sont à dessein celles de plantes tout à fait communes (un tiers provenant d'arbres), qui ne doivent être ni alimentaires ni toxiques. La folle avoine, par exemple, qui prospère sur nos talus, ne laisse pas deviner ses qualités de "plante de la vocation" à tout passant! Ce sont cependant des "végétaux d'ordre supérieur", qui ont intéressé le Dr Bach non pas pour leurs substances comme en phytothérapie, mais pour leur rayonnement et la qualité de leurs vibrations. Il est clair que les preuves scientifiques manquent encore pour expliquer cette action, mais même si le chimiste ne décèle dans un extrait floral que de l'eau et du brandy (servant ici d'agent de conservation), la satisfaction des patients reste pour le moment le meilleur témoignage de leur efficacité. Comme le disait déjà Martin Luther: "Ici-bas, il faut se contenter de commencer à grandir, car la perfection est d'un autre monde!" Mais je laisserai le mot de la fin à Edward Bach: "On ne résout pas ses problèmes en ce monde; mais après l'étude de son entourage et après mûre et paisible réflexion, on se prépare à recevoir la clarté qui vient de l'intérieur. (...) On cherche par l'intermédiaire des sens et de la pensée, mais la réponse vient de l'intérieur, de l'âme. C'est ainsi que les hirondelles ont appris à survoler l'océan."

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"VOUS M'AVEZ DIT HARMONIE??..."
OU, Y A-T'IL UNE PLACE POUR LA THERAPIE FLORALE DU DR BACH DANS UNE CONSULTATION MEDICALE?
LL16 - Thérapie florale - Simone Schlegel / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Lorsqu'on a, en tant que médecin généraliste, la chance de soigner des gens de tout âge et même souvent des familles entières, on est souvent confronté à ce que j'appellerai des problèmes psycho-socio-culturels, plus ou moins lourds, laissant les patients (et parfois leur médecin...) dans des états psychiques ou somatiques parfois préoccupants.

L'artillerie pharmaceutique, les diverses techniques de soutien psychologique, de thérapies, d'approches corporelles apporteraient certes beaucoup de réconfort à la jeune femme qui se plaint, par exemple, de gastrite de stress depuis qu'elle doit supporter sous son toit son inestimable belle-mère. Souvent, le résumé lapidaire du traitement d'une telle patiente sera, de guerre lasse, l'anxiolytique salvateur. Mais à qui l'administrer? A la patiente en voie d'ulcération? A la belle-mère déjà ulcérée de contempler le couple insensé que forment son fils et sa belle-fille? Au mari, patient potentiellement à risque, vu la quantité faramineuse de cigarettes, d'alcool et de caféine qu'il consomme pour arriver à faire face au stress chronique de son entourage féminin?... et le médecin (déjà sous traitement, le pôvre) y avez-vous pensé?

C'est dans ces situations-types que la thérapie florale du Dr Bach me semble révéler tout son intérêt. Sans négliger de soigner la gastrite, le médecin pourra, en prescrivant des fleurs de Bach, aider cette jeune femme à prendre distance par rapport au conflit, à savoir dire non, à ne pas asperger son mari de remarques acerbes mais à lui parler clairement de sa situation difficile, etc...

Serait-ce une sorte de découverte par fleurs interposées de la méta communication, du Soi et du Moi (bonjour les psychothérapeutes!) ou simplement de l'amour qu'il est permis d'avoir pour soi et pour les autres...? Quel effet pharmacologique est donc à la base de ce processus thérapeutique? La réponse n'est pas vraiment claire, d'autant plus que les preuves scientifiques manquent, si ce n'est une étude de chromatographie sur plaque mettant en évidence un rayonnement spécifique de ces plantes par rapport à d'autres (étude à rapprocher peut-être de celles qui sont en cours sur les plantes utilisées en médecine tibétaine).

Ayant expérimenté sur moi-même et sur ma famille l'effet bénéfique de ces remèdes, ceci grâce à l'enseignement subtil et plein d'humour de mon amie Mireille Rosselet, j'ai décidé d'en faire bénéficier mes patients, s'ils le désiraient. Il est intéressant d'examiner les résultats obtenus.

Depuis plus de 2 ans, j'ai pu répertorier 88 patients, échelonnés de l'âge de ...3 mois à 96 ans: 23% appartiennent à la catégorie de 0 à 10 ans, 11% de 10 à 20 ans, 42% de 20 à 50 ans, 11% de 50 à 70 ans et 13% dès 70 ans à plus.

Les diagnostics établis ont été les suivants:

a) Chez l'adulte

  • Etats anxieux non spécifiés (environ 23% des cas)
  • Etats dépressifs majeurs avec ou sans somatisation (7%)
  • Etats anxio-dépressifs légers (5%)
  • Troubles psychosomatiques (5%)
  • Agressivité, conflits conjugaux (5%)
  • Syndromes douloureux chroniques (5%)
  • Fatigue chronique et stress (4%)
  • Troubles liés à la grossesse et au post-partum (4%)
  • Dépression saisonnière (3%)
  • Troubles du sommeil (2%)
  • Anxiété généralisée (2%)
  • Troubles paniques (2%)
  • Boulimie (2%)
  • Cyclothymie (1%)
  • Alcoolisme chronique (1%)
  • Syndrome de stress post-traumatique (PTSD) (1%)

b) Chez l'enfant

  • Troubles oppositionnels (7%)
  • Hyperactivité (7%)
  • Introversion, timidité (5%)
  • Cauchemars nocturnes (4%)
  • Enurésie (2%)
  • PTSD (1%)
  • Troubles liés aux premières règles (1%)
  • Troubles de l'alimentation non spécifiés (1%)

Sur l'ensemble 24% des patients ont bénéficié d'une psychothérapie avec ou sans approche corporelle complémentaire.

Parmi ces patients 63% ont reconnu sans conteste l'effet bénéfique de la thérapie Bach, 16% ont vu leur état s'améliorer sans pouvoir distinguer si cela était dû uniquement aux fleurs (en raison par exemple d'une autre médication ou d'une thérapie complémentaire), 11% n'ont pas constaté d'effet, 10% n'ont pas encore rendu réponse.

Aucun enfant, ni adolescent n'a reçu de traitement médicamenteux complémentaire, ce qui est intéressant à relever vu qu'on n'aime pas trop en donner à cette classe d'âge.

Parmi les adultes, 5 patients ont bénéficié d'une thérapie médicamenteuse antidépressive actuelle, accompagnée ou non d'un anxiolytique, 12 patients ont pris des anxiolytiques de type benzodiazépine, 3 patients prenaient des neuroleptiques accompagnés ou non d'un anxiolytique. Sur ces 20 patients, 3 ont pu stopper rapidement leur médication complémentaire, 7 ont réduit de manière significative leurs doses d'anxiolytiques, 3 ont stoppé la thérapie florale et préféré le support médicamenteux.

Au delà de ces chiffres démonstratifs, je tiens à souligner ici le fait que cette thérapie n'a pas d'effets secondaires, qu'elle permet d'éviter dans beaucoup de situations un traitement médicamenteux, pouvant entraîner à la longue une dépendance, et qu'elle est peu coûteuse. De plus à travers "l'oeil floral" le patient arrive à observer ses propres points "négatifs" avec plus de complaisance (le médecin aussi!) et même à prévenir un passage difficile de l'année en s'auto-traitant dès l'apparition des premiers symptômes de stress (par exemple lors des fêtes de Noël, de la rentrée scolaire etc...).

J'aimerais aussi mentionner 2 cas d'état dépressif sévère, avec idéation suicidaire, et refusant toute médication classique, qui ont été améliorés de manière spectaculaire par la thérapie florale. L'un a guéri en 10 semaines, l'autre a vu les signes dépressifs disparaître dans le même laps de temps et est suivi encore actuellement pour traitement de la composante anxieuse.

Bien sûr ces résultats étonnants peuvent être mis en partie sur le compte de l'effet placebo (notre "médecin intérieur" comme le décrit E. Rossi), ou de l'habileté du praticien à manier la suggestion positive (en donnant au patient une carte décrivant les fleurs prescrites et leurs effets escomptés), mais, à mon avis, cette composante est comparable aux effets obtenus en prescrivant n'importe quel médicament, en pratique courante.

Bien que je puisse avancer encore d'autres chiffres (ce qui vaudrait au lecteur de se précipiter sur "Cherry plum" afin de ne pas exploser, et à moi-même d'avaler un plein bol de "Vervain" pour atténuer mon enthousiasme missionnaire!), je préfère m'abstenir.

Je tiens cependant (et de manière bien sûr subjective) à souligner mon étonnement face à l'effet de ces plantes. Comment expliquer que tel patient, particulièrement introverti et sans initiative, s'ouvre progressivement et prenne des décisions conséquentes, sans autre thérapie que celle d'un soutien normal de la part du thérapeute? Comment expliquer que cet enfant particulièrement impatient ou colérique se calme au bout de quelques semaines de traitement, ou que telle femme très éprouvée par une grossesse difficile, se remette après traitement par thérapie florale, et accouche...comme une fleur!

Pour autant qu'il accepte d'expérimenter la thérapie florale en premier lieu sur lui-même et qu'il prenne le temps nécessaire pour tenter cette approche particulière du patient, le médecin aura beaucoup d'avantages à l'ajouter à sa panoplie habituelle, et ses patients en bénéficieront sans aucun doute.

Il ne me reste plus qu'à adresser mes remerciements posthumes au Dr Bach qui nous a transmis ses découvertes, ainsi qu'à mon amie Mireille Rosselet, qui a un jour osé affronter une représentante de la science médicale pour lui enseigner quelques secrets de cette remarquable thérapie.

LES FLEURS DE BACH AU SECOURS DE QUELQUES
PERSONNAGES DE LA LITTERATURE UNIVERSELLE

Après avoir nourri le lecteur de théorie et de chiffres, nous ne saurions le laisser sans dessert final: la description du traitement envisageable de quelques personnages célèbres.

Les fans de Morris seront fort intéressés d'apprendre que les personnages de "Lucky Luke" pourraient bénéficier des fleurs de Bach:

- A Joe Dalton, nous prescrivons sans hésiter Holly (le houx) afin d'atténuer ses accès de colère et Impatiens (l'impatience) pour ce côté "qui veut tout, tout de suite. Jack et William, indissociables l'un de l'autre, auraient tout à gagner à prendre Cerato (le plumbago) pour retrouver leur propre intuition sans se mettre constamment sous la coupelle de leur petit frère ("oui Joe!") et Larch (le mélèze) pour trouver le courage de s'y opposer ("oui, Joe!"). Au sympathique Averell, un peu de Cherry Plum (le prunier blanc) pourrait peut-être contenir ses crises boulimiques et un soupçon de Chesnut Bud (le bourgeon de marronier) lui éviterait de commettre des erreurs grossières (manger la soupe et le bol) en lui permettant de retrouver sa concentration !

