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MEDECINE - PSYCHOLOGIE - CULTURE

 

La lettre de la Fondation - n° 21/mai 2000

 

EDITORIAL - L'ENTIER DU N° EN PDF

DOSSIER LE MÉDICAMENT : MÉDIATEUR OU FINALITÉ DU SOIN ?
LL21 - Edito - Eric Bonvin, membre du conseil de la Fondation / © Fondation Ling, Lausanne, mai 2000

Objet matériel introduit par le soignant dans la relation de soin pour que la guérison survienne, il prend des formes et des significations différentes et aboutit à toutes sortes d'effets selon la culture médicale dans laquelle il s'insère, selon l'importance que lui accorde le soignant et selon la représentation que s'en fait le soigné. Le médicament demeure bien souvent encore la preuve tangible des soins. C'est la valorisation du pouvoir du soignant sur la maladie et, dans bien des cas, ne pas prescrire est assimilé à une absence de soins. Du poulet sacrifié à la zidovudine, en passant par d'innombrables substances investies de pouvoirs magiques ou fabriquées dans le mystère, par la dilution homéopathique ou la recette de grand-mère, le médicament est sans doute le plus caractéristique des objets de soins et se place au centre de la plupart des modèles thérapeutiques que nous connaissons. C'est pourquoi la Fondation Ling a décidé de lancer sur ce thème une réflexion dont le présent numéro de La Lettre représente l'impulsion initiale. Impulsion elle-même teintée de l'œuvre et des travaux particulièrement passionnants de Philippe Pignarre. Esprit brillant et curieux, il est un des rares épistémologues du médicament (Qu'est-ce qu'un médicament - 1997) et des psychotropes (Ces drôles de médicaments - 1991; Les deux médecines. Médicaments, psychotropes et suggestion thérapeutique - 1995; Puissance des psychotropes et pouvoir des patients - 1999) qui sache lier avec talent leurs dimensions scientifiques, psychologiques, sociales et industrielles. Mais Philippe Pignarre possède aussi un extraordinaire talent de communicateur et de médiateur. Il est, en effet, le fondateur et directeur de la fameuse collection d'édition “Les empêcheurs de penser en rond”, véritable creuset de réflexions originales et d'échanges dans le domaine des soins, de la psychiatrie et des psychothérapies. La Fondation Ling ne peut être que séduite par une telle démarche et c'est pourquoi nous avons invité Philippe Pignarre à venir nous parler de son travail dans le cadre de deux conférences publiques (Malévoz à Monthey et Lausanne) et d'un séminaire organisé en collaboration avec l'Université de Lausanne et les Institutions psychiatriques du Valais romand les 7 et 8 novembre prochains. Réservez ces dates, l'aventure va être passionnante !

Ce vingt et unième numéro de La Lettre lance la réflexion sur un thème délicat mais combien crucial; nous avons invité de nombreux amis avisés à en débattre dans nos colonnes. Usagers, pharmacologues, médecins, psycho-thérapeutes, ils ont tous rendu compte avec audace, ouverture d'esprit, respect et créativité du médicament vécu dans les soins, sur le terrain de la prescription, au plus proche de l'humain et des ses comportements de soins. La rédaction de La Lettre est particulièrement fière et honorée d'avoir tenu la gageure d'ouvrir ce débat avec des personnes faisant preuve d'autant de perspicacité que de finesse.

Tout d'abord en nous invitant à explorer différentes cultures du médicament comme nous le proposent Martin Sigam en évoquant la place qu'il occupe dans la médecine traditionnelle africaine (préambule au thème que la Fondation Ling développera dès l'automne 2000 et dans le prochain numéro de La Lettre : Soins africains, soins en Afrique !), Gérard Salem en montrant comment le médicament s'intègre à la vie quotidienne des Chinois et Pierre Robert, fin connaisseur en la matière, dans la médecine homéopathique. Certains aspects particuliers du médicament dans la médecine moderne sont évoqués comme avec Jean Martin qui nous décrit son rôle vital et colossal dans le domaine de la santé publique ou dans le domaine de la psychiatrie et des psychothérapies ou Christian Bryois, qui évoque le besoin d'ouverture entre relation de soin et prescription, alors qu'Anne Spagnoli et Jean-Dominique Michel insistent aussi sur la nécessaire ouverture du prescripteur à la réalité et au vécu des patients et de leurs proches.

Nous partons alors dans une réflexion plus approfondie de la nature du médicament moderne avec Jacques Diezi qui évoque pour nous sa formidable aventure alors que Thierry Buclin analyse les drôles de rôles qu'il assume dans notre culture, profane, sacré, magique et rationnel. Philippe Pignarre nous permet ensuite de mieux comprendre ses multiples facettes et dimensions dans notre société. Pour ma part, je vous propose, tout d'abord, un bref survol de la nature de l'efficacité globale de nos médicaments modernes, avant d'étoffer davantage encore notre compréhension du médicament en y intégrant plus de sciences humaines cette fois. Pour conclure et nous laisser sur une saine interrogation, François Roustang nous donne une réflexion particulièrement pertinente et originale sur la question du placebo et du rituel de la prescription du médicament.

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