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La lettre de la Fondation - n° 24/septembre 2002

 

EDITORIAL - L'ENTIER DU N° EN PDF

IMAGINATION ET SOIN, SOIN PAR L'IMAGINATION
LL24 - Edito - Eric Bonvin, médecin, membre du conseil de la Fondation
© Fondation Ling, Lausanne, septembre 2002

L'imagination est plus importante que le savoir.

Albert Einstein - On Science

Cela fait une année que le dernier numéro de La Lettre a paru. La Fondation Ling a-t-elle sombré dans un profond sommeil, s'est-elle laissée gagner par l'épuisement ? Non, rassurez-vous, rien de tout cela. Elle émerge tout simplement d'une longue période de réflexions et de mutations. En passant le cap de sa dixième année, elle a tout d'abord été endeuillée par le départ d'une personne qui a beaucoup compté pour elle. En effet, le Révérend Père Claude Larre, parrain de la fondation depuis sa création, est parti pour le Grand Voyage le 17 décembre 2001. La fondation lui dédie un hommage sur les pages de son site et, pour sa part, La Lettre tient à raviver sa présence en reprenant son texte Voyage des voyages qui nous paraît de circonstance pour le thème que nous abordons dans ce numéro, notre manière de lui souhaiter un «bon voyage !».

Ainsi orpheline, la Fondation Ling aborde plus que jamais sa phase de maturité avec toutes les réflexions et remises en question que cela implique naturellement. Il apparaît ainsi que, forte de ses dix années d'expérience, elle peut poursuivre avec assurance les buts qu'elle s'était fixés dans sa charte. Mais, si elle a su jusqu'à présent insuffler un esprit novateur dans la réflexion sur les soins tant en Suisse qu'à l'étranger, elle doit aujourd'hui s'adapter aux changements considérables qui sont apparus dans les paysages sanitaire et culturel. La question du pluralisme des soins se pose aujourd'hui en des termes totalement différents qu'au moment de la naissance de la fondation. Les informations que sollicite le public sont également de nature différente. Enfin, toutes les professions de soin subissent actuellement de profondes mutations pour ce qui est de la formation de base et continue ou la validation des titres. En se laissant tout naturellement porter par le courant de toutes ces transformations, la Fondation Ling prend l'option d'œuvrer à davantage de proximité avec les professionnels de la santé et les usagers des soins tant sur le terrain de la clinique, de la formation que celui de l'information. Ainsi découvrirez-vous dans son nouveau programme d'activité, non seulement une série de conférences particulièrement intéressantes et diversifiées, mais également des séminaires de formation spécifiquement choisis pour répondre aux nombreuses demandes qui lui ont été adressées. L'Unité d'hypnose de la Fondation Ling a également entièrement refondu son programme en y ajoutant de nombreuses possibilités inédites en matière de formation et de perfectionnement en hypnose clinique. Ces nombreux changements, avec les réflexions qu'ils suscitent, exigent des collaborateurs de la fondation, non seulement qu'ils conceptualisent leurs activités avec rigueur, mais surtout qu'ils fassent preuve de créativité et osent donner libre cours à leur imagination. Ce n'est donc pas un hasard si, baignant dans une telle atmosphère de changements, La Lettre consacre son dossier thématique à l'imagination, fée de tous les changements.

Au seul énoncé du mot imaginaire surgit une foule de représentations fantasmagoriques, à la fois merveilleuses, futiles et inquiétantes. Les vertus de l'imagination sont louées pour être à la source de la création artistique, alors qu'elles sont réduites à n'être qu'artefact embarrassant dans les procédures rigoureuses de la raison. De plus, elles sont combattues en raison de leur toxicité dans nombre de souffrances de l'âme. Fée, folle ou bourreau du logis ? Nos préjugés à son propos n'oscillent-ils pas sans cesse entre ces trois métaphores ? Dans ce numéro de La Lettre, nous voulons explorer l'imagination en relation avec les soins. Quelle place occupe-t-elle dans notre quotidien ? Y figure-t-elle comme ressource ou comme entrave ? Peut-on lui reconnaître une vertu curative ? Et si c'est le cas, comment l'intégrer dans notre pratique thérapeutique ?

Les vertus curatives de l'imagination furent déjà, implicitement, mises en évidence au XVIIIe siècle par la première commission scientifique de notre histoire moderne. Mandatée par le roi de France Louis XVI, celle-ci avait pour mission de statuer sur la réalité du magnétisme animal dont faisait état Franz Anton Mesmer pour expliquer les phénomènes de guérison qui se produisaient au contact du fameux baquet qu'il avait mis au point. Après plus de deux années de travail, la commission conclut que les guérisons observées ne pouvaient être attribuées qu'à l'imagination et non à cet hypothétique magnétisme animal dont faisait état Mesmer. Pourtant, à la suite de cette conclusion, seul l'hypnotisme, avant son déclin, retint cette poten-tialité de l'imagination et en fit le levier de son application. A sa suite, dès le début du XXe siècle, la psychologie et les grands modèles du soin de l'âme et de l'esprit ont réservé un accueil le plus souvent dubitatif, si ce n'est franchement dépréciatif, aux possibilités thérapeutiques de l'imagination. Notons cependant quelques rares et courageuses exceptions qui ont permis non seulement de conserver cette potentialité de l'imagination mais également de la développer avec talent comme l'ont fait Ita Wegman et Rudolph Steiner en lui donnant une place centrale dans la médecine anthroposophique, Robert Desoille avec sa technique du rêve éveillé ou la doctoresse Marguerite-Albert Séchehaye avec sa méthode de réalisation symbolique. Mais bien davantage, c'est sans doute Milton Erickson. qui a su le mieux intégrer toute la phénoménologie de l'imagination et l'éthique de la liberté qu'elle implique dans une démarche thérapeutique. Sa maestria et son talent restent aujourd'hui encore une référence incontournable.

Mais toute médaille a son revers, et il faut reconnaître que, depuis quelques décennies, l'imagination a également été littéralement usurpée par une quantité incroyable de méthodes qui l'ont érigée en idole de la magie thérapeutique. Pratiquement, toutes ces méthodes, tout en revendiquant son usage, tentent d'exercer une emprise sur la pensée d'autrui. Au moindre fantasme, au moindre rêve, à la moindre couleur énergétique, ces méthodes imposent autant de normes qu'elles énoncent d'interprétations prétendument expertes sur les manifestations de l'imagination. Interprétations qui débouchent sur un nouveau diktat qui occulte le caractère à la fois libre, intime et indicible de l'imagination. 

En abordant le thème de l'imagination, nous souhaitons, bien sûr, éviter l'écueil qui consisterait à prétendre expliquer les clés de la guérison par l'imagination. En effet, notre ambition vise simplement à vous proposer quelques illustrations, quelques réflexions et points de vue sur l'imagination telle qu'elle peut apparaître dans notre quotidien, dans notre destin, lorsque nous désirons changer ou nous soigner. Commençons donc par une de ces soirées d'été méditerranéen durant lesquelles il est de coutume de se raconter des histoires. La première, l'histoire du marin Max, nous est narrée par Gérard Salem. C'est ensuite Micheline Gilliéron qui nous conte un merveilleux témoignage sur sa peur du léopard qui, entre réalité et imagination, l'habita longtemps durant son enfance. De l'enfance encore, Gérard Salem évoque les souvenirs laissés.

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