- Lucky Luke, trop parfait pour être vrai (...et toujours à vouloir trucider son ombre, c'est louche, ça!) s'extérioriserait mieux sous Agrimony (l'aigremoine) et sortirait probablement de son éternelle solitude ("I'm a poor lonesome...") grâce à Water Violet (la violette d'eau). Jolly Jumper (et oui! on traite aussi les animaux avec les fleurs de Bach) souffrirait sûrement moins de sa vocation parfois pesante grâce à Elm (l'orme) et serait moins énervé par un certain collègue canin avec Beech (le hêtre). Quant à Rantanplan, bien que Clématis (la clématite) pourrait l'aider à sortir de son éternelle rêverie, nous préférons le laisser sans traitement... il a l'air si heureux comme ça!

Le système représenté par la virginale Blanche Neige, sa féroce belle-mère et ses sept amis les nains, tirera lui aussi profit de la bienveillance de ces "joyeux compères du règne végétal", comme les appelait le Dr Bach, même si la régie Disney trouverait sans doute à se plaindre de cette atteinte à son fonds de commerce...

Blanche Neige: marquée du sceau de la blancheur immaculée, réagissant très négativement à tout ce qui entre en elle (le fatal morceau de pomme!) est la candidate idéale pour crab apple. La fleur du pommier sauvage tempérera également ses ardeurs ménagères et son côté "putzfrau". Cette jeune fille devrait sans doute apprendre à montrer les dents; sa soumission et sa gentillesse excessive bénéficieront d'un apport de centaury.

La Reine: axée sur son glorieux passé d'ex-miss univers et refusant d'accepter les changements dus au passage du temps, honeysuckle devrait l'aider à se réaligner sur le présent. La prise de holly pourrait l'aider à exprimer sa colère de façon plus saine, et vine à faire preuve de souplesse dans la poursuite de ses objectifs.

Grognon: le candidat tout trouvé pour holly, qui le libérera de son mécontentement, et débloquera sa capacité à aimer. Beech pourrait également modérer son côté critique.

Timide: le cocktail larch (confiance en soi) + mimulus (peur du jugement d'autrui) fera merveille dans ce cas.

Simplet: on peut suspecter le présence d'un traumatisme ayant bloqué à un stade précoce son accession au langage et ses capacités de maturation. Star of Bethleem pourrait débloquer la situation.

Dormeur: est sans doute un heureux rêveur de type clématis, fleur qui l'aidera à redescendre sur terre pour y concrétiser quelques projets. Par contre, si son état d'épuisement est dû à des carences et déficits physiques, sa fatigue chronique nécessitera l'appoint d'olive.

Prof: il y a une composante rock water dans son côté perfectionniste, mais il paraît surtout fort timide; mimulus + impatiens pourraient diminuer sa tendance à la confusion et au bégaiement.

Atchoum: les symtômes allergiques sont souvent notablement allégés par la prise de beech qui convient particulièrement bien aux tempéraments très réactifs.

Joyeux: son apparence de perpétuelle bonne humeur pourrait dissimuler une incapacité à avouer ses problèmes et à assumer les conflits de type agrimony.

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PRENOM CARMEN

Au moment où le funambule a trébuché, lorsque je me sens partir à la dérive, deux personnages surgissent en moi. Ceux que je préfère.

Mon idéal : flamboyante, volontaire, enjouée, chaleureuse, pleine d'assurance et de bien-être, et son bébé.

Celle qu'elle se doit de protéger en toutes circonstances, celle qui est terriblement seule, fragile, malheureuse, et qui a un énorme besoin d'être prise en charge, mais surtout de se sentir aimée.

La grande Carmen se penche alors vers la petite qui ressemble à ces minuscules poupées à la tête aussi grosse que le reste du corps, la soulève délicatement dans ses bras et, tendrement, la serre contre sa poitrine. Elle a enroulé ses bras lilliputiens autour de son cou, lui soutient la tête avec la paume de sa main. Elle tente de calmer son désespoir en l'enveloppant de sa chaleur, en lui chuchotant des mots doux et rassurants, tout en la berçant.

Une multitude de petites chandelles disposées un peu partout dans leurs petits pots de terre cuite éclairent la pièce. Une imperceptible odeur fruitée, de légers effluves d'encens embaument l'air; des coussins de différentes formes dans les tons ocre, grenat, aubergine, sont disposés ici et là. Cette ambiance a pour effet de la calmer peu à peu, de lui mettre un baume au coeur.

Carmen continue à la bercer tout en caressant ses longs cheveux ondulés. Elle lui murmure à l'oreille : "Ma chérie, aie confiance en toi, n'oublie jamais à quel point je t'aime".

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DES MIGRANTS PROMOTEURS DE SANTE COMMUNAUTAIRE
LL16 - Des migrants - J-C Métraux / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Le poème est en haut, et il peut
M'enseigner ce qu'il désire
Ouvrir la fenêtre par exemple
Gérer ma maison entre les légendes
Et il peut m'épouser. Un temps.
Et mon père est en bas
Il porte un olivier vieux de mille ans
Qui n'est ni d'Orient, ni d'Occident
Il se repose peut-être des conquérants
Se penche légèrement sur moi
Et me cueille des iris.

Mahmoud Darwich1

A Appartenances, nous concevons les divers espaces que nous avons créés comme des lieux de construction d'appartenances. Il peut bien sûr s'agir d'appartenances "privées" que les migrants qui nous visitent peuvent étayer dans leurs interactions sociales en dehors de nos locaux. Mais une telle construction n'est possible qu'à condition de ne pas se sentir dépouillé de toute appartenance. Par contre, si le migrant, comme beaucoup de réfugiés de l'ex-Yougoslavie et d'autres pays en guerre, a perdu tous ses points de repère, sociaux, professionnels, familiaux, politiques, nationaux ou s'est replié sur sa seule appartenance ethnique, la nécessité de construire de nouvelles appartenances ne peut être renvoyée à ceux que l'on a coutume d'appeler nos clients, nos élèves, ou simplement les "étrangers", c'est-à-dire les autres des assistants sociaux, des thérapeutes, des enseignants, des autochtones. Ceux-là vivraient une telle scission des tâches et des responsabilités comme une nouvelle preuve de leur irréductible altérité, et donc du caractère illusoire de toute recherche de nouvelles appartenances. La construction d'appartenances doit ainsi être bilatérale et impliquer tant nous-mêmes que les exclus que nous nous sommes fait tâche d'inclure. Nos différents espaces partagent cette même fondation: ils sont tous lieux de construction d'appartenances communes. Mais le projet intitulé "Prévention et promotion de la santé. Vers une meilleure qualité de vie des populations migrantes" est à cet égard exemplaire.

L'espace Prévention et promotion de la santé est un espace intermédiaire, une scène où les différents acteurs - professionnels et non-professionnels, migrants et suisses - cherchent ensemble à créer une dynamique de construction d'appartenances communes qu'ils insufflent ensuite dans leurs milieux respectifs. Les uns dans leurs institutions. Les autres dans leurs communautés exilées. Tous dans leurs lieux de vie. L'approche métho-dologique proposée - modèle communautaire-participatif - privilégie la participation active des usagers, le développement de leur capacité d'entraide et une prise en charge autonome de la santé par l'individu et le groupe. L'élaboration collective d'expériences individuelles, familiales et communautaires, tels la migration, les deuils et les traumatismes, en constitue l'axe fondamental. Chacun puise dans son vécu les ressources qui alimenteront la création de nouvelles appartenances et les retrouvailles avec de plus anciennes, provisoirement muettes dans l'espace clos de l'exclusion. Les puits d'expériences individuelles deviennent ainsi sources de connaissances partagées. La participation intégrale des professionnels à ce processus, quels que soient le nombre de leurs diplômes et l'étendue de leurs savoirs, brise la glace qui si souvent fossilise les relations entre assistants et assistés, soignants et soignés, enseignants et enseignés, et perpétue les marginalisations sociales. Le dégel peut ensuite s'étendre à leurs lieux de travail, aux institutions qui les emploient.

Actuellement l'espace Prévention et promotion de la santé a rempli son premier mandat : vingt-six multiplicateurs - psychologues, logopédistes, travailleurs sociaux, enseignants et infirmières -, travaillant tous dans des services publics de Suisse Romande, viennent d'achever, par équipes de deux ou trois, la formation de neuf groupes de promoteurs issus de diverses communautés étrangères - kosovare, bosniaque, croate, serbe, turque, portugaise, hispanophone, ruandaise, somalienne, zaïroise, vietnamienne, cambodgienne. Les membres de chacun d'entre eux partagent tous une ou plusieurs appartenances communes: être femme, venir du même pays, avoir la même langue ou bénéficier du même statut en regard de la Loi Fédérale sur les Étrangers. Ils ont d'ores et déjà commencé d'être actifs au sein de leurs communautés respectives. Certains visitent des familles à l'épreuve de pertes multiples ou confrontées à l'imminence d'un départ imposé par les autorités locales, d'autres ont lancé diverses initiatives en voie de réalisation: créer une école pour les enfants bosniaques, aider les parents dont les enfants subissent des échecs scolaires successifs, animer un groupe d'adolescents africains en quête de liens avec leurs familles et villages d'origine. Le terme de promoteur, "néologisme" transculturel, témoigne des racines latino-américaines du programme: ainsi sont nommés, sur le continent de Simon Bolivar, les acteurs de l'Éducation Populaire inspirée par l'oeuvre pionnière de Paolo Freire. En effet, et ce n'est probablement pas la moindre originalité de ce programme, celui-ci est en quelque sorte issu d'un transfert de connaissances du Sud au Nord: entre 1988 et 1992, j'avais, avec ma collègue Isabel Eiriz qui participe également au projet d'Appartenances , collaboré à un projet similaire au Nicaragua, alors dédié aux communautés affectées par la guerre.

Le 16 mars 1996, nous avons organisé une rencontre entre tous les participants. Je laisserai à un journaliste, présent ce jour-là, le soin de la décrire2: "Une soixantaine d'adultes entourés de grappes d'enfants font cercle autour d'une mosaïque formée de dizaines de petits carrés coloriés en linoléum. Sur chacun des carrés, il y a un texte ou un dessin. Ils ont été préparés en petits groupes, puis assemblés. La mosaïque, c'est la restitution (du travail de l'ensemble des participants). (...) (Chaque promoteur et chaque multiplicateur) a réalisé un carré de lino qui résume ce qu'il a appris, seul et collectivement, au cours de ces deux ans, pour faire connaître aux autres le chemin parcouru. Chacun des groupes a son porte-parole qui, dans sa langue, puis en français, traduit la signification des carrés. On découvre de cette façon l'extraordinaire musicalité des langues. Outre celle de Voltaire, on entend du serbo-croate, du turc, de l'albanais, du somalien, du portugais, de l'espagnol, du lingala, autant de parlers pour autant de provenances. Quant aux acquisitions, il n'est question que d'apprentissage à une parole libre, à la révélation de soi-même et à la découverte des autres, d'enrichissement mutuel par toutes ces cultures des quatre coins du monde, d'entraide dans l'exil, de différences devenant convergences et solidarités, de larmes et de rires partagés. Bref, comme le disait un Bosniaque "le vieux pont de Mostar est détruit, mais nous en avons reconstruit un autre, entre nous tous"." Plus tard dans la journée, cette métaphore prendra tout son sens: au moment de prendre congé, un promoteur serbe, une promotrice croate et plusieurs promoteurs musulmans bosniaques, les larmes aux yeux pour certains, se serrèrent chaleureusement la main, échangèrent leurs adresses et se promirent de futures visites. Les appartenances communes avaient noyé la différence ethnique.

En automne 1996, ce projet a reçu le 1er Prix du Dixième Prix Francophone d'Education pour la Santé. Une éducation pour la santé en amont de la prévention de pathologies spécifiques. Une éducation pour la santé qui intègre dans cette dernière ses dimensions sociales et pédagogiques. Une éducation pour la santé où l'ordinaire relation hiérarchique entre enseignants et enseignés est renversée. Evidemment un tel modèle serait aussi adapté pour une promotion globale de la santé auprès d'autres populations guettées par le spectre de l'exclusion: les chômeurs, les vieux, les personnes malades, en fin de vie ou "sans domicile fixe".

* J.-C Métraux, pédopsychiatre, président de l'association Appartenances, Rue des Terreaux 10, CP 54, 1000 Lausanne 9.

1 M. Darwich, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude, Paris, Actes Sud, 1996.
2 B. Clément, Le Courrier , Genève, 19 mars 1996.

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UN GROUPE SELF-HELP A LA FONDATION LING
LL16 - Groupe self-help - Gérard Salem / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Dans la foulée du séminaire intitulé Aspects révélateurs et constructifs de la maladie et du malheur (qui a donné lieu à une enquête et à une thèse de médecine), la Fondation Ling a décidé de mettre sur pied un groupe de self-help dès le printemps prochain.

Dans cette perspective se réunissent régulièrement, depuis quelques temps, diverses personnes chargées de mettre au point le concept et le fonctionnement d'un tel groupe. Celui-ci sera ouvert gratuitement à toute personne confrontée à l'expérience du malheur, de la maladie, du deuil, de l'épreuve sous toutes ses formes, et désireuse de dépasser les aspects destructeurs de cette expérience pour en tirer l'apprentissage utile, dans une optique non pas bêtement optimiste et hypocrite, mais confiante, solidaire et positive. L'idée est de favoriser ce type d'attitude chez les plus démunis, dans une mentalité de respect, d'estime mutuelle et de partage, plutôt que de jérémiades en cascade.

Les membres de la Fondation Ling seront prochainement informés des travaux de préparation du comité d'animation de ce futur groupe self-help. Mais d'ores et déjà, toute idée ou suggestion pertinente, comme toute proposition de soutien technique ou financier, seront les bienvenues. Il suffit d'écrire à la Fondation Ling en mentionnant sur l'enveloppe, outre l'adresse habituelle, la rubrique "groupe self-help".

Les donations destinées à soutenir cet effort peuvent être versées au compte bancaire habituel de la Fondation Ling [BCV-Lausanne : C. 211.173.4 (767), Ling, groupe self-help].

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D'UNE ANIMATRICE DU GROUPE "SELF HELP" QUI S'EST FORMEE DANS LE CADRE DE LA FONDATION LING
LL16 - Une animatrice - Julia Roessier / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Avant-propos
En tant que jeune femme, maintenant assez gravement handicapée, il m'a été proposé de participer à l'animation du groupe "self help" qui est né au sein de la Fondation Ling.

Jusqu'à l'âge de huit ans, je voyais et entendais normalement. A partir de cet âge, s'est amorcée une lente dégénérescence qui m'a conduit au seuil de la cécité et de la surdité.

De nombreuses crises durent (et devront certainement encore, j'en suis sûre) être surmontées et intégrées. Car, le milieu dans lequel j'ai grandi m'a toujours transmis une forte volonté de progrès, d'exploit et de réussite. Je me suis donc continuellement battue pour vaincre les obstacles, et progres-sivement investir et mettre en lien ce qui s'offrait à moi. Mais plus j'avançais, plus je me rendais compte de la nécessité croissante d'un appui. Car, le danger qui hante tout être humain me menaçait alors de manière toujours plus évidente : à force de cultiver ce qui était peut-être l'impossible, je risquais en occultant entièrement une partie de moi-même de me dédoubler.

Nous connaissons toutes sortes de thérapies destinées à soutenir l'individu en détresse. Il y en a cependant une que nous ne classons généralement pas sous cette dénomination, et dont je voudrais vous parler ici.

Le Monde du Théâtre et de l'Acteur
Le comédien est certes temporairement, mais volontairement un autre individu que lui, puisque ce dernier est un personnage fictif. Néanmoins, avant que le personnage s'anime, il faut, d'une certaine manière, faire le deuil de soi-même. Il faut tout d'abord prendre conscience des points, où l'énergie s'agglomère en notre corps, pour tenter tout en la répandant, de se détendre. C'est ici que le flux originel et moteur nous vient en aide : le souffle se déplie, s'enfle, se rétracte. Notre corps est son terreau. Notre visage est sa flore. Notre voix arpente, séduit, décèle celle de l'autre. Souvent, nous avons l'impression d'avoir commis une erreur inexorable et qu'il est trop tard. Mais comme l'année égrène ses saisons nous surprend toujours à nouveau, dans ce chemin pénible, combien ne connaîtrons-nous pas de morts et de renaissances ! Bientôt, en marchant, même si une mort se rapproche, nous sommes si sûrs de la révélation consécutive qu'elle engendre, que même si nous devions indéfiniment l'attendre, cela nous paraît chose supportable.

Ainsi se profile, se dresse lentement le personnage. Ses lèvres frémissent, ses yeux s'enflamment, ses traits pâlissent, ses membres s'enracinent et germent comme son bassin puise l'ivresse d'un sourire ou d'un soupir.

La parole n'a été qu'un simple support qui emplit maintenant le delta de la gorge, se déverse dans l'embouchure de la mâchoire. Enfin, nous annonçons, contraignons l'aube de la première représentation. Mais ce fut un printemps précoce. Les plages de l'âme s'attardent souvent sous les brumes matinales. Comme toute mort et toute renaissance, le ciel translucide d'une brise nous est offert par surprise. Le vagissement de l'astre embryonnaire pénètre l'aurore. Peu à peu, l'avide candeur du nourrisson maîtrise l'hémorragie. Son pouls calme et ferme le maintient, l'implante. Dans l'intolérable injustice, il recueille ou brise la convulsion de ses anches. L'air s'infiltre ou l'envahit par crues battantes...

Ce chemin est sans retour. A la chute du rideau, l'effondrement de la scène ne nous repose que sur le champ labouré où déjà croît la semence : dédale quotidien de notre impuissance.

Ce nouveau jeu démasque la tyrannie du réel, et lui propose de nouveaux accords: simple symphonie de l'être en vie.

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LE TRAITEMENT ECOLOGIQUE DES PROBLEMES D'ALCOOL (V. HUDOLIN) ET LE MOUVEMENT DES CAT (CLUB ALCOOLIQUE EN TRAITEMENT)
LL16 - Problèmes d'alcool - Nicolas Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Au Tessin, comme ailleurs en Suisse, on aime être en compagnie, pour rire et se divertir, et "trinquer" en entrechoquant les "boccalini" est profondément lié à ces moments chaleureux de fête, de joie et de solidarité.

Pourtant, le principe de trinquer avec des verres remplis d'alcool seulement symbolise aussi un type d'exclusion du droit à la fête qu'une partie de la population ressent, à des degrés divers : les enfants, les femmes enceintes, ceux qui prennent certains médicaments, et... surtout les "alcooliques", qui sont plus ou moins gentiment écartés s'ils ont trop bu, ou sincèrement plaints s'ils renoncent à boire, même une petite goutte.

Certes, il est culturellement acquis qu'une personne qui se comporte visiblement et régulièrement sous une importante emprise d'alcool doit se faire soigner. Il y a les médecins; il existe des médicaments, des services d'alcoologie, la Croix-Bleue, les AA, une montagne de littérature à ce sujet... (mais des résultats thérapeutiques en vérité plutôt décevants !).

La conquête du statut de malade pour les personnes alcooliques a constitué historiquement un indéniable progrès du point de vue de la solidarité sociale envers les personnes dépendantes, et il serait catastrophique de revenir en arrière. Le mouvement des CAT, en épousant la vision selon laquelle le dysfonctionnement a primordialement son origine dans le style de vie de la communauté (famille, lieu de travail, amitié) dans laquelle vit l'alcoolique, renvoie la responsabilité de la prise en charge de la "maladie" aux patients "communautés", et ainsi l'auteur et le sujet du changement ne concernent plus seulement le patient mais aussi la société à tous les niveaux.

Les CAT, de par leur implantation et rayonnement dans le coeur des communautés, en deviennent naturellement un des fers de lance pour la diffusion de comportements et concepts culturels alternatifs en relation avec les habitudes sociales de consommation d'alcool et d'attitude envers ceux qui renoncent à boire.

Les CAT sont composés de personnes rencontrant des problèmes en relation directe avec leur consommation d'alcool, ou en relation indirecte (parents, fils, même enfants, partenaires ou amis de personnes dépendantes) : idéalement, c'est toute la famille qui participe aux réunions hebdomadaires de nonante minutes. Les CAT sont indépendants des services publics (même financièrement), mais recherchent une collaboration harmonieuse et synergique avec ceux-ci.

Il n'y a que peu de règles : on commence et finit à l'heure, on ne fume pas durant la séance, on parle de soi (première personne), on exprime ce qu'on ressent (émotion) sur le moment, on maintient le secret des informations (qui a dit quoi) envers les personnes non membres.

Tous les membres ont les mêmes droits et responsabilités (qu'ils soient alcooliques ou non) : conduction (à tour de rôle) des réunions, présidence (représentation du club à l'extérieur), trésorerie (gestion des cotisations), patronage de personnes seules ou de familles en difficulté, etc.

L'"opérateur" n'est pas un membre du club (c'est souvent un membre d'un autre CAT), mais il offre (gratuitement) ses services au CAT pour s'assurer de la bonne qualité, de la bonne circulation et de la distribution des communications : il intervient le moins possible; s'il le fait, c'est principalement auprès du "conducteur" du jour, pour suggérer une intervention possible lors de difficultés mal gérées par lui.

L'"opérateur" a suivi une formation minimale en alcoologie. Il peut être une personne volontaire ou un "professionnel" du service d'alcoologie, "prêté" par le service pour remplir ce rôle.

Un système mensuel des "opérateurs" des CAT d'une même région, des possibilités de formation complémentaire, des réunions interclubs, des structures régionales et nationales, la possibilité de s'abonner à une revue mensuelle, des colloques sur les ajournements continuels de la "doctrine" aux niveaux national et international, permettent de maintenir une certaine ligne commune et le transfert des expériences et innovations, et de créer des synergies.

(Le mouvement a été fondé par le Prof. Hudolin, s'est fortement développé en Italie du Nord - partie du pays où l'on consomme le plus d'alcool - et surtout dans les communautés de petite et moyenne importances, plus de deux mille CAT.)

Pour les familles des CAT, la formation continue en alcoologie est assurée par l'entremise des "écoles territoriales", dont les animateurs sont en général des consultants des services d'alcoologie.

Pour illustrer comment un tel mouvement peut harmonieusement s'intégrer dans une politique de prise en charge territoriale par l'entremise d'un service public, je vous décris ci-dessous comment se structure, schématiquement et sommairement simplifiée, mon activité de consultant psychologue au STCA (Servizio ticinese di cura del alcolismo), pour la région de Lugano:

Pour plus d'informations et de références bibliographiques, n'hésitez pas à me joindre par téléphone au numéro (091) 923.92.83.

Buts Moyens
motivation à la sobriété ou contenance et "restructuration des avantages secondaires" entretiens de famille, de couple et/ou individuels
enseignement de techniques cognitivo-comportementales pour prévenir les rechutes conduction de groupes enseignant des techniques de contrôle des impulsions à boire, la gestion des émotions, des techniques de communication et de motivation (deux à quatre heures par semaine)
enseignement des connaissances en alcoologie animation des "écoles territoriales" pour familles des CAT et tout public (deux heures par mois)
support émotionnel des familles et des personnes dépendantes - insertion dans les groupes d'auto-entraide (AA ou CAT)

- opérateur d'un CAT ( deux heures par semaine)

- participation aux groupes d'auto-supervision des opérateurs CAT (deux heures par mois)

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DES PATIENTS PSYCHIQUES ET LEURS PROCHES S'ORGANISENT: LE GROUPE D'ACCUEIL ET D'ACTION PSYCHIATRIQUE (GRAAP)
LL16 - Graap - Madeleine Pont et Anne Spagnoli / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Le GRAAP est-il une association de type self-help? En fait, nous sommes un groupe mixte, et ce, à plusieurs titres: créée par une assistante sociale, notre association accueille dans un fonctionnement horizontal, proches, patients et professionnels de l'action sociale, certains de nos membres cumulant les trois statuts.

Mixte aussi dans le sens qu'elle offre des prestations diverses: partage et échange, dans le cadre de ses groupes d'entraide; de travail protégé, telles que son restaurant Au Grain de Sel, A la Chotte, Le P'tit Magasin, le Brico service et d'autres ateliers encore. On note aussi les prestations d'animations socio-culturelles, par exemple son action La Borde du Futur, sportives, Patrouille des sentiers, foot, Mardi ça marche, des éditions, Le Tout Comme Vous, entre autres publications et son service social avec les consultations, Le Réseau de l'Amitié et l'Oreille de Nuit. Cette énumération n'est pas exhaustive.

Le GRAAP est une association selon les articles 60 et ss du Code Civil. Notre comité est composé de 9 personnes, soit 8 personnes au bénéfice d'une rente AI en raison de troubles psychiques et une proche. Il se réunit une fois par mois.

Notre équipe compte une vingtaine de salariés dont la plupart sont des patients ou proches de personnes souffrant de problèmes psychiques.

Les activités du GRAAP sont décidées et organisées dans un esprit de cogestion et de solidarité selon la démarche suivante: lorsqu'un besoin se fait sentir, on fait l'inventaire des ressources internes à l'association et on imagine une solution possible. Celle-ci est discutée dans les différents groupes du GRAAP avant d'être examinée par le comité. Si le projet est accepté, on le réalise à titre d'essai à un niveau interne et modeste, avant de passer, s'il y a lieu, à un stade plus officiel, public et ouvert à tous.

Voici deux exemples pour illustrer cette démarche.

Il y a cinq ans, lors de l'une de nos séances de comité, on relève que depuis quelque temps on n'a plus vu Pierre X, ni Jacques Y et Jean Z. d'ailleurs... Ils n'ont peut être simplement plus envie de venir au GRAAP? Mais si leur absence était due au fait qu'ils ne vont pas bien, en voie de rechute? L'assistante sociale ne devrait-elle pas les trouver? Mais le service social est déjà débordé, et les absents n'ont rien demandé... Pourquoi un autre membre du GRAAP n'irait-il pas leur rendre visite? Mais un patient peut-il vraiment venir en aide à un autre patient? Cette discussion débouche sur une réponse positive. Des personnes intéressées se réunissent aussitôt, et sous la supervision de l'assistante sociale, mettent sur pied un réseau de visites à domicile. Actuellement, Le Réseau de l'Amitié est formé de 8 aides sociaux qui ont effectué près de 1500 visites l'an dernier auprès d'une bonne centaine de personnes.

Autre exemple: en 1991, plusieurs proches de patients psychiques qui participaient aux activités du GRAAP ont demandé qu'on aborde leurs problèmes spécifiques. Une assemblée très animée sur ce thème a débouché sur la décision d'organiser un prochain Congrès, et en mars 92 un Congrès intitulé Vivre avec, les proches des patients psychiques ont aussi la parole a à son tour donné le coup d'envoi à la création d'un groupe de proches qui se réunit depuis lors tous les mois.

Ce genre de dynamique permet aux personnes ayant des troubles psychiques et à leurs proches de développer le sens de responsabilité individuelle et sociale, de se sentir utiles, de prendre confiance en leurs compétences tout en élargissant leur réseau social. En participant aux activités du GRAAP, les patients peuvent sortir de leur rôle d'objet de soins, d'assistance et de tutelle pour devenir acteurs sociaux.

Notre secrétariat tient à votre disposition un dossier d'information sur le GRAAP: 021 647 16 00. Par ailleurs, vous lirez notre présentation sur internet à l'adresse: http://www.graap.ch

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SID'ACTION: L'ENTRAIDE COMME REMEDE
LL16 - Sid'action - Nathalie / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

L'association Sid'action a été créée en avril1990 sous l'impulsion d'Elham B., jeune étudiante malade du sida. Elle a pour premier but d'informer, orienter, accompagner les personnes porteuses du virus VIH et leurs proches. L'essence de ses valeurs est la solidarité.

Pour mieux comprendre la raison d'être et les buts de Sid'action, il faut se souvenir qu'à la fin des années 80, le sida était un nouveau syndrome. Si beaucoup de moyens étaient déjà mis en oeuvre pour la prévention, une personne s'apprenant séropositive ne trouvait pas des structures pouvant répondre à tous ses besoins, la plupart des services existants étant peu familiers des problèmes inhérents au VIH/sida. Bien qu'aujourd'hui, par la force des choses, un grand chemin a été fait dans ce domaine, la souffrance morale d'une personne contaminée demeure évidemment immense. A cela s'ajoutent des problèmes plus pratiques (administratifs notamment) que nous nous efforçons aussi de résoudre.

En mai 1990, à l'occasion d'une conférence internationale des personnes vivant avec, Elham prononça un discours retentissant:

"Le sida est une maladie comme une autre. Or, n'importe quelle maladie peut être combattue, donc on peut combattre le sida (...) Le sida est un défi que nous devons relever, un combat que nous allons gagner. C'est une question de temps. N'oubliez pas que nous avons trois armes puissantes, très puissantes: c'est la solidarité, c'est l'amour et c'est l'union."

Deux ans plus tard, Sylvano, notre second président, souleva pour la première fois une question toujours cruciale: "Les gens viennent toujours tard à Sid'action, lorsqu'ils sont malades. Pourquoi cette peur?"

C'est que les personnes séropositives, victimes d'un phénomène de rejet, en viennent à se marginaliser elles-mêmes. Elles se cachent de peur d'être exclues; nous aurons toujours à nous accommoder de ce paradoxe. A tous points de vue, le sida est encore loin d'être "une maladie comme une autre".

Sid'action aujourd'hui, c'est 355 membres, dont un bon nombre de bénévoles actifs. Certains ont été rendus sensibles au problème par la découverte de la séropositivité d'un proche, d'autres par la presse ou par hasard - peu importe. Sid'action, c'est un espace de tolérance, d'enjambement des différences.

L'entraide, c'est d'abord la force de toutes ces personnes qui ont pour seul point commun de partager le même idéal. La société exclut encore, certes, mais il y a ce courant diamétralement opposé. Voilà une réponse à la misère sociale, voilà l'amour fraternel dans un monde de bêtise.

C'est le seul traitement contre le sida social. Sans lui l'angoisse ne serait pas vivable.

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ARSA: ASSOCIATION ROMANDE EN FAVEUR DES PERSONNES SOURDES-AVEUGLES*
LL16 - Arsa - Françoise Gay-Truffer / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Lorsque la douleur arrive, elle se penche, repliée sur elle-même. Son visage se crispe. Parfois un son sourd s'échappe de ses lèvres. Le temps soudain se fige. Quelle est cette douleur, une crampe, une grimace, un isolement total? J'oublie de vous dire, sa douleur, elle ne peut l'exprimer que par son corps et l'expliquer qu'en langage des signes. La communication se passe à trente centimètres de ses yeux, au-delà, le monde s'estompe. Au-delà, c'est l'inconnu. Sourde et presque aveugle, sans l'écouter, l'observer et communiquer avec elle, on ne fait que tourner la clef de la prison, de son isolement.

Je m'approche doucement et lui mets mes mains tout près de son visage. Je compte avec mes doigts : un, deux, trois..., à chaque doigt qui se déploie , aussitôt, elle souffle. Elle souffle lentement, consciencieusement; puis, elle me fait signe que c'est passé. Nous reprenons là, le moment où nous l'avions laissé. La douleur a passé dans toute sa violence et elle, comme si rien ne s'était passé, reprend ses activités.

Parfois je lui demande si elle a eu très mal. J'essaie de comprendre quelle est l'intensité de cette douleur. Elle ne peut m'expliquer la douleur dans son degré d'intensité. Elle exprime qu'elle n'en veut plus, qu'elle déteste cette douleur, mais que maintenant ça va.

Je pense que le dixième de ses douleurs à elle, me ferait défaillir.

Instinctivement, elle trouve des moyens pour lutter contre sa douleur: le repli, la prostration et la concentration. De l'accompagner dans ces moments l'aide dans le processus de gestion de cette souffrance physique intense et lui donne l'occasion de s'exprimer sur cette douleur. On essaie ensemble d'y mettre des images, de localiser, de lui donner un degré, une durée.

" Je n'ai confiance qu'en moi-même". Lorsque l'on est travailleur social avec un grand S et que l'un de vos "clients" vous dit cela, la première réaction est la culpabilité et les questions sur comment on aurait dû faire... Mais après discussions et réflexions avec l'auteur de cette affirmation, je comprends mieux cette petite phrase. C'est par ces mots que l'auteur confirme:

"A un certain moment, on se retrouve inexorablement seul face à soi-même. C'est là qu'il faut lutter et croire très fort en soi. Même si on m'aide au mieux, même si tout a été prévu pour que tout aille bien, si je n'ai pas confiance en moi, en ce qu'il y a d'essentiel au fond de moi et que je ne peux plus gérer l'angoisse, la panique, je sombre, c'est humain, mais je le sais, je suis seul face à moi-même". Cette conviction permet à la personne, lorsqu'elle a repris le dessus en extériorisant par n'importe quelle manière la tension qui s'est accumulée en elle, d'aller vers les autres sans avoir honte d'elle-même. Elle peut alors recevoir leur douleur et partager.

L'auteur souffre de handicap sensoriel grave et ses mots résonnent encore dans ma tête. Ces deux histoires illustrent peut-être ce que peut vouloir dire le "self-help" à l'échelle de chacun et le "self-help" entraide mutuelle entre pairs.

Vous toisez un passant, un enfant pleure. Deux amis, une conversation : les mains qui alors se joignent, se découvrent sans équivoque, s'interrogent, influent, s'amorcent sans mot, mais le sens s'égrène. L'émotion passe, l'angoisse, la peur, la timidité, la joie et l'expérience. Lorsque vous aurez lu ce qui va suivre, vous comprendrez peut-être que d'interrompre une communication d'une telle intensité me semblait presque impossible.

Cette conversation se passe entre deux personnes atteintes à la fois de la vue et de l'ouïe. Toucher pour entrer en communication, toucher pour avoir accès à l'information sont leurs particularités.

Voici un projet dont vous comprendrez maintenant l'importance:

L'ARSA, Association romande en faveur des personnes sourdes-aveugles, s'efforce de mettre sur pied un centre de compétences et d'hébergement pour les personnes atteintes à la fois de la vue et de l'ouïe. Le but le plus important de notre association est de travailler avec les personnes concernées à la réalisation d'un projet qui les concerne.

Notre tâche n'est pas d'assister, de décider en professionnels tout-puissants de ce qui est mieux pour l'autre. Connaître réellement les besoins ne doit pas être qu'une affaire de professionnels et de bureaucrates car, comment une personne entendante et voyante peut réellement percevoir les besoins d'une personne sourde-aveugle dans toute leur amplitude? Ce sont eux, en contact avec les communautés de sourds-aveugles, qui rapportent aux professionnels leurs revendications et c'est là que se joue le self-help et que les professionnels doivent jouer le rôle de médiateurs entre eux et les instances médicales, politiques et sociales.

La reconnaissance des besoins réels des personnes est l'affaire de tous et va dans le sens d'une meilleure cohésion sociale : la présence du besoin peut faire naître la solidarité, la responsabilité dans une réciprocité mutuelle. C'est la réciprocité seule qui peut redonner à la personne handicapée sa totale intégrité.

* CP 1820 CH-1871 Choëx
fax et tél: 024 472 19 09
Compte bancaire: SBS 1951 Sion; HO-153,148.0 354-A.R.S.A

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L'HUMANITAIRE?
LL16 - L'humanitaire - Jacques Pialoux / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

L'humanitaire ? Une question immense que toutes les réponses ne parviennent pas à cerner; une action aussi complexe que peut l'être l'humanité; un théâtre où se côtoient les intérêts humains, des plus égoïstes aux plus altruistes: intérêt pour les autres et leur devenir, mais aussi intérêts politiques ou financiers.

Les institutions humanitaires prospèrent comme les champignons après la pluie. Les engagés et militants de tous poils se ramassent à la pelle... Et cela dure depuis des décennies et coûte des milliards.

Or, on continue à mourir dans le Tiers-monde, de faim ou de maladie.

Nous avons certes exporté des techniques de survie spectaculaires: vingt minutes de réanimation et le bébé zaïrois vivra... mais dans quel état et pour combien de temps ? C'est une autre histoire! La vie à tout prix, et même à n'importe quel prix, n'est-ce pas le modèle de la société occidentale ? Laquelle, souvent, ne se donne pas les moyens d'assurer une qualité de vie décente à ceux dont elle prolonge la durée d'existence.

Au fond, qu'attendent les destinataires, les "heureux bénéficiaires" de l'aide humanitaire ? Sans doute est-il bon de citer l'un d'entre eux, un vieux sage africain: "Si tu veux tuer le plus orgueilleux des hommes, chaque jour donne-lui ce dont il a besoin pour manger. Patience, et tu en feras un serf, un assisté !... Ce qui est honteux pour un peuple, c'est d'attendre qu'un autre peuple le nourrisse et l'habille, qu'il oublie le langage de ses ancêtres, de l'homme libre, et qu'il ne sache dire que "ce n'est pas notre faute". "

Dans ces conditions, est-il sage et honnête d'exporter la médecine moderne - et parfois des médicaments périmés - dans les pays les plus pauvres, alors que cette même médecine fait exploser les coûts de la santé dans les pays nantis ? Est-il sage et honnête de leur envoyer des produits alimentaires imprégnés de pesticides toxiques, au lieu de leur apprendre à gérer sainement leur agriculture ? Et que penser du rôle des industries chimiques, pharmaceutiques, agro-alimentaires... qui trouvent largement leur compte dans cette affaire - et dans l'ouverture de nouveaux marchés qui en résulte - sorte de néocolonialisme qui ne voudrait pas dire son nom!

Peut-être est-il temps de cesser de faire de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, des assistés et des mendiants. Peut-être le moment est-il venu d'un réel partage entre les pays riches et les pays en voie de développement; afin de préserver la liberté de tous et d'enrichir chacun des expériences de l'autre.

Un proverbe chinois, souvent cité mais hélas trop souvent oublié, nous rappelle que "mieux vaut apprendre à pêcher à celui qui a faim que lui offrir un poisson". Toute aide humanitaire ne devrait-elle pas s'en inspirer, en apportant un enseignement et des pratiques simples, peu onéreuses et adaptées aux besoins, contribuant ainsi au développement de l'autonomie des populations défavorisées ?

Depuis plusieurs années, des missions d'enseignement de l'acupuncture chinoise ont été organisées par l'association ASSHUMA, Acupuncture sans Frontières , en Inde dans un camp de réfugiés tibétains, au Bénin, au Burkina Faso, à Madagascar, et ces deux dernières années, en collaboration avec l'association "Aide Haïti" et la fondation "Cornelius Celsus", en Haïti*.

Ainsi, des acupuncteurs confirmés et bénévoles ont dispensé des soins mais surtout, et c'est là l'essentiel, transmis leur savoir-faire, en formant des assistants sanitaires beaucoup plus autonomes, puisque l'acupuncture permet des économies importantes de médicaments et d'actes médicaux, par son action non seulement curative mais aussi préventive. Par ailleurs, cet enseignement contribue au respect de la dignité humaine, en évitant une trop grande dépendance vis-à-vis des pays plus riches.

A cet égard, le docteur Nadine Burdet, présidente de l'association "Aide Haïti", écrivait à la suite de la première mission en Haïti, en février 1996, session à laquelle participaient 11 religieuses infirmières haïtiennes:

" Très vite, les Petites Soeurs de Ste Thérèse et moi-même avons compris combien nous étions privilégiées d'apprendre les rudiments de cette " autre " médecine qui allait nous permettre de soulager et même de guérir bien des maladies sans cette angoisse des notes de pharmacie qui, en Haïti, hante les malades et bien des soignants. Vos élèves se sont lancées tout de suite avec courage. Les moyens pour présenter cette nouvelle approche médicale à la population ont été différents selon leur personnalité, mais toujours convaincants...

Les paysans Haïtiens ont accepté avec simplicité et confiance les soins en acupuncture, confiance totale après des résultats positifs. Ils semblaient même mieux comprendre les mécanismes d'action des " petites aiguilles " que ceux des médicaments importés. La plupart des soeurs soignantes sont submergées de demandes et certaines déplorent le manque de temps qui les empêche de répondre immédiatement et positivement à tous les malades désireux d'être soignés par l'acupuncture...

Les frais en produits pharmaceutiques ont chuté de façon significative dans les dispensaires concernés. Cette chute concerne surtout les médicaments traitant l'hypertension, l'acidité gastrique et les rhumatismes : trois pathologies majeures en Haïti...

Toutes vos élèves vous attendent avec impatience pour la deuxième session... Elles vont s'organiser pour être toutes présentes et vont se décider, selon les événements en Haïti, pour que tout se passe pour le mieux."

Une seconde mission a eu lieu en février 1997, tout aussi enthousiasmante que la première et confirmant totalement les propos du docteur Burdet ainsi que tous les espoirs mis dans cette réalisation. A ce propos, il faut préciser que les dispensaires dont les onze infirmières formées sont responsables, s'occupent d'une population de plus de 500.000 personnes dont le niveau de vie se situe largement en-dessous du seuil de pauvreté. Une troisième mission est prévue en février 1998, afin de compléter le programme d'enseignement théorique et pratique.

L'action d'Acupuncture sans Frontières concerne au premier chef la santé. Cependant, bien d'autres interventions ont toute leur importance, à commencer par celles touchant à l'agriculture et à l'irrigation des plantations. C'est sans nul doute dans ces enseignements pratiques pouvant immédiatement être mis en oeuvre, que l'humanitaire réalise son véritable objectif: assurer l'autonomie des populations défavorisées, leur apporter une vie décente et permettre ainsi aux hommes et aux femmes de tous les pays du monde de demeurer des êtres libres et responsables ou, si tel n'est pas le cas, de recouvrer leur identité et leur liberté.

* ASSHUMA: BP 4110 - 76020 Rouen cedex (F)
Aide Haïti: Rue Beau-Séjour 18 - 1003 Lausanne
Fondation Cornelius Celsus: Av. De Chailly 6 - 1012 Lausanne

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AUTOMEDICATION, SOUCI DE SOI ET SOLIDARITE
LL16 - Automédication - Eric Bonvin / © Fondation Ling, Lausanne, 1997

Au XVIe et XVIIe siècles, passage de la Renaissance à la modernité, médecine et foi se superposent et se croisent sans arrêt. A la base de nombreux procédés thérapeutiques, on trouve la magie*. Saltimbanques, imposteurs et charlatans habiles font alors de la guérison un spectacle et un amusement public. Ces guérisseurs itinérants contribuent à promouvoir l'habitude des soins spécialisés (par exemple, tel élixir pour les maladies des yeux, telle potion pour les maux de dents, etc.) et, à diffuser des panacées. Dans le large éventail de praticiens de l'art médical, les patients choisissent librement, sans contraintes sociales, ceux qui leur conviennent. Ils pensent être en mesure d'accomplir correctement et efficacement ce choix, car ils ont aussi l'habitude de se soigner seuls. La médecine commence au foyer et l'automédication fait alors partie d'une culture médicale profane, puisant ses racines dans la communauté et la sagesse populaire. Une personne ne sachant pas se soigner était aussi inapte à vivre convenablement qu'une femme ne sachant pas cuisiner ou coudre, ou qu'un gentilhomme incapable de monter à cheval. Se soigner soi-même, administrer des remèdes aux membres de sa famille et, plus généralement, soigner ses amis étaient des pratiques habituelles à l'aube de l'époque moderne. La "médecine sans médecin" est tantôt une nécessité, tantôt un libre choix. Deux écrivains deviennent célèbres en Europe comme promoteurs de la médecine domestique. Le premier est le suisse André Tissot avec son Avis au peuple sur sa santé (1761); le second, William Buchan, écossais, qui publie Domestic Medicine (1769). Ce dernier contribue, entre autres, à rendre populaires des techniques nouvelles de premiers secours, en particulier, la respiration artificielle pour les victimes de noyade. Il insiste aussi sur le fait que, dans une maison bien équipée, il faut toujours avoir une armoire à pharmacie. Selon lui, une fois instruits et capables de se soigner, les gens ne seraient plus la proie des charlatans. Un grand nombre d'auteurs suivirent l'exemple de Tissot et de Buchan. Et, par exemple, après eux et sous l'influence des philosophes des Lumières, tous insistent sur le devoir des parents de soigner leurs enfants alors que le bien-être des enfants est alors plutôt négligé par les médecins professionnels.

Puis, à l'aube de la modernité, avec le triomphe de la philosophie mécaniste du siècle des Lumières, commence la démystification de l'univers et la naissance de la clinique. La révolution médicale de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, met au centre de la maladie, non plus les humeurs mais la chair. Ce n'est plus Dieu qui règle le mouvement des humeurs et les conseillers en humeur cèdent peu à peu leur place aux maîtres de la chair, du corps et de sa matière. Avec le monde moderne et la naissance de l'individualisme, l'homme s'est senti beaucoup plus responsable de ses chairs. Tout le discours de l'individu a pris pour base, la capacité des chairs qui le matérialisent à être menacées ou devenir malades. Le pouvoir des médecins est fondé sur cette révolution. Le médecin est devenu responsable et arbitre de ses chairs malades. Il apprend à les connaître en les réduisant, en les disséquant. Afin de mieux les maîtriser, il organise les malades en cohortes d'échantillons d'observation. Et, le corps dans lequel s'est réduit le souci de soi s'est transformé en réceptacle de toutes les peurs. Le souci médical de soi pour l'homme est alors devenu le souci de l'homme encore bien portant et qui prétend le demeurer par une construction rationnelle et dominée de son corps dont il veut la maîtrise. L'homme indépendant énergétiquement, qui a peur pour son corps et qui veut le bâtir lui-même, ne pense qu'à déceler, à temps, les périls possibles et à les conjurer. L'individu tremble parce qu'il craint de bâtir mal son corps, parce qu'il craint les périls qui, du dehors ou du dedans, empêcheront cette construction et espère en un agent de contrôle qui surveillera tout le processus.

Mais la représentation d'une menace pour la santé inclut aujourd'hui la médecine elle-même. Alors que dans les années 1960 le rapport à la médecine était un rapport au bien, il l'est aujourd'hui au mal et au bien, tantôt artificiel, tantôt naturel. Avec le développement des technologies et l'avènement des communications de masse permettant un accès efficace aux connaissances savantes, l'individu malade participe maintenant aussi, par son savoir, au traitement médical et à la prise en charge de sa santé. Le médecin est alors lui-même relégué par l'individu qui désormais veut être lui-même son corps et souhaite l'assumer dans le souci de soi. On le veut comme simple conseiller et non comme un être inaccessible dans son savoir. L'individu malade s'informe, compare et se politise en s'associant à d'autres malades, en se solidarisant à eux. Ainsi, avec l'épuisement de l'individualisme occidental et du souci de soi, les échantillons de malades prennent eux-mêmes corps en cohortes qui se mobilisent. Et ce sont elles qui demandent maintenant aux médecins d'effectuer, en techniciens, les soins qu'elles demandent pour leur maladie (SIDA, cancers, hémophilie, maladies génétiques...). Ces cohortes prennent peu à peu possession, non seulement du contrôle du savoir médical mais aussi des services de santé.

C'est ainsi que l'homme de la Renaissance, qui se soignait lui-même par nécessité et par tradition, a laissé place à l'individu moderne qui se souciait de lui en s'aidant de rudiments domestiques de la médecine, puis enfin, aujourd'hui, au malade actif, consommateur attentif qui se solidarise au sein de groupes d'entraide et de pression. Groupes qui luttent pour obtenir les soins qu'ils désirent. L'auto-médication est passée du souci de soi, à la solidarité et à l'engagement politique. N'est-il pas étrange de voir peu à peu ces cohortes et échantillons de malades anonymes, si longtemps observés par les médecins, pharma-cologues et autres épidémiologues, se mobiliser, se mettre en marche et prendre ainsi vie?

*En marge du recours aux médecins, reconnus ou non, de nombreuses méthodes de soins restent toujours vivantes et répandues, les unes rationnelles et fondées sur une expérience médicale, les autres de type rituel, pratiquées au sein de la communauté ou de la famille.

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DO-IN : UNE SCIENCE ANCESTRALE AU SERVICE DE LA SANTE
LL16 - Do-in - Marie-Claire Essade / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Le DO-IN est une technique japonaise d'automassage issue de l'acupuncture. Il est d'origine chinoise. DO signifie "la Voie" et IN "le Geste": c'est la voie pour entrer en soi-même, se connaître, entretenir sa santé. Son but est la revitalisation de l'être, tout entier. Il est destiné à prévenir la maladie, à maintenir et renforcer la santé. Il nous aide à garder ou récupérer un bon équilibre énergétique. Il permet à l'organisme d'utiliser son pouvoir de guérison. Bref, il nous aide à affronter le stress et à nous prendre en charge.

Manipulations et circulation de l'énergie
Le DO-IN est une pratique simple, efficace, et accessible à tous. Il n'exige pour tout instrument que les doigts et les mains. On le pratique sans le savoir lorsqu'on se frotte les mains pour se donner du courage, se calmer, exprimer son contentement, et lorsqu'on se pose les mains sur ses tempes quand on a mal à la tête. Et aussi quand on s'étire. Car il s'agit, en effet, d'utiliser ses mains telles des antennes qui agissent sur tout le corps. Par une série de pressions, de tapotements, de frappes, de frictions, d'effleurages, d'étirements et de manipulations, on influe sur les os, les muscles, les articulations, pour les réveiller et les assouplir.

Méridiens de la tête et du visage
Tout le corps est concerné. On commence par les mains, les bras, la tête, le visage, la nuque, les épaules, la poitrine. Viennent ensuite les pieds, les jambes, le dos et l'abdomen. Ce travail s'inscrit dans un rituel qui trouve son prolongement logique dans la pratique de la relaxation et d'une bonne respiration. Et aussi dans une alimentation saine.

Il s'agit d'ouvrir le corps et de préparer le terrain pour que le sang et l'énergie circulent mieux. De favoriser l'harmonie entre le physique, le psychique, et le mental. Quand il y a blocage, l'énergie ne passe pas. Cela est cause de fatigue, de douleurs de dos et d'épaules, de maux de tête, d'insomnie, de problèmes digestifs, respiratoires et cardiovasculaires... Par ailleurs, les problèmes psychologiques tels que dépression, perte de mémoire, manque de concentration, nervosité, tensions, sont aussi liés à un manque de fluidité de l'énergie.

Hygiène et créativité
Les bienfaits du DO-IN se font vite sentir quand on a la patience et la discipline de le pratiquer quotidiennement, de préférence le matin. C'est une hygiène essentielle au même titre que le brossage des dents. Il prépare à une journée efficace en dynamisant toutes les fonctions du corps. Une pratique régulière favorise la disparition des dysfonctionnements physiques ou psychologiques. Elle améliore l'état des organes, le corps devient plus souple, le mental allégé, l'équilibre nerveux est renforcé. Il est utile de rappeler que pour les Asiatiques, corps et esprit ne font qu'un : un corps tendu est à l'image d'un esprit tendu, il est la proie du stress et des petits maux quotidiens. Un corps sain et paisible favorise un mental détendu, capable de s'adapter à toutes les circonstances, et de maîtriser ses émotions et son comportement.

Ne nous trompons pas, le DO-IN n'est pas une thérapie. C'est une aide précieuse lorsqu'il s'agit de se remettre sur pieds lors d'un traitement médical d'importance. C'est avant tout un soutien. Pour les gens bien portants, le DO-IN se suffit à lui-même. Il peut s'allier avec bonheur à d'autres techniques orientales telles que le yoga, les arts martiaux, le taijiquan, ou des techniques occidentales telles que la sophrologie, la gymnastique douce, l'eutonie, la technique Alexander. Sans oublier bien entendu la danse, la musique, le théâtre, le sport.

Une circulation harmonieuse de l'énergie est la clé d'une vie facile, joyeuse et tonique. Une meilleure dynamique entraîne créativité, relaxation et concentration. C'est un ingrédient indispensable à la vie urbaine. Comme le dit Jean Rofidal, un des pionniers du DO-IN, c'est une façon de "recharger ses batteries et de se positionner dans son orbite". De bien s'ajuster au monde. C'est aussi un outil d'évolution. Il favorise la connaissance de soi et des autres, et crée la paix en soi et autour de soi.

Lieu: Workshop Studio, 12, rue du Stand, 1204 GENEVE, 022-328.04.80
Animatrice: Marie-Claire ESSADE 022-732.19.61

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A PROPOS DE SELF-HELP
LL16 - A propos de self-help - Daniel Péclard / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Praticien en Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) - et formé également à l'homéopathie et au toucher ostéopathique - j'accueille en consultation, depuis une quinzaine d'années, des patients de tous âges et de toutes provenances, dont 75% de femmes; 60% viennent par le bouche à oreille, 20% sont envoyés par des confrères (thérapeutes classiques ou "alternatifs"), le 1/5éme restant ont eu mes coordonnées par leur caisse-maladie.

Si la majorité se plaint de troubles fonctionnels, quelques uns demandent aussi une aide en cas de maladie chronique, dégénérative, auto-immune... en complément d'un traitement médical classique.

En tant que naturopathe, ma responsabilité englobe tout à la fois le travail thérapeutique (bilan énergétique et traitement), la prévention et l'éducation pour la santé. Ainsi, dès la première séance, j'explique au patient cette approche globale et la façon dont nous allons travailler ensemble:

- je suis son assistant et vais l'accompagner - voire le guider - dans son propre travail de correction et de recherche de nouvel équilibre (un temps de pilotage manuel avant le retour au pilotage automatique...). Ce qui a motivé sa visite, sa propre conception de la maladie et de l'aide thérapeutique sont à prendre en compte, aussi bien que ce qui se passe en lui et pour lui entre deux séances, particulièrement entre la première et la deuxième;

- il n'y a pas, en MTC, de mal extérieur sans blessure intérieure préalable: nous allons donc chercher à comprendre les symptômes comme les signaux d'un dérèglement et nous intéresser particulièrement aux facteurs de perturbation de l'équilibre antérieur, afin d'aider l'organisme à retrouver ses fonctions naturelles d'adaptation et de régulation;

- comme le disaient nos maîtres, l'efficacité du travail thérapeutique repose sur 3 facteurs d'égale importance: la spécificité du terrain du patient, la compétence du praticien et la qualité de la relation entre les 2 personnes;

- l'organisme humain étant considéré comme un système complexe, en interaction constante avec son milieu (climat météo, nourriture, cadre et conditions de travail et d'habitat, gestion des relations, vie psycho-affective, vie spirituelle...), nous ferons une part importante à la subjectivité et au vécu du patient;

- le corps fonctionnant comme le lieu privilégié du discours analogique, je verbalise pendant la séance ce que je perçois et ressens, utilisant des métaphores en particulier pour traduire l'évolution de la qualité du pouls (chinois), et invitant le patient à être attentif à ce qu'il ressent, à éprouver, éventuellement à mettre en mots ce qui se passe pour lui;

- enfin, je donne très souvent des devoirs à faire à la maison (que ce soit le contrôle du pH urinaire, une modification partielle des habitudes alimentaires, des exercices de respiration, de qigong ou des massages, parfois la reconstruction de l'histoire familiale...), en rappelant à la personne qu'elle est le principal acteur du processus de guérison, et en la priant de noter les différentes réactions qui peuvent se produire, d'une part dans les 48 heures qui suivent, mais encore pendant les 3 semaines qui nous séparent de la consultation suivante;

- en guise d'aide-mémoire, je lui remets une petite brochure bleue de 25 pages (améliorée depuis la première mouture en 84), intitulée "Prenez soin de vous-même... quelques conseils de santé..." et contenant, outre les principes que je viens de rappeler, quelques remèdes de bonne femme et exercices de mise en forme...

Je pense à trois exemples simples assez spectaculaires quant aux résultats:

l'état d'une jeune patiente souffrant de sinusite chronique, aggravé souvent en sortant de séance de psychanalyse, a été définitivement amélioré après qu'elle ait décidé de faire régulièrement une mono-diète hebdomadaire de "pomme râpée et jus de citron";

un patient retraité, sérieusement handicapé par des douleurs crampoïdes des membres inférieurs (malgré une année d'examens et de traitements classiques) a accepté d'intégrer à sa gymnastique matinale des exercices de déblocage du diaphragme et de respiration profonde et a retrouvé liberté de mouvement et joie de vivre en quelques semaines;

enfin, une jeune secrétaire, se plaignant de douleurs scapulaires et cervicales assorties de fréquentes migraines, a mis en mémoire, sur son ordinateur professionnel, 3 exercices que je lui avais montrés, avec un signal sonore lui rappelant toutes les deux heures son programme de remise en forme.

Tous trois sont devenus des adeptes ce ces moyens simples pour eux-mêmes, mais aussi des relais pour des proches ou des amis.

Bien des patients qui ont pris l'habitude de venir faire une régulation énergétique préventive aux intersaisons, tous les 3 mois, me racontent qu'ils sont très disciplinés pendant les 3 à 4 semaines qui suivent, oublient un peu leurs exercices durant le deuxième mois, mais les reprennent consciencieusement les 15 jours qui précèdent le rendez-vous suivant (ce qui fait au total, sur l'année, un très bon entretien, et me permet en général de les voir en excellente forme...)

Par ailleurs, bon nombre d'entre eux - surtout les jeunes mères - me téléphonent simplement pour demander conseil ou vérifier que ce qu'ils ont proposé à leur enfant est adéquat au vu des troubles qu'il présente.

Avec le recul et les témoignages, je me rends compte que la brochure bleue a servi non seulement de support au patient concerné, mais aussi à l'information (bouche à oreille) des parents/amis/collègues et même de certains de mes confrères.

Ce qui fait encore défaut actuellement dans la perspective du self-help, c'est la possibilité d'offrir des espaces de rencontre et d'échange en petits groupes, à partir de problématiques ou de pathologies similaires.

Pour ce qui est de la prévention, bien des patients se sont déjà retrouvés dans les groupes de qigong ou les cours d'alimentation saine organisés par le Centre local de prévention et de promotion de la santé, pour lesquels je ne fais que diffuser les papillons d'information.

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VOYAGE DE SAVOIRS: UNE IDEE ARABE DEVIENT UN TRAITEMENT CHINOIS
LL16 - Voyage de savoirs - Bertrand Graz / © Fondation Ling, Lausanne, octobre 1997

Avant que le sujet self-help ne soit lancé pour La Lettre no 16, le docteur B. Graz nous informait de son départ pour la Chine et des expériences qu'il allait mener à Shanghai. Nous lui demandions alors de relater son travail. Vous trouverez donc ci-dessous son compte rendu inédit, lequel n'est pas sans rappeler les préoccupations présentées, par exemple, par Jacques Pialoux dans le dossier self-help.

Gérald Béroud, SinOptic

Shanghai, rue Nanjing. On s'arrête devant une pharmacie. Le monde entier derrière une vitre: graines, feuilles, racines, pierres, organes séchés, griffes, coquillages, poudres, élixirs, pastilles, pétoles... le tout voisinant avec des boîtes d'antibiotiques et des assortiments d'aiguilles d'acupuncture. D'où vient la diversité de la "médecine chinoise"? On entre, on demande au pharmacien, homme très digne en blouse blanche et capet immaculé:

"- Les antibiotiques sont-ils chinois?

- Oui oui, ils sont fabriqués en Chine; et regardez ce nouveau médicament contre le paludisme, l'artémisine, il est produit à partir d'une plante connue depuis longtemps dans ce pays, et il commence à être employé dans le monde entier.

- Il y a de tout chez vous. Qu'est-ce que la médecine chinoise, alors?

- La médecine traditionnelle, vous voulez dire? Oh, il y a vraiment de tout. Tenez: il y a même de la médecine grecque, chez nous, apportée déjà à l'époque de la Route de la Soie, par les marchands iraniens."

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Figure 1

Qu'est-ce qui est chinois et qu'est-ce qui ne l'est pas? Vaine querelle sans doute, si ce qui compte, c'est soigner, et de soigner toujours mieux. La question serait plutôt: les soins qu'on prodigue, comment faire pour les améliorer? Il y a les expériences personnelles, bien sûr, mais surtout celles des autres, qui s'ajoutent, se fécondent, enrichissent la panoplie des thérapeutiques, quand elles peuvent s'échanger et qu'elles ne sont pas bloquées par des préjugés ou des dogmes. Sans doute la circulation des idées est importante pour le progrès de la médecine, et de façon générale fait la force d'un mouvement de pensée. Pourtant, quand on observe le fonctionnement des groupes et sociétés, l'échange des idées semble souvent entravé et les nouveautés sont sommairement rejetées: qu'on pense, par exemple, aux résistances que les corporations médicales en Europe ont tenté d'opposer à la diffusion des médecines dites "parallèles" souvent ressenties comme des menaces à un monopole de vérité. Qu'on pense aussi, dans les domaines non-médicaux, aux résistances opposées en Chine contemporaine à la circulation d'information. Résultat? Un ancien médecin, devenu ethnologue en Asie, résume: "la médecine occidentale, c'est stressant et pas intéressant". Pour la Chine contemporaine, un professeur de l'Université de Shanghai me le glissait à l'oreille, pendant un de ces incontournables et assommants et interminables banquets avec karaoké: "La culture chinoise? Y a plus que la bouffe!"

En Chine pourtant, dans le domaine médical, j'ai eu l'agréable surprise de rencontrer des savants très ouverts à la nouveauté, des gens remplis de courage scientifique, prêts à tenter une expérience sans précédent, sur des terrains peu connus, quitte même à sortir un peu de leur spécialité, à métisser leur savoir et à changer leurs habitudes de pensée. C'est ce qui m'a amené à essayer en Chine et avec des Chinois un nouveau traitement dont l'idée venait d'un village bédouin du Sultanat d'Oman. Voilà l'occasion de présenter un exemple de cette médecine chinoise contemporaine étonnante de verdeur, vénérable jeune vieille dame montrant une souplesse et une curiosité hors du commun, médecine en mouvement, inventive, capable d'intégrer les apports les plus divers.

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Figure 2

Mais je suis obligé de faire un détour par le Sultanat d'Oman.

1987: Alors étudiant en médecine à l'Université de Lausanne, je suis envoyé pour un stage au Sultanat d'Oman, où je devrai étudier les possibilités de prévention du trachome. Je ne me doute pas que ce mot, trachome, va m'accompagner pendant plus de dix ans. Maladie des yeux contagieuse, le trachome a pratiquement disparu d'Europe depuis le début du siècle. A l'échelle mondiale, c'est aujourd'hui encore l'une des deux causes les plus fréquentes de cécité, après la cataracte. Le trachome débute comme une conjonctivite, mais il déforme les cils, qui poussent alors en frottant l'oeil. C'est très douloureux et ça finit, si on n'opère pas à temps, par rendre aveugle. Que peut-on faire à ce moment? Si on vit dans un pays riche et organisé, on peut se mettre sur une liste d'attente pour la greffe de la cornée; si on vit dans le "Quartier Vide" de la Péninsule Arabe, ou dans le Delta du Nil, ou dans le désert de Gobi, il ne reste qu'à endurer son destin.

Pour l'étude, des étudiants Omanis, originaires des oasis de l'arrière-pays, des montagnes du Dhofar, des coins les plus reculés du désert d'Arabie, accepteront de partir pendant leurs vacances enquêter dans leur région d'origine. Ils observent que les victimes du trachome s'arrachent les cils qui frottent l'oeil, ce qui n'empêche pas de devenir aveugle, parce que les cils repoussent plus durs encore. Dans un village cependant, on colle les cils malades vers l'extérieur, sur la paupière, avec de la pâte ou un morceau de chewing-gum. Sur le moment, cette observation passe inaperçue dans la foule d'informations de toutes sortes que nous récoltons. Plus tard on se rappellera des étranges chewing-gums et on se demandera: "est-ce que de coller les cils à l'extérieur serait un véritable traitement?" Si c'en est un, peut-être que ce serait utile dans ces fréquentes situations où le malade ne peut pas recevoir l'opération à temps? Peut-être que nous tenons là un traitement inédit? Pour le savoir, il aura fallu dix ans de tractations dans la vie d'un entêté et une étude à Shanghai, - et surtout la réunion de volontés, trouvées nulle part ailleurs qu'en Chine, d'essayer une nouveauté un peu farfelue, de peu de prestige (pensez-vous: un remède de grand-mère arabe!) et de basse technologie.

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Figure 3

1996: Débarquement à Shanghai, à "l'Université médicale numéro deux"; comme viatique, une lettre d'invitation du "Département d'administration de la santé" et en tête quelques mots de mandarin passe-partout. Dans mes bagages, un prototype d'imitation du chewing-gum omani, sorte d'autocollant double face qui a déjà fait ses preuves dans mon entourage en Suisse, où j'ai pendant plusieurs semaines "scotché" les cils de tous mes parents et amis. Mais aucun n'avait un trachome; maintenant il s'agit d'essayer le nouveau traitement avec des malades.

Une collègue chinoise est venue avec moi de Lausanne, avec la tâche difficile d'assurer la liaison entre deux cultures et deux mondes scientifiques. Deux mondes? Les partenaires chinois travaillent pourtant en "épidémiologie", en "recherches sur les services médicaux" et en "ophtalmologie" - tout du terrain connu, pensais-je. Nous avons échangé des dizaines de lettres depuis des mois, nous avons décrit minutieusement la situation et nos hypothèses, nous avons peaufiné un protocole d'étude. Il ne restera plus qu'à se serrer la main et démarrer la recherche, pensais-je encore. Grande illusion! Ce qui aura été l'aspect peut-être le plus étonnant de ce travail, c'est la difficile recherche du consensus qui nous permette de travailler ensemble, que je vais tenter de résumer ici.

A peine les premiers mots échangés, nous nous apercevons que nos conceptions, qui semblaient si proches et si concordantes dans les lettres, diffèrent largement maintenant qu'il s'agit de les mettre en application. Qu'est-ce qu'une étude? qu'est-ce qu'une observation? que peut-on apprendre par l'expérience, et par quelle expérience? Les définitions même des mots ne se rejoignent pas. J'arrive avec la tête farcie des règles de réalisation d'un essai clinique selon les exigences de la méthode scientifique expérimentale; mes partenaires y opposent la volonté pragmatique de se faire rapidement une opinion personnelle sur une façon originale de traiter le trachome, et ceci en soignant quelques patients avec le nouveau traitement et en observant leur évolution. D'accord pour donner quelques apparences d'un "essai clinique contrôlé et randomisé", mais ne pas ralentir le travail avec des détails tatillons.

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Figure 4

Des détails tatillons? Pour moi, c'est toute la validité du travail qui est en jeu. D'une façon on récolterait quelques anecdotes, de l'autre, la façon scientifique tatillonne, on dégage des informations plus générales, utilisables ailleurs. Il est vrai qu'à première vue les deux approches se ressemblent: dans les deux cas on traite et on regarde ce qui se passe. Entre deux pourtant se dresse l'énorme et rébarbatif corpus de règles de la méthode scientifique. Règles qu'il faudrait appliquer si on veut tenter d'éliminer ces innombrables "facteurs de confusion" qui minent invariablement les expériences thérapeutiques passées au crible de l'analyse critique. Oui mais, disent les collègues, nous avons peu de temps, ce qui compte ce n'est pas de discuter dans un bureau, c'est de voir des malades. Nous nous expliquons longuement, nous tombons finalement d'accord sur un point: au fond nous sommes embêtés par un phénomène très simple. Quand on prend un traitement, une fois qu'on est, disons, traité et guéri - comment savoir ce qui se serait passé si on n'avait rien fait? Il n'y a pas deux épisodes de maladie semblables, même si l'individu (ou le "terrain") change peu. Alors comment comparer?

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Trachome: extrait du manuel chinois

Pour lutter contre le trachome, qui touche les gens les plus pauvres et les moins lettrés, il faut pouvoir proposer des traitements simples, des traitements de masse, utilisables n'importe où. Pour cela il faut être en mesure de donner des conseils aussi anonymes que "en cas de cils qui frottent l'oeil, vous pouvez faire ceci. Point". A mesure que je défendais cette thèse, je me rendais compte à quel point les termes que j'employais pouvaient être mal perçus. Traitements de masse? Conseils anonymes? Voilà qui va à l'encontre des bases mêmes d'une médecine scrutant les déséquilibres subtils de l'individu! Voilà qui pourrait aussi faire résonner les souvenirs parfois amers de l'Histoire récente, souvenirs de ces directives imposées de haut en bas à l'échelle nationale. Quand j'enchaîne "si vous voulez, Shanghai sera comme un laboratoire et sa population notre objet d'étude" je vois les sourires se figer. Mais enfin il faut bien pouvoir faire la différence entre l'effet de cet autocollant pour garder les cils hors de l'oeil, et le traitement habituel, l'épilation des cils! Shanghai un laboratoire: excusez-moi, c'était une plaisanterie. De bien mauvais goût, je le concède. Mais alors comment allons-nous faire? Le professeur d'épidémiologie sourit: "Ce qui compte, si nous faisons une expérience scientifique, c'est qu'elle n'en ait pas le nom. Il y a trop de gens pour qui ce mot, expérience, sur des humains, fait peur."

Faire une expérience qui n'en soit pas une mais qui donne des résultats expérimentaux. Bien bien. Nous passons ainsi quelques jours dans des débats assez stériles et une atmosphère d'échanges formels. A mesure que la discussion avance, il devient clair que la méthode pragmatique nous apporterait des renseignements suffisants pour décider de donner ou non le traitement à d'autres malades. Une étude de "faisabilité", en somme. C'est cependant une considération politique qui emportera la décision. Si nous voulons pouvoir apporter des informations utilisables pour la lutte contre le trachome, c'est d'une expérience scientifique dans les règles que nous avons besoin. Ceci parce que les institutions comme le Ministère de la Santé ou l'OMS (l'Organisation Mondiale de la Santé) veulent ce genre d'information pour définir leurs stratégies.

Nous arrivons ainsi à un accord sur l'idée d'essayer de faire une étude scientifique selon les règles de l'art et de l'éthique, avec le supplément de travail que cela imposera. Avec la fatigue de ces longs palabres et une certaine connivence naissante, nous reconnaissons de part et d'autre que nous avons au fond, tous autant que nous sommes, très peu d'expérience dans la recherche et que ma foi il faudra nous débrouiller avec la mise en commun des quelques compétences de chacun. Je ne pense pas exagérer en disant qu'il aura fallu trois bonnes semaines de réunions très formelles pour qu'un climat de confiance s'installe. Peu à peu, nous sommes devenus comme une bande d'étudiants groupés pour un travail en commun, nous avons pu reconnaître nos limites et nos possibilités, nous avons glané ailleurs, par courrier, les savoir-faire qui nous manquaient, dans d'autres universités en Chine, en Suisse, aux Etats-Unis, sans que le lieu de provenance ait une quelconque importance, et ainsi le travail a vraiment démarré.

Lors de mon deuxième passage à Shanghai six mois plus tard, les conversations ont pu reprendre directement là où on les avait laissées, avec une tendance marquée à passer de plus en plus de temps autour de la table ronde chargée de spécialités shanghaïennes, ou au micro du karaoké. Les résultats de l'étude sont encourageants, coller les cils hors de l'oeil s'avère un traitement efficace et en général apprécié des patients. Nous projetons d'étendre l'expérience (pardon: le projet) à une région rurale en bordure du désert de Gobi.

Mais pour ceux qui ne sont pas atteints de trachome, je pense que c'est la genèse et l'évolution de cette collaboration qui est intéressante. De voir comment, passés les premiers contacts un peu formels et les difficultés à se mettre d'accord au-delà des "faux-amis" du langage, on peut trouver dans un milieu universitaire chinois une ouverture d'esprit qu'on a vainement cherchée ailleurs - voilà qui a, je l'espère, de quoi encourager des échanges et des collaborations avec les Chinois qui, en marge de l'actuel courant du "tout à l'économique", tentent de faire s'épanouir la vie scientifique, culturelle et intellectuelle. D'où vient la diversité de la médecine chinoise? La curiosité intellectuelle appréciée lors du travail présenté ici ne date pas d'hier et on peut supposer qu'elle a été un des ferments de ce foisonnement impressionnant.

Saravane, Laos, 28 avril 1997

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